Alain, Pédagogie enfantine

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, dans le cadre des mes études, j'ai besoin d'une analyse de texte de philosophie assez précise, seulement, j'ai un peu de mal avec la philosophie et je m'égare souvent dans mes propos… Est ce que quelqu'un pourrait m'éclairer sur ce texte ? des choses à dire assez précise ou d'un plan à effectuer ? Ce serait un petit coup de pouce très important pour moi car j'ai envie de m'appliquer pour ce devoir. Voici les consignes données par mon prof et le texte que je dois étudier 🙂 :

1. Faire l'analyse argumentative de ce texte (thèse, arguments, distinctions ) et rendre compte de chaque argument
2. Proposer une reflexion libre sur une question abordée par le texte en vous appuyant sur le cours et sur votre expérience
Le Pragmatisme devait renouveler la pédagogie. Si comprendre n'est pas autre chose que construire, si l'intelligence n'est jamais séparée de l'action, si donc la contemplation tant vantée se réduit à de stériles jeux de paroles, si l'action enfin est le régulateur et le juge dernier de la pensée droite, il ne faut pas espérer de faire entrer des idées dans l'esprit de l'enfant par des discours seulement. L'enfant qui écoute, dit à peu près Dewey, à la fois pragmatiste et pédagogue, l'enfant qui écoute n'apprend rien ; il n'apprend qu'autant qu'il fait, qu'autant qu'il essaie. C'est alors que l'attention, la réflexion, la pensée enfin (peser) aura un sens ; ce sera un moyen, un instrument, et, comme disait Bacon, l'instrument des instruments : l'organon.

On veut intéresser l'enfant c'est-à-dire produire en lui une sorte de plaisir qui éveille l'attention. Mais il y a deux moyens bien différents d'y arriver, parce qu'il y a deux espèces de plaisir ; l'un qui dérive de la structure de nos sens, et où nous sommes passifs. Par exemple, je veux que l'enfant aime l'école ; je veux qu'elle soit ornée, décorée de couleurs agréables. je le touche ainsi malgré lui, je le flatte. De la même manière les contes, les récits historiques ou moraux auront pour fin d'éveiller dans l'enfant des sentiments agréables, qui, par souvenir, le disposeront à l'attention ; on dira alors qu'il aime le maître, pour tous ces plaisirs de curiosité, d'approbation, d'enthousiasme, dont l'enseignement est la source.
Sans méconnaître qu'il y a des plaisirs plus élevés, plus proprement humains que d'autres, il faut reconnaître qu'en agissant ainsi on imite ceux qui donnent des friandises à l'enfant. On pourrait dire que c'est toujours une certaine sensualité que l'on cultive. Mais voyons bien où est le défaut ; c'est que l'enfant est spectateur ; il attend qu'on l'intéresse. Semblable à celui qui avait un guignol, et qui s'installait dans son fauteuil. Cette attention est paresseuse au fond et de qualité inférieure. Partout on retrouve et encore chez les étudiants de l'Enseignement Supérieur ce goût pour les spectacles, cette passivité naturelle qui assiste au cours, et qui attend que ce soit intéressant, qui croit avoir beaucoup fait si le cours est intéressant. Comme Dewey le remarque avec finesse (L'école et l'Enfant), cette attention n'est jamais entière ; elle se détourne aisément, il faut la conquérir et la conserver par les moyens de l'orateur. L'enfant, surtout jeune, y prend l'habitude de dédoubler son attention, c'est-à-dire de ne la donner que par une sorte de contrainte, en cédant à l'intérêt, mais restant toujours prêt à la

tourner vers d'autres choses, incidents, camarades, jouets, bavardage, rêverie. Des études faites (Voir Sociologie et Psychologie de l'Enfant) dans des classes de la ville de Paris font voir que l'inattention est presque la règle, et même chez les élèves réputées bonnes. J'ai connu et observé ce genre d'attention chez les garçons même laborieux ; ils voudraient faire autre chose ; ils écoutent de temps en temps, ils écoutent ce qui leur plaît. C'est l'école de la paresse.

