Qu’est-ce que la sublimation ?
12 réponses
Bonjour,
Je m'interroge sur le concept de la sublimation (kantienne, freudienne, stendhalienne ou autre s'il en existe) que j'ai du mal à appréhender.
De ce que j'ai compris, ce serait un phénomène de transcendance que l'on éprouverait par exemple devant une oeuvre d'art, par une émotion forte ou autre chose qui surpasserait ce à quoi on serait "habitué" ?
Pour Stendhal, j'ai lu qu'elle consiste à "se concentrer sur l’être aimé et voir en lui toutes ses qualités", par exemple dans le Rouge et le Noir. Jusque là ça me paraît clair : on sublime une personne ou on est sublimé par elle. Le phénomène est purement subjectif (confonds-je avec sa cristallisation ou c'est semblable ?)
Pour Kant, je lis ici https://www.lettres-et-arts.net/arts/art-objet-pensee-philosophique/kant-jugement-esthetique-humanite/kant-beau-sublime+145
que " le sublime ne doit donc pas être cherché dans les choses de la nature mais seulement dans nos idée". Donc on ne peut pas être sublimé par un superbe paysage qui nous ferait ressentir une vague d'émotions très fortes ?
Enfin, je trouve que Freud, qui a inventé le concept, sexualise beaucoup la chose en renvoyant sans cesse les instinct sexuels bridés vers une sorte de frustration évacuée par une pratique artistique par exemple. Mais quel rapport avec la sublimation tel qu'il me semble la comprendre ?
Je vous interroge dans le cadre de mon mémoire sur "la sublimation et la catharsis dans le Parfum, de Patrick Süskind".
Je suis aussi à la recherche d'ouvrages sur la question !
Merci beaucoup d'avance !
Mathilde
Personne n'aurait une petite idée 🙂 ?
Il y a quelque chose que je comprends mal : comment pouvez-vous en être à cerner le concept de sublimation alors que le mot figure dans le titre de votre travail ? Si vous l'avez utilisé, c'est bien que vous aviez une idée au moins générale sur la question, non ?
Tu dis que Stendhal voit de quoi il s'agit alors que c'est Freud qui a inventé le concept. C'est bizarre, non ?
Il y a beaucoup de choses dans les dictionnaires sur ce mot ainsi que dans Wikipédia et Universalis. Tu devrais lire tout ça.
(À tout hasard, je suppose que c'est inutile mais je le dis quand même, ce mot a un sens en physique et en avait un avant en alchimie ; peut-être que ça peut donner des métaphores aidant à comprendre ce qui t'intéresse.)
Il reste à te sublimer pour écrire ton texte.
J'ai effectivement une idée générale sur la question, mais pour un mémoire, c'est assez insuffisant 😂 et le titre n'est que provisoire, c'est simplement pour donner une idée de ce sur quoi je compte travailler lorsque j'en parle autour de moi, et encore : je débroussaille d'abord en amont avant d'officialiser ledit sujet. SI ça se trouve, ça ne collera pas du tout ou ne m'intéressera finalement pas… D'où les recherches !
Pour ce qui est de Stendhal disant qu'il voit de quoi il s'agit, c'est parce qu'apparemment, il y a plusieurs conceptions sur la sublimation ! Freud l'a certes inventé, mais de ce que je lis, il y a plusieurs entrées qui dépendent du philosophe : Kant, Schiller, Freud et d'autres encore semblent avoir leur mot à dire et nuancent le concept, même bien en amont de l'époque freudienne, avec plus ou moins les mêmes termes, précisions etc.
J'ai juste du mal à comprendre la conception que s'en font quelques uns d'entre eux 😉
Merci pour vos remarques en passant 😉
Pour ce qui est de Stendhal, il s'agit de la fameuse cristallisation, comme vous l'avez dit.
Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. (De l'amour).
Dans la psychanalyse freudienne, la sublimation est un mécanisme de défense. Il s'agit de transformer une pulsion biologique en quelque chose d'acceptable socialement. Par exemple, quand tu t'investis dans une tâche difficile intellectuellement, tu fais appel à l'auto-discipline et donc, tu exerces sur toi même une autorité. C'est considéré comme une manière de satisfaire une pulsion agressive masochiste. (C'est plus utile de s'investir quelque chose de difficile que de se fouetter avec un martinet). De même, écrire un poème amoureux est aussi une manière de sublimer les pulsions d'amour et sexuels. Mes exemples restent très caricaturaux. La réalité est plus nuancée et moins mathématiques. évidemment, nous sommes influencés par d'autres paramètres. En tout cas, il y a derrière ça l'idée du dépassement de sa condition animale, pour tendre vers la création.
