Les débouchés de l’ENS

La filière littéraire

42 réponses · Page 2 / 3

Merci Jean-Luc Picard pour ce témoignage.
Sincèrement, je commençais à me sentir vraiment mal.
La recherche est loin d'être le seul débouché de Normale, et le nombre d'archikhûbes (anciens élèves) chercheurs est sans cesse décroissant. Parmi mes camarades de promotion, je compte :

- Une petite majorité de doctorants (agrégés ou non) ou récents docteurs, en contrat doctoral pour les plus jeunes, ATER ou similaires, quelques très rares (surtout en sciences) ont déjà un poste stable. Certains sont aussi au chômage…
- Certains agrégés ont pris leur poste dans le secondaire (ou y ont été contraints) et en sont plus ou moins satisfaits.
- D'autres ont passé divers autres concours de la fonction publique (ENA, directeur d'hôpital, ou autre catégorie A+).
- Quelques-uns se sont lancés en politique (assistants parlementaires, conseillers régionaux, conseillers ministériels…).
- Des économistes par exemple : certains sont dans la finance (audit, conseil, stratégie en particulier), l'assurance, les relations humaines, le marketing…
- Des juristes (avocats surtout, cette réorientation est un peu plus longue).
- Un séminariste (après quelques années comme agrégé).
- Une réalisatrice et quelques autres critiques de cinéma.
- Quelques journalistes.
- Une éditrice.
- Plus rare sont ceux qui créent leur entreprise, mais cela existe aussi.
- etc.

Bref, il n'y a pas vraiment de profil type du normalien, surtout actuellement. C'est davantage le rapport au savoir, les capacités à conceptualiser qui fondent le profil de l'école et de ses élèves. Les possibilités de réorientation sont presque sans limites, les parcours d'études sont organisables au cas par cas. Et il existe aussi des réorientations plus tardives, après la thèse par exemple.

Cela dit, si votre ami n'est pas intéressé du tout par l'enseignement, la recherche ou la haute fonction publique, et s'il doute de ses chances d'intégrer, il faut qu'il réfléchisse. Certaines réorientations seront plus difficiles (ou ne mèneront pas forcément au même niveau et aux mêmes responsabilités) sans le label et les opportunités concrètes de l'école.
Certains sont aussi au chômage…
Certains élèves normaliens sont au chômage ?
Comment cela arrive-t-il, Arthur ?
Je réponds à la place d'Arthur, qui rectifiera sans doute, mais si on n'a pas de poste de maître de conférences après sa thèse, ni de post-doc, on est au chômage (pour toutes les matières sans agreg, pas de possibilité d'utiliser l'enseignement en lycée comme filet de sécurité)
Je comprends de moins en moins. On fait sa thèse avant de passer l’agrégation et on peut prétendre à un poste de maître de conférence ?
On ne peut pas enseigner en lycée ou ailleurs lorsqu’on est normalien ?
Qu’est-ce que cela veut dire : « pas de possibilité d’utiliser l’enseignement comme filet de sécurité » ?
J’ai un peu le sentiment qu’on me prend pour une imbécile, là, 400 !
Statutairement, l'agrégation n'a rien à voir avec les postes de Maître de conférences…

