Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien

Entraide scolaire

3 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Pour une colle de Français je dois analyser un extrait de "Sous le signe du lien" de Cyrulnik (voir texte en dessous), et je dois aussi réaliser une ébauche de dissertation en prenant la première phrase pour sujet.
Malheureusement je ne comprends vraiment pas le texte😞
Pouvez vous m'aider en me donnant quelques pistes (schéma argumentatif du texte, piste pour la dissert…).
Ce que j'ai compris c'est que l'histoire d'amour est au début universelle et déconnectée du monde puis elle s'estompe vite avec le retour au monde réel qui "tue" l'histoire d'amour.
Ma compréhension du texte est-elle totale?
Et je ne vois pas ce que l'histoire de l'amour signifie, est la façon que l'on a de voir l'amour suivant les époques ?
Merci d'avance

Boris Cyrulnik, "Sous le signe du lien" (1989) Texte 6


L'histoire d'amour est universelle alors que l'histoire de l'amour change étonnamment selon la culture.

L'histoire d'amour universelle raconte toujours le même événement : la naissance du sentiment amoureux. Cette délicieuse émotion qui pousse à sortir de soi, à s'arracher de son monde pour partir à la recherche de l'objet parfait, donc idéal. Cette émotion nous conduit à tenter l'aventure : « Par hasard, elle était la, ce soir, prête à la rencontre dès le premier regard ».
Alors se déroule l'histoire d'amour toujours la même, celle qui organise les séquences du scénario : la rencontre, l'émotion par le regard, la danse interactionnelle des premières paroles et des tout premiers geste. Le jeu de l'approche et de la séduction, de la synchronisation des désirs et de la suggestion des engagements. L'émoi infiltre de sensualité le moindre geste, la moindre parole, le plus petit mouvement d'étoffe ou de chevelure, l'infime tremblement de la voix ou le clignement des yeux. Transfiguration du banal, la moindre stimulation devient sensuelle .
Une fois que les corps sont présents, il faut présenter les âmes : on se raconte son histoire, ce qui permet de dire comment on aime, comment on craint, et suggérer comment il va falloir se coordonner autour de cette manière de vivre.
L' interpénétration sensorielle, l'extase croisée des amoureux réalise un autre mode de connaissance : il n'est plus possible de percevoir son partenaire comme lors d'une observation à distance. Désormais la perception fusionnelle de l'autre en soi nous révèle.

Il faut que l'histoire d'amour finisse mal: par la mort par le mariage! La mort permet aux historiens d'amour de ne plus en parler et le mariage replace l'histoire d'amour dans son contexte social. Car auparavant, la fusion amoureuse avait créé un monde clos, une échappée en territoire privé. L'effet subversif de l'histoire d'amour met les amoureux hors la loi, mais pas opposés à la loi. Sa marginalité discrète suscite l'envie des gens normaux, toujours fascinés par les déviants et les pervers.
Le flash amoureux deja s'éteint. On garde en soi le souvenir de l'extase, la nostalgie du bel objet perdu qui n'a duré que quelques mois. L'apaisement sensoriel nous permet alors d'ouvrir les yeux sur le réel et sur le social qui, doucement, prennent leur revanche et nous imposent leurs contraintes. Dès que le couple amoureux pactise avec le réel, l'histoire d'amour se termine par le rituel : < Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.> Il faudrait y ajouter: <Ils s'inscrivirent aux allocations familiales et firent à la caisse d'épargne un emprunt avantageux à faible taux d'intérêt>. Le réel a repris la parole : terminée l'histoire d'amour.
Le réel a rétracté l'extase. L'amour passion doit flamber dans l'idéal, dans l'émotion tombée du ciel, dans la trace réveillée par l'autre. Il faut que l'amour passion soit passif, car toute action introduirait le travail et le réel désenchanteur. Alors on se promène, on soupire, on attend, on regarde, on est bien là, immobiles, ensemble, fusionnés, dans l'amour passion, " le seul objet possible est le je lui-même".
Le moment amoureux transfigure le banal, mais tout apaisement de l'extase laisse apparaître un réel sans âme: la famille et ses contraintes, la société et ses règles. Le réel et ses lois deviennent persécuteurs, empêcheur d'extase. Si l'on veut s'enivrer encore un peu, garder en soi le sentiment merveilleux d'élation désincarnée, il faut se coucher, se concentrer sur la flamme vacillante du plaisir amoureux, et attendre la mort.
Bonsoir,

Cyrulnik aborde le topos de la rencontre amoureuse, de l'amour-passion, de la constante littéraire qu'il n'y pas d'amour heureux.
Sa thèse est que la vie réelle et ses contraintes détruisent l'idéalisation de l'amour-passion. En effet cet amour doit être vécu dans un monde clos extatique qui permet le rêve idéalisant. Le retour au réel par les conventions sociales entraîne la désillusion des amants et donc la mort de leur rêve d'absolu.

La première phrase est un résumé de la thèse :
- L'histoire d'amour est universelle (tout amour-passion, dans n'importe quelle littérature, obéit au même schéma narratif)
- alors que l'histoire de l'amour change étonnamment selon la culture. (Le retour au réel des amants est en revanche différent selon les cultures et les époques ; l'histoire de l'amour est marqué par la sociologie.)

Pour ma part, je pense que Cyrulnik décrit le fait d'être amoureux, (qui est un sentiment adolescent, incomplet et fusionnel), qu'il confond avec l'amour adulte qui est une décision et demande à être construit, jour après jour. Tout amour humain passe inévitablement par les étapes idéalisation, désillusion, refondation persévérante.

Ce phénomène a été très bien décrit par de Rougemont dans son essai L'Amour et l'Occident.
merci beaucoup, j'arrive mieux a cerner le texte.