Dans quelle mesure l’auteur de roman transparaît-il dans ses personnages ?

Entraide scolaire

2 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjours, je suis un peu en panique et j'aimerai réellement que quelqu'un puisse m'aider. L'inspiration n'est pas flagrante à la vue de mon sujet de dissertation…
"Mme Bovary c'est moi" a écrit Flaubert. Dans quelle mesure l'auteur de roman transparait-il dans ses personnages?
J'ai déjà retranscris le sujet à ma facon: Dans quelle mesure un auteur met-il beaucoup de lui-même dans ce qu'il écrit?
Aucun auteur ne me vient en tête ni aucune preuve…
Merci



Croisset, août 1874

«La Bovary, c'est moi!» Moi?! Moi, j'aurais dit cela?! Peut-être, peut-être… Enfin, je n'en ai pas souvenir. On dit et on écrit tant de choses. Je corresponds quotidiennement avec de nombreuses personnes et j'en rencontre autant dans diverses occasions. Peu importe, en vérité, n'est-ce pas?

Je reprends donc la question, en changeant les auteurs: vous me demandez s'il est possible que j'aie pu dire: «la Bovary, c'est moi.»

En quelque sorte, je peux répondre que cela eût été possible. L'écrivain, l'artiste, dans la construction d'une oeuvre d'art, qui se fait comme on fait des pyramides pas en accouchant d'enfants de papiers, doit faire corps avec son sujet, s'y intégrer. L'écriture d'une scène, la composition d'un personnage, doit s'appuyer sur une recherche minutieuse. Ainsi, l'auteur s'intègre dans son travail à la psychologie de ses personnages. Un livre est une perpétuelle fusion de l'illusion et de la réalité, celle que construit l'écrivain. L'écrivant, on baigne totalement dans l'action, la psychologie, etc., de ses personnages. Par exemple, quand j'écrivais l'empoisonnement de Madame Bovary j'avais si bien le goût de l'arsenic dans la bouche, j'étais si bien empoisonné moi-même que je me suis donné deux indigestions coup sur coup, - deux indigestions réelles, car j'ai vomi tout mon dîner.

Mais, tout dans une oeuvre d'art est inventé - je ne suis pas plus la Bovary que Salammbô ou Saint Antoine. Contrairement à ce qu'ont voulu faire croire certains rigolos à l'époque, Madame Bovary n'est pas la version romancée d'un fait réel. Bien sûr, tout artiste s'inspire du réel dans sa création. Mais Madame Bovary, c'est une histoire totalement inventée, je n'y ai rien mis ni de mes sentiments, ni de mon existence.
L'auteur est démiurge : la part de l'écrivain
Il crée des êtres de papier ici l'héroïne qui aime, qui souffre, qui meurt ( Il connaît bien le milieu médical, par son père, son frère ; la salle à manger de ses parents jouxte les salles de malades de l'hôpital)
Il s'est inspiré d'un fait divers qui l'a frappé, c'est son choix
Il plonge le personnage dans une société qu'il connaît et dont il fait aussi la critique
Il s'implique donc dans les choix, dans la création mais surtout dans l' écriture

Mais il garde la distance
Ce n'est pas biographique
Le personnage d'Emma va incarner l'héroïne qui rêve sa vie, à cause de ses lectures
Il s'intéresse aussi à d'autres personnages : s'il caricature Homais, il est plus indulgent pour Charles à la fin du roman.

D'une manière plus générale :

Le romancier transparaît dans les personnages
Il crée des êtres de papier sortis de son imagination, de ses observations
Il puise aussi dans sa biographie, ses rencontres, ses lectures, sa culture, dans une époque
Il mène la narration dans un style qui lui est personnel

Le romancier crée des personnages qui lui échappent
Il crée de nombreux personnages fort différents
Il propose des figures dans lesquelles le lecteur peut s'identifier
Certains personnages de roman deviennent des figures, des types universels de héros ou d'antihéros.