Racine, Britannicus, acte I, scène 2 - "Je vous entends : Néron m’apprend par votre voix"

Entraide scolaire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour,
Cette citation est prononcée par Aggripine dans la scène 2 du premier acte de Britannicus de Racine, scène dans laquelle Agrippine et Burrhus tentent mutuellement de se convaincre à l'aide d'une dure joute verbale.
J'aurais voulu savoir s'il y avait une figure de rhétorique.
Aussi, cette réplique m'a fait sourire en raison de la façon dont elle est construite et de l'absurdité tragique de la situation : une mère ne peut même plus parler à son fils et doit passer par l'intermédiaire de son gouverneur. Toutefois, il me semble étrange qu'un dramaturge ait écrit une réplique visant à faire rire dans une tragédie. Je me demandais donc si c'était une erreur d'interprétation de ma part.
Bonjour,

Sauf erreur de ma part, il me semble que cette réplique appartient plus au registre tragique ou lyrique que comique.

Le but n'est pas d'amuser mais d'informer et à la limite de susciter de la pitié. La réplique se trouve dans le premier acte qui a pour fonction d'exposer l'histoire et de l'initier. Ainsi, cette réplique nous présente pas moins de trois personnages (Agrippina il me semble, Néron et la voix appartient au conseiller je crois).

J'espère avoir pu vous aider,

A.S
Merci beaucoup, c'est très clair ! Et oui, la voix appartient au conseiller et le personnage c'est Aggrioine (C'était presque ça ! 😉 )
Mais cette réplique ne contiendrait pas une figure de style ? Je ne saurais dire laquelle, ni même s'il y en a bien une, mais c'est un ressenti par rapport au verbe entendre et le nom voix, ou aussi par rapport au fait que le conseiller est réduit à être simplement le rapporteur des paroles de son maître puisque c'est "Néron" qui est le sujet du verbe "apprendre" et le conseiller n'est qu'une "voix"… enfin bon peut-être m'égaré-je aussi…
(re)Bonsoir,


Il y a en effet une association de termes ("entendre" et "voix"). Ces deux mots étant tout les deux accentués. En effet, on place un accent sur la dernière finale du groupe grammatical. Ici il y a trois groupes ("Je vous entends : | Néron m'apprend | par votre voix |"). "Voix" est particulièrement mis en valeur car il est placé à la rime.

On peut également noter l'omniprésence de la seconde personne (en COD et en complément). Cette présence est renforcée par l'allitération en 'v' ("Vous", "Votre" et "Voix").

Grammaticalement, les deux propositions sont juxtaposées par deux-points. Les deux-points créent une connexion logique montrant que le discours d'Agrippine est construit et raisonné. En somme, elle ne se laisse pas, ici, emporter par l'émotion.

La première personne est également très présente ("Je" et le verbe pronominal réfléchi).
Néron est la seule personne nominalement mentionnée et il est sujet d'un verbe assez mélioratif. Pouvons-nous interpréter cela comme une volonté de mettre en valeur, de surligner le nom ? Ainsi, Néron s'invite dans la discussion, peut-être comme un pardon d'Agrippine, ou alors un reproche. Cette interprétation est très extrapolée et ne saurait être vérifiée (ou totalement infirmée).

Finalement, "entendre" et "apprendre" sont rapprochés par l'assonance en 'en'. Ils sont ainsi mis sur un même niveau. Pour moi, la présence de trois "figures" dans ce vers marque l'importance du rôle d'Agrippine, de Néron et du conseiller (Burrhus, je crois, et son successeur).

Dernière remarque formelle, ce vers a un rythme ternaire, chose étonnante pour l'époque classique. On retrouve ce rythme chez Corneille (ex : "Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir" dans Suréna).

Je voulais le dire dans mon dernier message mais le nom m'avait échappé. Ce que vous percevez comme "comique" dans ce vers peut certainement être attribué à ce que l'on appelle l'ironie tragique.

J'espère avoir pu vous éclairer. Je vous félicite pour votre intérêt dans les grands classiques et vous invite à continuer à lire.

Si une autre idée me vient, je vous en ferai part.

