Le verbe être admet-il un cod ?

Langue française

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Chers grammairiens,
ce matin pendant un cours de grammaire sur le cod nous avons eu l'exemple suivant:

C'est ce poissonque j'ai mangé hier.

"ce poisson" nous a été donné comme cod de "est", je croyais que être et ses petits camarades de jeu n'admettaient pas de cod.
Sur le moment, le prof m'a rétorqué qu'il s'agissait d'une exception, mais si ce n'est effectivement pas un cod, peut-il être sujet réel de "est"?
"que" est effectivement cod de manger, et poisson est son antécédent. Mais pour poisson…. j'en perds ma grammaire, j'en ai déjà si peu.
Merci de vos avis éclairés
Bonjour,

Un COD après être ! non, dans tous les cas un attribut.

C'est… que est un présentatif qui permet de mettre en valeur poisson en le plaçant à une position inhabituelle.
J'ai mangé ce poisson hier →
C'est ce poisson que j'ai mangé hier
ou
Ce poisson, je l'ai mangé hier.
ou
Je l'ai mangé hier, ce poisson.
Donc, la fonction de "ce poisson" (désolée, je ne trouve pas d'icone à genou 😉)
Bonjour,

Il n'en a plus puisqu'il a été mangé hier ! 😀
C'est ce poisson que j'ai mangé hier.
J'ai mangé quoi ? : "que", pronom relatif qui a pour antécédent "ce poisson" qui lui-même est attribut de "c'".

Muriel
🙂 Merci, donc j'avais raison en cours, je n'ai pas osé insister, j'aurais peut-être dû.
Merci, de votre aide, je vais essayé de ne pas en abuser, mais des soucis comme celui-là, me font perdre ma confiance en moi.
Mais non Christine, gardez confiance ! Bientôt, vous serez en mesure de prendre sa place ! 😉
Bonjour !

* C'est ce poisson que j'ai mangé hier.
* Ce poisson, je l'ai mangé hier.
* Je l'ai mangé hier, ce poisson.

Pour chacun de ces énoncés, la phrase de base est :
* J'ai mangé ce poisson hier.

"Ce poisson" y est COD du verbe "ai mangé".

Il conserve cette fonction dans les trois manipulations syntaxiques précitées (qui sont des formes d'emphase, de focalisation ou de mise en évidence) : COD du verbe.

Il n'est ni attribut ni COD de "c'est".
Comme je l'ai dit ailleurs, "c'est… qui / que" ne doit pas être analysé pièce par pièce ; c'est un introducteur ou présentatif propre à la langue française (gallicisme).

Cette focalisation se fait par l'extraction du terme à mettre en évidence, afin de l'encadrer entre "c'est" et "qui / que" :
→ C'est + ce poisson + que j'ai mangé hier.
Ou si l'on préfère mettre l'élément focalisé en dernière position :
→ CE QUE j'ai mangé hier + c'est + ce poisson.

CONCLUSION : "ce poisson" est bien un COD, mais du verbe "ai mangé" et non pas de "c'est".
Chère Muriel,

Ce que j'ai écrit à la page 2 de "Ma grammaire est endormie" vous a échappé. Ainsi qu'à d'autres, puisque je n'ai pas eu de réplique.

On n'analyse plus "c'est… qui / que".
Par conséquent, on ne voit plus d'attribut après "c'est" ni de pronom relatif dans "que".

Pour le reste, le poisson doit avoir été digéré…
Bonjour Edy,

Bah ça alors !

Mais… que fait-on du "que" ? On fait comme au poisson ? On l'enlève et on le jette ?

Muriel
Voici, Muriel :
Le gallicisme "c'est qui / que" est analysé globalement :
- comme un introducteur particulier d'emphase (Grevisse),
- comme une particule encadrante (Wagner et Pinchon),
- comme un outil complexe de focalisation (Denis et Sancier).
Riegel fait de "que" une simple conjonction, mais semble considérer "qui" comme un pronom relatif, et lui seul.

C'était inévitable puisqu'il y a des cas où le "que" n'est manifestement pas un pronom relatif :
* C'est demain qu'on part.
* C'est en forgeant qu'on devient forgeron.
* C'est quand j'ai bu que je vois double.

Les grammairiens ont préféré renoncer à une analyse moléculaire et traiter "c'est… qui / que" d'une manière globale.
C'est pour la même raison que "parce que, tandis que, afin que, etc." sont analysés globalement.
Merci Edy !
On doit dire "particule encadrante" ou "pr"sentatif" comme je l'ai lu parfois ?