Quand vous êtes titulaire d'un doctorat en lettres modernes et d'une agreg de lettres modernes, si vous ne trouvez pas de poste de MCF vous pouvez toujours enseigner dans le secondaire. C'est ce que j'appelle un "filet de sécurité" contre le chômage. C'est une des raisons pour lesquelles, dans les "matières à agreg", les directeurs de recherches exigent souvent l'obtention de l'agreg avant l'inscription en doctorat.
Mais vous n'avez pas ce filet de sécurité lorsque vous êtes docteur en architecture, en psychologie, en sociologie ou en arts du spectacle (entre autres) puisqu'il n'y a pas d'agrégation correspondante.
Bien sûr, puisque c'est un concours de recrutement de professeurs du second degré et des classes préparatoires.
Il existe aussi des postes de PRAG à l'université, mais hors cursus.
En dépit de l'appellation "agrégé de l'université" (qui date de la Restauration je crois), l'agrégation n'est pas un titre universitaire.
Mais vous n'avez pas ce filet de sécurité lorsque vous êtes docteur en architecture
Mais ENS… et architecture, psychologie ?
On entre à l'ENS pour être architecte, psychologue ?
Désolée de montrer mon ignorance. 😞
Il n'y a rien de choquant à ne pas le savoir, et à penser que l'ENS enseigne principalement des disciplines qui sont également enseignées en CPGE et dans le secondaire !
Mais il existe dans les ENS des départements qui permettent de se former à d'autres disciplines où il n'existe en effet pas d'agrégation : par exemple, à Ulm, le département d'études cognitives peut fort bien former de futurs docteurs en psychologie qui ne seront probablement jamais amenés à enseigner en-dehors du supérieur ; il en va de même en sociologie, en histoire de l'art (d'où l'exemple de l'architecture j'imagine) et bien d'autres disciplines encore.
En dépit de l'appellation "agrégé de l'université" (qui date de la Restauration je crois), l'agrégation n'est pas un titre universitaire.
Sauf deux agrégations, celle de droit, de gestion et de sciences politiques ! (mais si le nom est identique, on parle de deux choses distinctes…)
Il y a effectivement des disciplines sans agrégation, et aussi des sous-disciplines qui sont loin du cadre de l'agrégation ; si j'ai pour ma part passé une agrégation, c'est uniquement parce que j'ai fait des études de lettres avant de m'orienter vers la linguistique. Mes collègues travaillant sur des langues caucasiques, amazoniennes, en histoire de l'Inde, etc. n'ont pas vraiment le cœur à passer l'agrégation de russe, d'espagnol ou même d'histoire, et je les comprends, c'est une année de perdue pour la recherche ; ils ont obtenu des contrats doctoraux, ont enseigné pendant leur thèse sans cela.

Certains sont au chômage entre deux contrats post-doctoraux, d'autres se voient proposer des contrats d'ATER (ou des postes encore moins avantageux) de 6 mois, ou ont postulé à diverses bourses qu'ils n'ont pas obtenues… le chômage peut aussi être une stratégie volontaire pour avancer dans sa thèse plus rapidement. Le fait qu'ils soient chômeurs n'en fait pas les plus à plaindre, et ce n'est pas forcément une situation qui a vocation à durer, mais cela me semble important à mentionner tout de même.

Et plus généralement, comme cela a été dit précédemment, l'agrégation est un concours d'enseignement du second degré qui ne correspond ni aux exigences formelles de l'enseignement supérieur, ni aux ambitions moyennes des normaliens (en tout cas rue d'Ulm), ni aux moyens investis pour leur formation (un normalien coûte plus cher qu'un étudiant en ESPE). L'idée qu'un jeune chercheur, y compris en lettres et sciences humaines, aurait pour seule alternative à un emploi dans la recherche l'enseignement secondaire public en France, me semble surannée et rebute en tout cas un certain nombre d'entre nous. D'autant que l'agrégation (comme tout concours de la fonction publique d'État) est contraignante : mutations hasardeuses, détachement, disponibilité ou temps partiel difficiles à obtenir, absence de formation pédagogique (ni ESPE ni stage pour un agrégé ayant enseigné pendant la thèse), etc. Certains ne peuvent pas s'y conformer, et d'autres ne le veulent tout simplement pas.

Il est vrai, toutefois, que le profil des normaliens en littérature française est sans doute plus classique et qu'ils se satisfont mieux de cette exigence.
Arthur a écrit :D'autant que l'agrégation (comme tout concours de la fonction publique d'État) est contraignante : mutations hasardeuses, détachement, disponibilité ou temps partiel difficiles à obtenir, absence de formation pédagogique (ni ESPE ni stage pour un agrégé ayant enseigné pendant la thèse), etc. Certains ne peuvent pas s'y conformer, et d'autres ne le veulent tout simplement pas.
Et c'est normal puisque c'est un contrat passé avec l'État.