Cordialement,

A.S.
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de rédiger une réponse aussi complète ! 😀
Néanmoins, j'ai encore quelques petites questions… Est-ce que vous pourriez me dire les effets produits par l'omniprésence de la 1ère et de la 2ème personne, renforcée pour cette dernière par l'allitération car je ne parviens pas à les percevoir.
Je n'avais jamais entendu ce terme d'ironie tragique. J'ai recherchée sur internet ce que ça signifiait exactement mais je n'ai pas vraiment compris… c'est quand un personnage ignore quelquechose que le spectateur/lecteur connait et cette méconnaissance va finir par se retourner contre lui ? Je suis aussi tombé dans mes recherches sur l'ironie dramatique et l'ironie oraculaire : pourriez-vous s'il vous plait, m'expliquer la différence entre toutes ces notions car franchement, elle ne saute pas aux yeux ?
" Je vous félicite pour votre intérêt dans les grands classiques" merci ! 😉 je suis en seconde et depuis la 4ème, j'adore la littérature classique et contrairement aux jeunes de mon âge, déteste la littérature comme Harry Potter , Hunger games, Le seigneur des anneaux etc. Je trouve la littérature classique bien plus fascinante ! D'ailleurs, c'est l'une des raisons pour lesquelles je souhaite devenir prof de français 🙂 Mais le problème, c'est que je l'aime peut-être un peu trop, et lis donc extrêmement dans le détail, ce qui fait que j'ai une vitesse de lecture extrêmement lente. Par ailleurs, un autre problème se livre à moi ; j'oublie très rapidement (en seulement quelques mois) ce que je lis, ce qui est pour le moins paradoxal puisque j'ai plutôt une bonne mémoire . Vous avez l'air de vous y connaitre, alors ce serait vraiment aimable de votre part de me livrer quelques atsuces pour m'aider à mieux mémoriser ce que je lis ! 😀
Merci d'avance,
29tr
La forte présence de la première et de la deuxième personne permet de 'rappeler' les deux personnages. Le vers 'mime' l'antipathie entre ces deux personnages.
L'opposition est marquée par la situation d'énonciation (locuteur : Agrippine, allocutaire : Burrhus et à travers lui, Néron). Le vers comporte l'allocutaire (2e personne) et le locuteur (1e personne).
J'espère avoir été clair sur ce point mais je peux vous apporter plus de précisions au besoin.

La définition que vous donnez d'ironie tragique me semble être celle d'ironie dramatique.
Voici un lien expliquant leurs différences (tout à la fin du document) https://www.lettresvolees.fr/oedipe/documents/Tragedie_Definitions.pdf.
Je suis disponible pour répondre à des questions sur ce document.

Je n'avais jamais entendu parler d'ironie oraculaire. Je pense qu'on peut la rapprocher de l'ironie dramatique. Cela serait quand le personnage fait quelque chose pour se sortir d'une situation désespérée. Simultanément, le public sait que cela va aggraver la situation (ex : Œdipe).

Attention, j'ai peut-être "l'air de m'y connaître" mais je suis simplement un passionné, je ne suis pas professeur de français. Certaines de mes remarques peuvent donc s'avérer fausses ou erronées.

Ne vous préoccupez pas de prendre beaucoup de temps pour lire. Le plus important est d'apprécier lire, de prendre du plaisir. Cependant, si cette longueur vous ennuie, ne culpabilisez pas de ne pas tout lire en détail.

Pour ma part, j'ai beaucoup de mal à retenir les noms des personnages. Je n'ai toujours pas trouvé de solutions à ce problème et cherche donc à chaque fois le nom d'un personnage sur internet quand je veux en parler. Je peux vous conseiller de noter dans un petit carnet vos citations préférées ou de mettre des petits post-it sur les pages concernées. Relire les extraits vous aidera peut-être à vous souvenir de l'histoire. Sachez également qu'il existe des carnets déjà présentés qui vous invitent à faire le résumé de livres, écrire son titre, son auteur, etc. Ils coutent un peu cher et peuvent être lourds à remplir, ne le faites que si vous y prenez du plaisir.
Le dernier conseil que j'ai à vous donner est de lire des livres qui vous plaisent. Si vous lisez des classiques que vous n'aimez pas, cela ne présente pas vraiment d'intérêt. Je peux vous conseiller les classiques que j'ai adoré lire.
Finalement, si un jour vous êtes fatigué et décidez de lire un livre qui n'est pas patrimonial, n'ayez pas honte. Certains littérateurs travaillent actuellement sur des questions concernant Harry Potter ou Le Trône de Fer. Ce n'est pas parce qu'un livre n'est pas patrimonial qu'il n'est pas agréable à lire. Dans la première partie du XXe siècle, on n'étudiait pas Rimbaud car c'était trop vulgaire, trop populaire.

