Bonum > bon : et la diphtongaison romane ?

Langue française

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'ai encore une fois une question de phonétique:
voilà, je me trouve devant 2 manuels Précis e phonétique historiqueet 1 document PDF de phonétique diachronique travaillant sur des mots de lais de Marie de France (celui-là même qui m'avait été suggéré sur ce forum et que je consulte régulièrement donc un grand grand merci à eux).

Le problème est qu'aucun des 2 n'expliquent pourquoi : bonum > bon

Le Précis de phonétique historique dit que bonu (le [o] étant ouvert après le BSVL, tonique et libre), je le cite :
BO ̠̌ NUM > bon (forme non diphtonguée)
(ce qui, soit dit en passant, me semble largement impossible car ce [o] a évidemment diphtongué au IVe s.)

et le PDF (prenant exemple du mot "bonam" et non "bonum" (mais cela ne change rien à l'affaire) dit, je le cite :
Ce résultat, propre d’un emploi tonique, disparait fin XIIIe s.
BO ̠̌ NAM, en emploi atone, évolue à [bo̜ n] bonne.
et ceci après avoir fait diphtonguer, ce qui est la logique même, le [o] en [uo] mais ayant achevé le processus jusqu'à [ue].
Or, ce PDF n'explique pas non plus comment on en est revenu de [ue] à [o].

Serait-ce juste que "bon" est la forme savante et le doublet de "ben" (qui lui effectivement peut être vu comme la l'évolution phonétique normal de "bonum"?

Dites-moi, est-ce que j'ai bon sur ce coup-là?
Cela doit être une question d'emploi tonique ou atone entre buen et bon je pense.
C'est effectivement ce que disent les 2 sources que j'ai à ma disposition.

Mais pourquoi un emploi atone du [o]?
Serait-ce qu'il proviendrait de l'ablatif sing où la voyelle finale est longue?
Le traitement du o ouvert libre + nasale est en effet contraire à celui du e ouvert + nasale (bene > bien). Il est aussi contraire à ce qui s'est passé en italien (buono), en espagnol (bueno), etc…, c'est à dire dans des langues qui ignorent la nasalisation.
On a malgré tout buona dans la séquence d'Eulalie (au v. 1), et om > homo a quelquefois la forme uem (cf l'universel cuens < comes). La forme bon peut s'expliquer par un phénomène de proclitisme, donc de perte d'accentuation dans des expressions comme li bons rois Artus, etc…
Je vais regarder chez Fouché bien que j'aie les yeux fatigués. 🆒

Voilà, c'est pp. 161, 354, 355, 359, 371, 386, 549, 897 plus tout ce qui a dû être oublié dans l'index ! 😂


Bon (c'est le cas de le dire) !, Fouché dit les mêmes choses en plus détaillé. Après l'époque de la diphtongaison, le mot employé comme épithète aurait vu sa diphtongue se réduire ainsi : bonu > buon > bwon > bon. On aurait eu un temps la distribution : li bons pedre/li pedre est buens. Néanmoins, au vers 1 d'Alexis, on lit bel et bien :

Bons fu li siecles al tens ancienur.

L'explication vaudrait aussi pour (h)om, proclitique s'il est employé comme indéfini et cons (rare, je ne sais si je l'ai rencontré !) suivi d'un nom propre.

Signalons que mal (adjectif ou adverbe en AF) < malu, connaît une situation analogue : phonétiquement, il devait donner mel, ce qui est le cas dans Saint-Léger, mais c'est mal qui se généralise par la suite par le biais d'expression comme mala hora > maleure, malu gratu > malgré et les nombreux composés, comme male dicere, maleficium, etc…
Concerrnant le proclitisme, je ne pense pas car dans un autre manuel que j'ai (mais qui ne dit précise pas non plus le problème en question de "bonum") Introduction à l'ancien français (Nathan), il y est écrit :
Dans l'expression te videt, seul le verbe possède un accent tonique ; le pronom te est atone et proclitique.
Un grand merci pour l'effort et le temps que vous consacrez à me répondre 😉

Ah! Je n'avais pas vu les pages du Fouché :
Je rentre bientôt en France donc je pourrai le consulter, enfin!
Je ne comprends pas votre objection :
te videt = tevidet est comparable à bons pedre = bonspedre.

Le proclitique (pronom, mais aussi tout mot court faisant syntaxiquement corps avec le suivant, comme en grec) cède son accent au mot qui le suit. Si bons n'est plus accentué, il a le traitement du o initial atone, qui aboutit à une nasale, comme dans onor (on-nor). Bon devait se prononcer d'ailleurs bon[sup]n[/sup] au début.
Tout cela si l'on admet cette hypothèse. Bourciez la reprend.

Ne vous excusez pas : cela me fait revoir bien des notions oubliées. Je me suis intéressé un temps à la grammaire historique du français bien qu'en lettres classiques, on étudiât seulement les "philologies" latine et grecque. Je n'ai jamais eu d'épreuve de grammaire historique à l'agrégation de lettres classiques, plutôt axée sur la connaissance de la littérature, la version et le thème (avec un peu de grammaire de la langue contemporaine).
Bonjour,

Ah oui, effectivement, j'avais mal compris votre réponse :
C'est "bon" qui devenant proclitique aurait perdu son accent tonique.

Dans votre exemple :
li bons pedre/li pedre est buens
"bons" est pris comme proclitique de "pedre".

Hmm
J'adore ces phénomènes où la phonétique rejoint la syntaxe.

J'ai vraiment besoin de lire Fouché!

Je viens de trouvé un livre de Pierre Fouché consultable seulement de façon fragmentaire dans Google Books : Phonétique historique du roussillonnais où p. 119, il est effectivement écrit, parlement du roussillonnais :
S'il s'est maintenu dans le rouss. mod. sùn, c'est à cause de l'emploi proclitique de cette forme, comme auxiliaire du parfait périphrastique.
C'est le même phénomène.

comme vous dite, c'est sans doute pareil pour hom et en tout cas, c'est aussi sans doute le cas pour le sujet "on" (qui vient de hom).

Je viens de trouver une autre explication (toujours dans Google Books) de Joseph Linskill,Saint Leger: Étude de la langue du manuscrit de Clermont-Ferrand, Paris, Slatkine, 1974, p. 23 où en note 3, il est écrit, au sujet d'une "forme à emploi proclitique, qui aurait commencé à se généraliser dans la langue et à concurrencer la forme tonique :
C'était l'opinion de Bourciez, Eléments de linguistique romane, p. 287, qui l'a cependant modifiée dans la suite dans son Précis de phonétique française, p. 104 où il dit que o ouvert + nasale, s'étant foermé de bonne heure, a partagé le sort de o fermé.
Cela voudrait dire : fermeture vers le 3e s., avant la diphtongaison romane de [o]?