Pour s'engager dans le secondaire, il faut avoir la vocation, sans cela, on risque de devenir un mauvais professeur.
Tout ce que tu écris, Arthur, m’attriste profondément. Et encore je reste mesurée dans mes propos.
Cela témoigne d’une vision de l’enseignement à laquelle je n’ai jamais adhéré. (Et je ne parle même pas de l’image que tu me renvoies des nouveaux normaliens.)
La mienne est « surannée » sans doute, la vôtre est probablement liée à une évolution de l’éducation qui date d’environ une quarantaine d’années, ou plus ou moins, je ne saurais dire.
Tout ce que tu écris, Arthur, m’attriste profondément. Et encore je reste mesurée dans mes propos.
Cela témoigne d’une vision de l’enseignement à laquelle je n’ai jamais adhéré. (Et je ne parle même pas de l’image que tu me renvoies des nouveaux normaliens.)
Je pense comprendre ce que tu dis, Laoshi. Mais ces dernières années ont apporté des mutations profondes dans le métier d'enseignant qui creusent un fossé de plus en plus infranchissable entre recherche-enseignement supérieur et enseignement secondaire.
1/ les médias et la culture populaire ont largement contribué à l'image de l'enseignement en collège et lycée comme échec social, y compris dans les milieux favorisés. C'est ce que je déplore au premier chef. Cela se reflète dans les revenus (voir ce blog : https://blog.prof.free.fr/?page_id=33/) Pas très attractif, et pas même de quoi loger sa famille en région parisienne…
2/ de plus en plus d'agrégés rencontrent des obstacles pour poursuivre une activité de recherche en parallèle de leur enseignement, qui par ailleurs peut leur plaire : ils sont en postes sur 2 ou 3 etablissements différents, avec plus de 4 niveaux différents, sur des communes éloignées (j'avais l'exemple d'une collègue agrégée d'italien sur un collège et deux lycées, dans deux départements différents… Certains jours elle devait faire presque 100 km en voiture. Comment poursuivre sa thèse dans ces conditions ?), leur chef d'établissement leur refuse une autorisation d'absence pour participer à un colloque, dans une ambiance parfois teintée d'anti-intellectualisme, sans parler des fois où le rectorat refuse une dispo pour exercer les fonctions d'ATER (= un CDD en université) ou un détachement pour les PRAG. De quoi donner de bonnes raisons de chercher à partir au plus vite, ou de décourager les suivants.
3/ la nature de l'enseignement en collège et lycée est parfois à mille lieux de l'idée que peut s'en faire un jeune prof idéaliste, et de la passion qui l'anime pour sa discipline…
Tu m'es sympathique, CCCC, mais je ne sais pas si tu peux vraiment comprendre ce que je veux dire. 🙂
…ces dernières années ont apporté des mutations profondes dans le métier d'enseignant qui creusent un fossé de plus en plus infranchissable entre recherche-enseignement supérieur et enseignement secondaire.
Ces dernières années, je ne sais à quand tu les fais remonter, sûrement moins loin que moi.
Mais ce fossé a toujours existé je crois. Comment pourrait-il en être autrement ?
les médias et la culture populaire ont largement contribué à l'image de l'enseignement en collège et lycée comme échec social
Pour moi, ce n'est pas un échec social que d'être enseignant, à quelque niveau que ce soit. C'est la plus belle chose, et personnellement, je ne me suis jamais sentie vraiment à la hauteur. Mais pour ce qui est des revenus, évidemment, je ne saurais te donner tort. Il n'est en accord ni avec la durée des études, ni avec leur niveau élevé.
Encore que pour se loger confortablement à Paris, je ne sais quel métier il faut faire…
ils sont en postes sur 2 ou 3 etablissements différents, avec plus de 4 niveaux différents, sur des communes éloignées
Que des professeurs de langues dites rares, ou devenues rares, comme l'italien ou l'allemand ou le russe enseignent sur plusieurs établissements n'est pas nouveau. A qui la faute ? A une certaine politique qui favorise ta discipline d'élection ! 😉
Je vais même te dire mieux : moi-même, en lettres classiques, nouvellement nommée dans un lycée de centre-ville où je remplaçais pourtant un certifié parti à la retraite, je devais me partager entre deux lycées fort éloignés l'un de l'autre. C'était il y a presque trente ans, et le cas s'est reproduit dix ans plus tard dans un autre établissement. Ce n'est donc pas nouveau. C'est sûr qu'il faut être costaud. Et même que de telles choses sont inacceptables. Heureusement qu'il nous reste ces vacances qu'on nous reproche tant.
la nature de l'enseignement en collège et lycée est parfois à mille lieux de l'idée que peut s'en faire un jeune prof idéaliste, et de la passion qui l'anime pour sa discipline…
Cela est inévitable et en plus d'être idéaliste, il faudrait être bien naïf pour croire qu'en sortant de l'université, on va se trouver face à ses pairs.
C'est pourquoi comme l'a dit plus haut, il me semble, Jacques, la passion pour sa discipline ne suffit pas.
A défaut de véritable vocation, il faut avant tout aimer enseigner, et aimer les élèves.
A l'origine, l'ENS, sous la Révolution française avait été créée pour former des citoyens d'élite à l'art d'enseigner.
Cela a duré un moment : Simone Weil, Jean-Paul Sartre, Georges Pompidou, Jacqueline de Romilly… et bien d'autres ont commencé leur carrière dans des lycées.
Aujourd'hui, plus personne ne veut enseigner. Tout le monde a peur. Des normaliens refusent de passer l'agrégation.
Bien sûr, il y a un problème, un énorme problème.
Cela fait bien longtemps que j'attends une réforme de fond, qui referait de l'école un temple et des professeurs les personnes les plus essentielles à la nation .
Après avoir été admis en 1889 au concours d'entrée à l'École normale supérieure, il (Alain / Émile-Auguste Chartier) est reçu troisième à l'agrégation de philosophie en 18924, puis est nommé professeur, successivement aux lycées Joseph-Loth à Pontivy, Dupuy de Lôme à Lorient, à Rouen (lycée Corneille de 1900 à 1902) et à Paris (lycée Condorcet) puis à Vanves (lycée Michelet).
Et c'est normal puisque c'est un contrat passé avec l'État.
Pour s'engager dans le secondaire, il faut avoir la vocation, sans cela, on risque de devenir un mauvais professeur.
C'est un contrat particulièrement contraignant. Ces contraintes, rendent le statut d'agrégé difficilement compatible avec la conception de "filet de sécurité" pour jeune chercheur évoquée précédemment. Les fonctionnaires de la FPT inscrits sur liste d'aptitude (hors EN), les professeurs contractuels passent aussi un contrat avec l'État.