J'espère avoir répondu à vos questions.
N'hésitez pas à m'en poser d'autres.
Je réitère mon offre de vous conseiller des livres si vous êtes un peu perdu ou juste en manque d'inspiration.
Par ailleurs, si vous êtes particulièrement intéressé par le sujet en général et ce à quoi il renvoie, je peux vous conseiller quelques livres théoriques.

Cordialement,

A.S.
La personne à qui s'adresse le locuteur n'est pas le locataire, mais l'allocutaire… J'ai édité ton message.

Et au passage, merci de t'impliquer autant sur ce forum et de proposer ton aide.
Effectivement, l'on sent que tu es passionné ! 🙂
Excusez-moi,

Je voulais écrire locutaire.
Locutaire et allocutaire sont synonymes, même si allocutaire est plus récurrent.

J'ai confondu 'locutaire' et 'locataire'. Mon esprit a tendance à associer les deux, assimilant 'locutaire' à 'locataire'. Ce n'est pas la première fois que je commets cette erreur. Merci de m'avoir corrigé.

Cordialement,

A. S.
Merci encore une fois ! J'ai parfaitement compris toutes vos explications, vous auriez pu faire prof 😉 !
"Sachez également qu'il existe des carnets déjà présentés qui vous invitent à faire le résumé de livres, écrire son titre, son auteur, etc. Ils coutent un peu cher et peuvent être lourds à remplir, ne le faites que si vous y prenez du plaisir. "
Je ne savais absolument pas que de tels carnets existaient ! Pourriez-vous m'en dire un peu plus, notamment, où on doit les acheter et si on peut en feuilleter sur internet afin d'en avoir un aperçu ?
C'est vraiment un plaisir pour moi de lire de la littérature classiques et bien sûr que si ce ne l'était pas je n'en lirais pas autant. Quant aux livres non patrimoniaux comme vous les nommer, je n'épprouve aucun plaisir à les lire mais bien évidemment que si cela arrive un jour, j'en lirai davantage et sans honte. Si cela ne vous dérange pas, oui, bien sûr, j'adorerais recevoir des conseils bibliographiques de votre part ! 😀
"Dans la première partie du XXe siècle, on n'étudiait pas Rimbaud car c'était trop vulgaire, trop populaire."
Tiens, je ne savais pas cela sur Rimbaud ! En même temps je lis vraiment peu de poésie… je n'ai dû lire que quelques poèmes de cet auteur de renom.
Oui, ce serait vraiment super si vous pouviez également me conseiller des livres théoriques ! J'aime beaucoup ce type de livres car les informations sont d'une fiabilité incontestable et souvent très intéressantes.
Autre petite question, pas vraiment en lien mais bon… Est-ce que vous pensez qu'il soit utile d'apprendre par cœur, pour les études principalement, des poèmes ? Des citations d'auteurs ? Des biographies des principaux auteurs ? Des extraits cultes de romans, pièces, essais ? Daniel Pennac, qui était professeur de français, a affirmé lors d'une interview que j'ai vue sur YouTube, qu'il faisait apprendre un texte par cœur à ses élèves, souvent des incipits ou des scènes d'exposition ; trouvez-vous, comme lui, de l'utilité dans cela ?
Cordialement,
29tr 🙂
Merci encore une fois ! J'ai parfaitement compris toutes vos explications, vous auriez pu faire prof 😉 !

Je ne te cache pas que c'est certainement le cas…
Et non, ce n'est pas un prof ! Mais je suis également tombé dans le panneau précédemment !
Regarde attentivement ses messages : "je suis simplement un passionné, je ne suis pas professeur de français"
😉

Bonsoir,

Les carnets dont je vous parlais n'ont rien d'exceptionnels et je trouve qu'ils coûtent chers pour le peu de livres qu'ils permettent 'd'emmagasiner'. En fin de message se trouve un lien vers un site de vente en ligne qui propose ce type de carnets. Sachez-que si vous trouvez le prix trop élevé pour trop peu de 'cases à remplir', vous pouvez personnaliser vos propres carnets. Achetez des carnets dans une papeterie et notez le titre et l'auteur, puis un résumé si vous en avez l'envie et la motivation, des impressions de lectures, des citations marquantes, etc.