Autre question, QUE ne sera donc plus jamais COD ? 😞
Chrissarg a écrit :« le poisson »… mais si ce n'est effectivement pas un cod, peut-il être sujet réel de "est" ?
À ma connaissance oui : c'est du moins la position de Grevisse dans les expressions impersonnelles (§ 230) ; il considère également le "que" comme un pronom relatif dans la mise en relief (§ 447).

J'ai du mal à suivre les développements grammaticaux de haute volée d'Edy, c'est pourquoi je m'en tiens à cette analyse plus élémentaire, mais plus accessible pour moi.
Au risque de dire une bêtise … 😉
Merci cher Edy !

Donc, c'est comme pour la loi, nul n'est censé ignorer la grammaire ! (je vais avoir du mal à m'y faire à cette non-analyse…).

Muriel
Sujet apparent sujet réel en effet c'est ce qu'on m'a enseigné et ça fonctionnait très bien 🙂
Bonsoir à vous !

1 Pour Léah
La terminologie la plus courante est « présentatif » ou (chez Grevisse) « introducteur ».
Partie encadrante, cela risque de ne pas être compris ; d’autant plus qu’il y a aussi des négations (adverbes complexes) qui encadrent.
* Cela N’a PAS fait mon compte.
* Les promesses qu’on fait à une jolie fille N’engagent QUE la peau. (Anatole France)

Après avoir lu ce que disent ces doctes grammairiens, je ne me risque plus à parler de COD à propos du QUE de l’introducteur. À l’inverse, je pense qu’on ne vous reprocherait pas de parler de SUJET à propos du QUI.

2 Pour Pierrot
Vous avez sans doute la toute dernière édition du Grevisse.
Dans la mienne, il est effectivement question de pronom relatif (447), mais à propos des tournures « à qui, dont et où » où il était impossible de ne pas voir des pronoms relatifs.
* C’est elle À QUI tu passes la mission de m’empêcher de parler. (Giraudoux)
On dirait plutôt : C’est à elle que…
* Si c’est mon portefeuille DONT il s’agit. (Chateaubriand)
On dirait plutôt : Si c’est de mon portefeuille qu’il s’agit.
* C’est là OÙ vous nous trompez. (Roger Martin du Gard)
On dirait aussi : C’est là que…

Je me demande si, dans un esprit de conciliation, on ne devrait pas, après avoir parlé d’introducteur (d’emphase ou de focalisation), ajouter qu’il se compose du présentatif « c’est » et d’un pronom relatif (qui, que, à qui, dont, où) sauf lorsque QUE est plutôt une conjonction (C’est là QUE je vais.)

3 Pour Muriel
Il y a un monde entre ce que j’ai appris et ce qu’on enseigne maintenant.
Cela étant, vous savez bien que les grammairiens ne sont pas toujours d’accord. Et je suis navré d’avoir jeté un doute dans vos habitudes.

Il vous est loisible de faire comme je le suggère au bas du point 2.

Voici ce que dit Riegel à la page 432 :
* Il est difficile, dans la plupart des cas, de traiter l’élément extrait comme un antécédent du relatif QUI ou QUE qui le suit : la substitution [sic] est pratiquement impossible, notamment quand une subordonnée, un infinitif ou un complément circonstanciel sont extraits. Pour cette raison, on peut traiter QUE comme une CONJONCTION. [Fin]
Je regrette que la finale ne vise pas le QUI, dont il vient d’être question.

4 Pour Léah encore
* C’est ce poisson que j’ai mangé ce matin.
Je ne vois pas d’inconvénient à voir dans « c’ » un sujet apparent ou grammatical et à voir dans « ce poisson » un sujet réel ou logique.
Vous noterez cependant que l’on s’écarte ainsi des cadres traditionnels des verbes impersonnels :
* Il convient de partir. → Partir convient.
* Il est arrivé un accident. → Un accident est arrivé.
* C’est un crime de trahir. → Trahir est un crime.

Dans la phrase avec notre poisson, il n’est pas possible de faire cette permutation, sauf :
* Ce que j’ai mangé ce matin, c’est ce poisson.
On n’est plus dans le champ des verbes impersonnels et assimilés, le seul endroit où il est question de sujet apparent et de sujet logique.

Personnellement, je ne fais plus cette analyse moléculaire : elle a trop de limites.
Dans l’exemple, je dirais :
* Introducteur d’emphase, dont l’élément extrait est le COD du verbe.

Bonne nuit à tout le monde !
Edy
Merci Edy, bonne nuit à vous aussi !
Les moutons vous changeront des poissons, mais ils riment !