Naturellement, pour qui se destine vraiment (primairement) à l'enseignement secondaire, ceci a aussi ses avantages (garantie d'emploi, possibilités de reconversion au sein du ministère, pour devenir par exemple proviseur ou inspecteur - ce qui nous ramène au sujet initial).

Personnellement, j'aime enseigner (du moins j'apprécie l'expérience d'enseignement que j'ai eue jusqu'ici, dans des cours pour spécialistes en master, dans un cadre plus généraliste en licence et occasionnellement comme interrogateur oral et professeur particulier pour CPGE). Mais la question de cette vocation n'a pas grand-chose avec l'État, sinon dans la conception ferryste des "hussards noirs". Elle n'est pas moins présente chez les professeurs de l'enseignement privé ou tout simplement dans la majorité des pays d'Europe dont les professeurs ne sont pas des fonctionnaires. Un de mes camarades agrégés (non normalien) a démissionné de l'agrégation et enseigne aujourd'hui dans un établissement privé (hors contrat), il aime toujours autant ce qu'il fait.
Cela témoigne d’une vision de l’enseignement à laquelle je n’ai jamais adhéré. (Et je ne parle même pas de l’image que tu me renvoies des nouveaux normaliens.)
J'imagine que chaque génération se fait son idée de ce métier, ce qui est après tout normal. Et mon appréciation de tout cela n'est probablement pas définitive.