Pour moi, apprendre par coeur pour apprendre par coeur ne présente pas un réel intérêt. Il est vrai qu'il est préférable de pouvoir citer l'auteur plutôt que de le paraphraser. Cependant, à part en poésie où l'apprentissage de quelques vers me paraît essentiel à la réussite d'une composition, vos correcteurs ne vous en tiendront pas rigueur.
Je vous conseille tout de même d'apprendre des passages marquants. Ainsi, Verlaine énonce dans "Art Poétique" : "De la musique avant toute chose // Et pour cela préfère l'impair". Les deux vers, comme dans tout le poème, sont des ennéamètres. Ainsi, Verlaine applique le conseil qu'il donne. De même, Hugo écrit dans "Quelques mots à un autre" : "J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin" (il faut faire la diérèse à "niais"). Ici aussi, Hugo applique ce qu'il préconise : son vers est un trimètre Romantique.

Je peux vous conseiller quelques livres que j'ai beaucoup aimé lire. Ci-dessous vous trouverez une liste d'oeuvres très connues. Celles 'en gras' sont celle que j'ai particulièrement aimées. Je n'ai bien sûr indiqué que les oeuvres les plus connues mais si vous vous intéressez particulièrement à un siècle, une époque, un auteur, je peux détailler la liste avec des oeuvres moins connues.
[u]Poésie :[/u]
XVIe siècle : [i][b]Défense et illustration de la langue française[/b][/i] de Du Bellay
[i]Les Regrets[/i] de Du Bellay
[i][b] Les Antiquités de Rome[/b][/i] de Du Bellay
[i]Les Amours[/i] de Ronsard
XVIIe siècle : [i][b]L'Art Poétique[/b][/i] de Boileau
[i]Les Fables[/i] de La Fontaine
XVIIIe siècle : "Poème sur le désastre de Lisbonne" de Voltaire
XIXe siècle : [i][b]Les Contemplations[/b][/i] de Hugo
[i][b]Les Nuits[/b][/i] de Musset
[i][b]Les Lamentations[/b][/i] de Lamartine
[i]Poèmes Saturniens[/i] de Verlaine
[i][b]Les Cahiers de Douai[/b][/i] de Rimbaud
[i][b]Le spleen de Paris ou petits poèmes en prose[/b][/i] de Baudelaire
XXe siècles : [i]Calligrammes[/i] d'Apollinaire
[i][b]Paroles[/b][/i] de Prévert

[u]Théâtre :[/u]
XVIIe siècle : [i]Phèdre[/i] de Racine
[i]Cinna[/i] de Corneille
[i][b]L'Ecole des femmes[/b][/i] de Molière
XVIIIe siècle : [i][b]Le jeu de l'amour et du hasard[/b][/i] de Marivaux
[i][b]Le Mariage de Figaro[/b][/i] de Beaumarchais
XIXe siècle : [i][b]Lorenzaccio[/b][/i] de Musset
[i]Ruy Blas[/i] de Hugo
XXe siècle : [i][b]Antigone[/b][/i] d'Anouilh
[i][b]Le Roi se meurt[/b][/i] de Ionesco

[u]Roman : [/u]
XVIIe siècle : [i]La Princesse de Clèves[/i] de Madame de La Fayette
[i][b]Jacques le fataliste et son maître[/b][/i] de Diderot
XIXe siècle : [i]La Comédie humaine[/i] de Balzac
[i]Les Rougon-Macquart[/i] de Zola
XXe siècle : Toutes les oeuvres du Nouveau Roman, en commençant par Robbe-Grillet ou Duras.

[u]Littérature d'idée[/u]
XIXe siècle : [i]Préface de Cromwell[/i] de Hugo
[i][b]L'art romantique[/b][/i] de Baudelaire
[i][b]Lettres du voyant[/b][/i] de Rimbaud
Pour les autres écrits théoriques, je vous invite à lire les préfaces d'auteur de chaque œuvre.
Le XXe siècle foisonne d'oeuvres théoriques mais leur lecture est assez dure de par la complexité des thèmes abordés. Je peux bien entendu vous indiquer les grandes oeuvres théoriques mais il me paraît plus censé de commencer en lisant les préfaces et les trois oeuvres ci-dessus.

Si vous avez d'autres questions, sur un livre que je vous ai conseillé ou un autre, je serai ravi d'y répondre.

Cordialement,

A. S.

PS : voici le lien : [url]https://www.amazon.fr?&linkCode=ll2&tag=bac0805-21&linkId=8652ad7ff8292fdc1bb601c792c0312e&language=fr_FR&ref_=as_li_ss_tl/carnet-lectures-Collection-Beaux-Carnets/dp/1973379937/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1526502389&sr=1-1&keywords=carnet+de+lecture[/url]