Il ne me semble pas que l'instinct sexuel soit "bridé" dans ce cas. Plutôt, transformé en autre chose. Mais il arrive à son aboutissement, d'une certaine manière, plus indirecte.
L'art est une manière de retranscrire le désir, de l'exprimer, d'en "faire quelque chose", de dépasser sa condition animale pour tendre vers "l'illimité". C'est peut-être à partir de là qu'on peut faire un lien entre la psychanalyse et la philosophie de l'art s'il y en a un. Je ne peux pas dire grand chose de plus.
Merci pour cette contribution Plumeverte !
Un objet peut-il être sublimé ? J'entends cela dans le sens "aller au-delà", dépasser une condition voire une fonction pour laquelle ledit objet aurait été conçu et utilisé.
Je pense évidemment au parfum pour le thème de mon mémoire, qui sert alors bien plus qu'à simplement parfumer et laisser un sillage derrière soi. La fonction et l'usage qui lui sont habituellement prêtés deviennent presque accessoire derrière toute la philosophie que Süskind dépeint en arrière-plan à propos du parfum et de son usage en société.
Bien sûr, je pense à d'autres procédés de sublimation dans le roman, qui me semble d'ailleurs en être traversé !
Un conseil : partez bien du roman de Süskind, et n'essayez pas de lui appliquer des concepts venant "de l'extérieur". Cette idée de sublimation me semble en partie inadéquate. D'ailleurs, je perçois toujours assez mal ce qu'il y a derrière ce terme : avatar de la distillation (apprise à Grasse) ? Abolition de toute autre préoccupation que les odeurs et élaboration du "parfum des parfums" ? Quête de l'absolu ? Mais Grenouille ne fait abstraction d'aucun sentiment, il n'en a pas, pas plus qu'il n'a la conscience du bien et du mal. Sa seule recherche est le plaisir d'exister par l'odeur, sa captation et son exploitation.
Bien délicat tout cela…
Merci Jacques pour ces conseils.
Ce que vous soulignez est à peu près ce que je comptais étudier… Du coup je n'ai peut être pas bien compris les concepts des sublimation : Grenouille n'a pas de sentiments certes mais il a des émotions : quand il sent le parfum des jeunes filles pour la 1ere fois (quand il en tue une sans faire exprès), quand il découvre qu'on ne peut extraire le parfum du métal, d'un chat, du cuir, ou encore lorsque, comme vous dites, il crée le parfum des parfums.
Ne peut-on pas dire qu'il se sublime ou en tout cas sublime le parfum en en faisant ce qu'il en fait justement ? Süskind transcende quand même, à mon sens, le parfum, et met en valeur toute une philosophie qu'il place derrière (le fait de devoir "sentir" quelque chose pour être aimé, etc) non ?
Edit : Jacques : je lis actuellement une étude sur le roman, et à la fin, je cite :"il s'asperge de son parfum et, devenu un "ange", est mis en pièces et dévoré par l'assistance. Les criminels, un peu honteux, sont malgré tout gagnés par le bonheur d'avoir enfin "fait quelque chose par amour"."
J'avais dans l'idée cette scène précise de sublimation, tout comme la scène d'orgie. Qu'en pensez-vous, selon ce que vous disiez dans votre commentaire précédant ?
Ah je crois que mon sujet n'inspire pas grand monde 😂 😂
Bonjour Mathilde,
Je lis depuis le début ce fil avec intérêt.
Que ton sujet n'inspire pas grand monde n'est pas grave, s'il t'inspire toi 🙂, et si tu trouves des échos favorables du côté de ton directeur de mémoire.
Pour ma part, je dois dire que, comme l'a déjà souligné Jacques, la notion de sublimation ne me semble pas adéquate avec le personnage de Jean-Baptiste Grenouille.
J'adore le roman de Süskind, mais dans son personnage de génie monstrueux, de meurtrier étranger aux valeurs du monde, dans toute l'oeuvre en général, je n'arrive pas à caser la sublimation, encore moins le sublime qui par leur définition même sous-entendent l'élévation.
Cependant, certains analysent tout de même le personnage comme une figure christique ou un nouveau messie.
Alors, je trouve tout cela bien difficile.
Merci Laoshi pour ta contribution !
Ecoute, le sujet me parle de plus en plus au fil de mes lectures, mais votre scepticisme à chacun me met la puce à l'oreille quand même 😉 Je vais prendre RDV dès cette semaine avec mon directeur de mémoire pour confirmer vos doutes ou, encore mieux, mes propres convictions ; je vous tiens au courant de ses retours qui, peu importe ce qu'ils confirment, seront forcément intéressants !!
Je vous tiens au courant rapidement pour ceux que ça intéresse 😉
Je vais prendre RDV dès cette semaine avec mon directeur de mémoire
Voilà une sage décision !