Bonjour,
Pouvez-vous m'aider à mieux comprendre ce sonnet de Louise Labé ?
Merci infiniment!
Claire Vénus, qui erres par les Cieux,
Entends ma voix qui en plaints chantera,
Tant que ta face au haut du Ciel luira,
Son long travail et souci ennuyeux.
Mon oeil veillant s’attendrira bien mieux,
Et plus de pleurs te voyant jettera.
Mieux mon lit mol de larmes baignera,
De ses travaux voyant témoins tes yeux.
Donc des humains sont les lassés esprits
De doux repos et de sommeil épris.
J’endure mal tant que le soleil luit ;
Et quand je suis quasi toute cassée,
Et que me suis mise en mon lit lassée,
Crier me faut mon mal toute la nuit.
Bonsoir,
C'est un sonnet du XVIe siècle qui chante la maladie d'amour.
Le premier quatrain évoque la nuit tourmentée de la poétesse.
Elle s'adresse à Vénus (déesse de l'amour) qui est aussi l'étoile du berger.
Le deuxième quatrain utilise les hyperboles pour décrire la manifestation de cette douleur, (voir les pleurs).
Le 1er tercet exprime sa différence : elle reste éveillée alors que les autres humains ont sombré dans le sommeil.
Le 2nd tercet marque que le repos est impossible à l'auteur qui crie son mal toute la nuit.
Tu pourrais te demander s'il n'y a pas un peu de masochisme chez Labbé. Un amour qui ne ferait pas souffrir serait-il digne d'être vécu et surtout chanté ?
Le 1er quatrain comme vous me l'avez dit évoque la nuit tourmentée de la poétesse.
Pourtant je n'arrive pas à voir, en quoi ce quatrain évoque sa nuit.
Pour moi, les 2 premiers quatrains sont un appel à Venus. Et le 2e quatrain semble beaucoup plus évoqué la nuit de la poétesse que le 1er.
V.1 : Le sonnet commence par " Claire Venus ". Est-il commun au 16e siècle d'utiliser une majuscule pour les adjectifs placés devant un nom ?
V.2 : Avez-vous une idée de pourquoi choisit-elle de chanter ses plaintes plutôt que de les dire ?
V.4 : Je ne vois pas à quoi " Son long travail & souci ennuyeux " fait référence. Je n'ai pas compris la phrase…
Bonjour,
Vénus qui est aussi l'étoile du berger est visible la nuit. Note le terme "cieux" qui connote cet aspect stellaire.
La majuscule de Claire est nécessitée par le début du vers.
Elle chante son mal car elle est poétesse, pense à la lyre d'Orphée.
Long travail : probablement au sens d'accouchement.
Souci ennuyeux : pléonasme, ennuyeux à comprendre comme lassant, extrêmement fatigant.
Bonjour,
Je me permet de vous demander votre aide une dernière fois.
C'est à nouveau au sujet du vers 4 : " son long travail et souci ennuieus ".
Je ne vois pas à quoi l'adjectif possessif " son " fait référence.
À sa voix qui chante en plainte ?
Je ne vois pas à quoi l'adjectif possessif " son " fait référence.
Entends ma voix qui chante sa peine, ses tourments…
Les tourments sont ceux de celle qui chante, de la poétesse donc.
Bonjour
Son se rapporte à voix.
A noter la synecdoque.
La poétesse se réduit à une voix plaintive. Travail = accouchement, mise au monde douloureuse.
Métaphore suggérée du poème comme enfant spirituel de l'amour.
On peut comprendre que par la suite il trouble le repos de sa mère par les soins qu'il réclame.
Bonjour,
N'est-ce s'avancer un peu trop que d'être aussi catégorique sur le sens du mot travail ici.
Un sens banal serait très décevant, il ne rendrait pas compte de la souffrance et de l'attachement à la douleur. La poétesse se démarque justement de ceux qui s'abandonnent au repos après la fatigue du travail ordinaire.
Travail au XVI e siècle n'a pas un sens banal.
Je le ressens comme le labor latin qui implique peine et souffrance, et lui reconnais un sens très fort. tout comme à souci d'ailleurs.
Le mot est d'ailleurs repris au pluriel un peu plus loin.
Mais je demeurerais moins précise. Pour moi, il ne s'agit pas ici (forcément) des douleurs de l'enfantement, et je crois que c'est un peu extrapoler que de le dire.
Louise Labbé n'a pas utilisé le terme de labeur souvent repris par les poètes pour désigner le devoir d'état ou l'activité pénible héritée du péché originel. Elle a retenu celui de travail et travaux, de plus c'est une femme cultivée. Alors ?
Oui.
Travaux. Au pluriel.
Alors, je ne sais pas.
On peut évoquer évidemment le sens que tu donnes mais seulement sous forme hypothétique, me semble-t-il.
= me paraît trop.
On n’en sait rien, comme on ne sait d’ailleurs pas grand chose de la belle cordière.
Jean-Luc a écrit :Un sens banal serait très décevant, il ne rendrait pas compte de la souffrance et de l'attachement à la douleur. La poétesse se démarque justement de ceux qui s'abandonnent au repos après la fatigue du travail ordinaire.
Oui, et dans le même ordre d'idée, souci ennuyeux n'est pas un pléonasme : ennuyeux a un sens très fort (ici : "qui m'épuise") jusqu'à l'époque classique.