voici mon extrait a traiter :
Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle
devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les
sentiments qui s’ourdirent en mon cœur. Mes yeux furent tout à coup frappés par de
blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des
épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues
pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau
satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. […] Après m'être assuré que
personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette
dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette
femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna,
me vit et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui
vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur! des larmes chaudes
jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une
tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos
d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait
déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe,
et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. Elle s'en alla par un
mouvement de reine.