La diversité des débouchés des normaliens n'a en revanche rien de récent. Elle est seulement plus ouvertement assumée aujourd'hui, pour diverses raisons (attractivité des candidats, compétitivité internationale, mais aussi simplement parce que les postes stables dans le supérieur se font rares alors que les normaliens sont eux de plus en plus nombreux).
Pour moi, ce n'est pas un échec social que d'être enseignant, à quelque niveau que ce soit.
Pour moi non plus, y compris dans le primaire ou le secondaire, ni pour la majorité des normaliens qui choisissent de s'y engager. Mais justement, la rhétorique du "filet de sécurité" que serait l'agrégation installe cette idée.

Encore une fois, je ne vois pas au nom de quoi seul un professeur serait légitime à faire un doctorat ; c'est une perversion du système que de l'exiger tacitement. Et cette exigence dévalorise aussi mécaniquement la valeur du doctorat, très peu valorisé dans ce pays.
A l'origine, l'ENS, sous la Révolution française avait été créée pour former des citoyens d'élite à l'art d'enseigner.
Cela a duré un moment : Simone Weil, Jean-Paul Sartre, Georges Pompidou, Jacqueline de Romilly… et bien d'autres ont commencé leur carrière dans des lycées.
Après avoir été admis en 1889 au concours d'entrée à l'École normale supérieure, il [Alain / Émile-Auguste Chartier] est reçu troisième à l'agrégation de philosophie en 1892, puis est nommé professeur, successivement aux lycées Joseph-Loth à Pontivy, Dupuy de Lôme à Lorient, à Rouen (lycée Corneille de 1900 à 1902) et à Paris (lycée Condorcet) puis à Vanves (lycée Michelet).
Mais les lycées étaient eux-mêmes des établissements beaucoup plus élitistes à l'époque, justement (20 % d'une classe d'âge a un baccalauréat en 1970, le chiffre a quadruplé). L'exemple d'Alain est intéressant. Il n'avait que trois élèves à Pontivy ! Et il passera 8 ans dans une Basse-Bretagne qui lui est étrangère avant de rentrer dans sa Normandie natale, le tout sans femme ni enfant. Ces questions de mobilité forcée sont un grand frein actuellement. Ajoutez à cela que beaucoup de néo-agrégés, normaliens ou non, sont désormais nommés en collège (c'était mon cas avant d'obtenir mon détachement). Les mêmes noms ne recouvrent plus les mêmes réalités.

Encore une fois, personne ne remet en question cette possibilité de carrière. Nous n'y sommes pas découragés pendant la scolarité à l'ENS, et cela reste un débouché important chez les littéraires (chez les scientifiques, il est plus marginal). Mais il ne s'agit pas d'en faire un passage obligé, ni pour ceux qui veulent devenir chercheurs, ni pour les autres. Si la perspective de faire carrière en collège et lycée, puis éventuellement en CPGE ou comme proviseur, inspecteur etc. n'attire pas un lycéen ou un khâgneux (ou n'attire plus un élève de l'école), ce n'est pas ipso facto une raison pour tirer un trait sur l'ENS, d'où ma réponse au message originel. Je pense qu'à ce niveau d'études, nous méritons cette liberté ; précisément aussi en raison des spécificités et difficultés du métier d'enseignant.
Personnellement, j'aime enseigner (du moins j'apprécie l'expérience d'enseignement que j'ai eue jusqu'ici, dans des cours pour spécialistes en master, dans un cadre plus généraliste en licence et occasionnellement comme interrogateur oral et professeur particulier pour CPGE).
Tu me fais rire, tiens !
C'est un contrat particulièrement contraignant.
Un engagement décennal dans lequel les années d'étude sont comprises ?
Rechigne-t-on à encaisser le traitement reçu tous les mois pour apprendre, seulement apprendre ?
Cet engagement est connu de toute façon dès le passage du concours.
Mais les lycées étaient eux-mêmes des établissements beaucoup plus élitistes à l'époque, justement… Ajoutez à cela que beaucoup de néo-agrégés, normaliens ou non, sont désormais nommés en collège …Les mêmes noms ne recouvrent plus les mêmes réalités.
Cela est vrai, le niveau général a beaucoup baissé, celui des collégiens, des lycéens, celui des khâgneux, des étudiants, et je le crains, de certains normaliens également.
Au fait, pour ce qui est de la difficulté d'enseigner, as-tu lu la trilogie de Jules Vallès et plus près de nous Topaze de Marcel Pagnol ?
Merci pour les conseils de lecture 🙂 Oui, le niveau baisse probablement aussi aux ENS (les notes avaient d'ailleurs été considérablement remontées en 2005 avec la BEL).

