Emploi du verbe "s’avérer"

Langue française

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Est-ce que l'expression "s'avérer faux" est un barbarisme ? On l'entend souvent, mais est-ce que c'est correct linguistiquement parlant ?

Un grand merci !
S'avérer = se révéler vrai, donc, suivi de faux est …fautif 😉
https://www.cnrtl.fr/definition/av%C3%A9rer
Rem 1-

Il en va de même pour les expressions pléonastiques comme " s'avérer vrai, s'avérer exact".
Un grand merci ! 🙂

Je crois que les gens emploient "s'avérer" comme simplement "se révéler" et que donc il ajoutent "vrai ou faux" sans réaliser le contre-sens.
Voir également ceci :
https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca//bdl/gabarit_bdl.asp?id=1965
ricardo a écrit :S'avérer = se révéler vrai, donc, suivi de faux est …fautif 😉
https://www.cnrtl.fr/definition/av%C3%A9rer
Rem 1-

Il en va de même pour les expressions pléonastiques comme " s'avérer vrai, s'avérer exact".
Salut Ricardo !

Il me semblait bien que certains grammairiens ne condamnaient pas s'avérer vrai et s'avérer faux. Après recherches, je constate en effet que si nombre de spécialistes de la langue critiquent ces constructions, certains, et non des moindres, ne les condamnent nullement.

1. C'est le cas de M. Grevisse et d'A. Goosse, dans Le bon usage, § 243 :
D'ailleurs, des auteurs du premier rang, notamment des académiciens, ne suivent pas cette exclusion [celle de l'Ac.] justifiable seulement au nom de l’étymologie : Bien que ses calculs s’avérassent faux sans jamais d’exception (Montherl., Hist. d’amour de la Rose des sables, p. 107). 

Autres ex. : Mauriac, cit. Georgin, Code du bon lang., p. 74* ; A. Breton, Point du jour, Id., p. 174 ;Queneau, Bâtons, chiffres et lettres, Id., p. 227 ; Yourcenar, Mém. d’Hadrien, p. 44 ;Déon, Taxi mauve, p. 168 ; etc.
* Les vues de l'homme s'avèrent toujours fausses.


2. Tel est aussi le cas de J. Hanse, dans son dictionnaire des difficultés (3e éd., 1994, p. 137 et 138).

Le sens de s'avérer étant bien établi [selon cet éminent grammairien, ce verbe pron. signifie "se montrer à la lumière de l'expérience ou de la réflexion, se révéler réellement", et ne s'emploie plus dans son sens originel : "se faire reconnaître comme vrai, se vérifier"**, Hanse
ne voit rien d'anormal, en soi, à dire s'avérer faux, ni même s'avérer vrai, puisque s'avérer ne signifie plus "se faire reconnaître pour vrai".
Il signale aussi que "d'excellents écrivains ont employé s'avérer faux.

** On ne dit plus : cette nouvelle s'avère (Hanse).

Toutefois, admettant que l'oreille peut encore établir un rapport entre s'avérer et vrai, il dit qu'il évite d'employer s'avérer vrai et s'avérer faux, tout en ajoutant :
mais c'est une affaire de style et je me refuse à condamner comme illogique s'avérer faux (non-sens, dit l'Ac.). Est-ce plus illogique que s'avérer impuissant, inefficace ou illusoire […] ?
(C'est moi qui ai graissé.)
Ma conclusion

J'évite d'utiliser s'avérer vrai/faux/exact/inexact afin de ne pas risquer fortement de prêter le flanc à la critique (sauf si je sais que mon interlocuteur sait que ces expressions peuvent ne pas être considérées comme incorrectes). J'emploie apparaître, se révéler. Je ne les juge pas pour autant fautives, compte tenu de ce qui précède et, en particulier, du sens moderne (= actuel) de s'avérer.
Bien sûr que de nos jours, et je me répète, tout est permis.
Quant à moi, je fais partie de ces snobs, nés dans la première partie du siècle dernier, qui conservent ce qu'on leur a appris lors de leur scolarité.
Rem. 1. Étant donné que le verbe avérer comprend le rad. « vrai » (lat. verus), la plupart des grammairiens déclarent incorrect l'emploi d'expr. comme s'avérer vrai, faux, exact, inexact. Hanse 1949 observe : ,,Je n'hésiterais pas à dire : il s'avère intelligent, ce produit s'avère excellent. [Dans les syntagmes ci-après] il y a en fait catachrèse, c'est-à-dire oubli du sens premier. (…). J'hésiterais à dire : cette nouvelle s'avère vraie, inexacte ou peu probable``. L'usage cour. les impose cependant de plus en plus, du moins dans une lang. peu châtiée.https://www.cnrtl.fr/definition/av%C3%A9rer
Bien sûr que de nos jours, et je me répète, tout est permis.
N'exagérons rien. Disons qu'on est souvent plus souple, moins mécaniquement rigide, et que l'on sait tenir compte de l'évolution des sens.

Bizarrement, dans un même paragraphe, l'Académie admet, sans indication d'un registre particulier, l'acception "se révéler en réalité", mais qualifie de non-sens à éviter "Cette nouvelle s'est avérée fausse". Alors que dans cet exemple le verbe s'avérer a exactement le sens indiqué. Alors, où est le non-sens ?
Dit autrement on peut considérer que si quelque chose s'avère faux, alors il est vrai que cette chose est fausse. Ça peut paraître déroutant pour un non-matheux mais ça n'a rien d'illogique.
Boby Lapointe (chanteur mais aussi matheux) a d'ailleurs écrit, dans Aubade à Lydie en do :
C'est vrai qu' c'est faux d' croir' que leurs tantes acculent
Leur nièce à cette union ridicule…

😜