Comparez cette attention, que malheureusement on peut dire scolaire, à celle d'un enfant qui joue, ou d'un enfant qui fait quelque chose. Il apparaît alors que l'action intéresse d'une autre façon que le spectacle. (Gœthe faisant marcher les marionnettes). Et l'on retrouve ainsi une autre théorie du plaisir, due à Aristote, bien plus profonde, et pragmatiste au fond. C'est que, hors les plaisirs qui tiennent aux sens, et qui nous sont communs avec les animaux, les plaisirs proprement humains résultent de l'action, c'est-à-dire de la puissance exercée, éprouvée, de l'essai, du risque, de la victoire ; et que les peines résultent toutes inversement de la passivité (Ennui), de l'impuissance, de l'esclavage, comme l'exemple de l'athlète le fait voir. Car il a plaisir à recevoir la couronne, mais parce qu'il l'a gagnée sans mensonge, sans faveur. Son plaisir est d'avoir triomphé de paresse, de maladresse, de crainte.
L'explorateur de même. « Le plaisir s'ajoute à l'acte comme à la jeunesse sa fleur ».
Revenons à l'enfant. D'après cela je ne veux point qu'il écoute les bras croisés ; je veux que son attention suive sa propre action. je prends comme exemple les essais de rédaction et de dissertation. Refaits. Le travail au tableau, la correction, où chacun guette et prend ce qui lui servira pour construire le développement qu'il a d'abord esquissé. Les effets sont merveilleux par ceci que l'élève ne cesse pas de considérer, d'essayer son action propre, qui est ici d'écrire. C'est une action qui suppose déjà une certaine culture. D'après cet exemple, que je connais bien, je conçois que la classe doit ressembler à un atelier (quels que soient les âges) où chacun fait quelque chose ; non qu'il le fasse parce que cela l'intéresse (on attendrait longtemps) mais plutôt il s'y intéresse parce qu'il le fait, parce qu'il invente un peu à chaque instant. Que ce soit compter, ou classer, ou construire, ou écrire, ou dessiner, l'attention alors n'est plus divisée ; tout le corps est occupé en même temps que l'esprit. Cette vue a transformé l'enseignement du premier âge. Mais il faut dire aussi que l'enseignement traditionnel (principalement le secondaire) a trouvé depuis longtemps le moyen de faire travailler l'élève en vue d'une œuvre déterminée. Les thèmes, les versions, les traductions, les compositions françaises forment bien mieux l'esprit et disciplinent bien mieux l'attention que ces leçons imitées de l'Enseignement Supérieur, et qui ont gâté l'Enseignement Primaire. La seule action de lire (d'ailleurs si nécessaire) fixe bien mieux les connaissances, comme l'expérience l'a montré. La difficulté est de trouver pour chaque étude un exercice où tous les enfants seront actifs. Le calcul mental est parmi les meilleurs. Aussi l'exercice d'élocution, pourvu que les résultats soient inscrits au tableau et écrits et recopiés par chacun. Sans

cette précaution, la méthode socratique (Décrire un tableau - Un jardin, Un animal) ne produit que des remarques souvent vives, amusantes, mais de forme négligée. Dans tous les travaux scolaires, il n'est rien de mieux que si l'on reprend, si l'on met en forme l'esquisse imparfaite de l'élève, jusqu'à la perfection ; l'élève reconnaîtra ses propres inventions, sa propre initiative. Par exemple l'exercice des vers français est bon, comme était celui des vers latins. Bref chaque nature s'instruit selon sa propre action.

Le principe est bon. Le risque est de tomber soit dans le jeu des mains, soit dans le travail d'apprentissage, ce qui ferait négliger lecture et culture. Il n'existe pas de travaux qui conduisent à trouver ce qui est dans les livres (l'Humanité) ni qui approchent de savoir lire. La technique est sans pensée, par un genre de sérieux (T. S. F. avion) ; le jeu aussi, par le manque de sérieux.
La thèse : (L'enfant) il n'apprend qu'autant qu'il fait.