Oui, j'ai aussi conscience que mon expérience d'enseignement est plutôt privilégiée jusqu'ici. Et je ne suis pas le seul dans ce genre de cas. D'où les difficultés et les malaises de certains camarades brusquement confrontés à un tout autre contexte.

Je ne parlais pas des contraintes de l'engagement décennal des normaliens (récemment assoupli, et appliqué de manière très variable d'une époque à l'autre) mais de l'agrégation elle-même. Le calendrier annuel des mutations, des disponibilités, etc. n'est pas facile à conjuguer avec celui, différent et souvent plus tendu, de la recherche, ni avec des opportunités à l'étranger. Du moins est-ce ma courte expérience sur le sujet.

L'engagement décennal des normaliens est un autre sujet… et (au risque d'aggraver mon cas 🙂 ), je suis aussi pour sa suppression :

- Parce que le concours de l'ENS n'est pas une école de fonctionnaires au même sens que l'ENA, une école de police, de magistrature ou une école militaire : elle n'offre pas de postes à la clé. L'engagement décennal implique généralement la réussite à encore un autre concours en sortie d'école. Ce qui n'est jamais donné, et peut conduire à des orientations par défaut (en thèse, notamment, ou dans le second degré).

- Parce que la spécificité des ENS, c'est la formation à la recherche, et non à la fonction publique. Je comprends davantage l'engagement décennal pour qui reçoit une formation professionnelle spécifique (un conservateur de bibliothèques, un magistrat, etc.).

- Parce que bon nombre des pays européens financent leurs meilleurs étudiants par de généreuses bourses sans contrepartie (c'est le cas par exemple des contrats doctoraux). Certes, ils n'en font pas des fonctionnaires, ce qui est une autre bizarrerie française, avec son lot de privilèges. On justifie que nous soyons fonctionnaires par le fait que nous le serons, et inversement.

- Parce que le traitement des élèves n'est de toute façon qu'une fraction de ce que nous coûtons (et le remboursement possible ne concerne que les années non effectuées, donc 60 % au maximum de ces 10 ans). Le problème est aussi illustré par les récents débats sur les étudiants étrangers : même en décuplant leurs frais d'inscription, ceux-ci ne représenteraient qu'environ un tiers des coûts réels. Et un normalien qui part faire une carrière (souvent juteuse) dans le privé sera de toute façon fiscalement assez rentable.
et (au risque d'aggraver mon cas ), je suis aussi pour sa suppression :
Oh oui, tu l'aggraves !
Et pourquoi ne pas supprimer le traitement des élèves, et tant qu'on y est, l'école elle-même, cette spécificité tellement française qui n'a plus rien à voir, à ce que je lis, avec sa vocation primitive ?
La recherche peut tout aussi bien se faire à l'université que je sache.
Je passe sur le Certes, ils n'en font pas des fonctionnaires, ce qui est une autre bizarrerie française, avec son lot de privilèges
Si les privilèges sont si intéressants, tout ton raisonnement se casse le nez.
PS. A propos des autres écoles que tu cites, je ne peux parler que de ce que je connais un peu. Depuis Napoléon 1er, l'Ecole Polytechnique a toujours conservé son statut militaire, aujourd'hui critiqué par certains. Ce n'est pas pour autant qu'elle offre un poste à la clé. Le poste, il faut se le chercher et se le trouver.