Lucrèce, De rerum natura - Et quo quisque fere studio devinctus adhaeret…
21 réponses · Page 1 / 2
Bonjour à tous,
Je passe bientôt mon baccalauréat de latin (épreuve orale), et l'un de mes textes est:
Lucrèce De rerum natura, IV, 962-990 (de "Et quo quisque fere studio devinctus adharet" à "aut quasi carcéribus patefactis <surgere velle>" (Lucrèce étudie les songes et les effets des rêves sur les hommes)
Nous avons bien étudié ce texte en classe et je cherche à mettre en forme et organiser mon commentaire. Je suscite donc votre aide car mes idées sont peu nombreuses et un peu brouillonnes.
Je pensais évoquer en introduction
- la vie de Lucrèce (notamment son lien avec Epicure)
- l'oeuvre qu'est le De rerum natura
- l'extrait (thème…)
Ensuite je pensais organiser mon commentaire en deux axes afin de montrer que l'oeuvre mêle rhétorique et poésie
I. Lucrèce suit un objectif philosophique (étude de la rhétorique)
références à la vie quotidienne d'un Romain (guerre, navigation, jeux du cirque)
utilisation de la 1ère personne du pluriel qui inclue le lecteur
II. Lucrèce suit un objectif artistique (étude de la poésie)
Je pensais ici étudier la musicalité du texte avec les assonances et allitérations mais je peine à en trouver (du moins qui aient un intérêt)
J'ai relevé l'anaphore, "in somnis" qui rappelle le thème majeur de l'extrait
Pouvez-vous me dire si mes idées sont judicieuses et pouvez-vous m'aider à les compléter?
Merci beaucoup pour votre aide
Voilà le texte:
Et quo quisque fere studio devinctus adhaeret,
Aut quibus in rebus multum sumus ante morati,
Atque in ea ratione fuit contenta magis mens,
In somnis eadem plerumque videmur obire,
Causidici causas agere et componere leges,
Induperatores pugnare ac pralia obire,
Nautae contractum cum ventis degere bellum,
Nos agere hoc autem, et naturam quarere rerum
Semper,et inventam patriis exponere chartis
Cetera sic studia atque artes plerumque videntur
In somnis animos hominum frustrata tenere
Et, quicumque dies multos ex ordine ludis
Adsiduas dederunt operas, plerumque videmus,
Cum jam destiterunt, ea sensibus usurpare,
Reliquas tamen esse vias in mente patentes,
Qua possint eadem rerum simulacra venire
Permultos itaque illa dies eadem obversantur
Ante oculos, etiam vigilantes ut videantur
Cernere saltantes,et mollia membra moventes,
Et cithare liquidum carmen, chordasque loquentes
Auribus accipere,et consessum cernere eundem,
Scenaique simul varios splendere decores
Quippe videbis equos fortes, cum membra jacebunt,
In somnis sudare tamen spirareque semper,
Et quasi de palma summas contendere vires,
Aut quasi carceribus patefactis <surgere velle >
Bonjour,
Au niveau de l'intro, je pense qu'il n'y a rien a redire. Pour ce qui concerne la première partie, sur la dimension philosophique peut-être vaudrait-il mieux relier l'idée selon laquelle la vie quotidienne des Romains est mise en avant. Je m'explique : en quoi le fait de mettre en avant la vie des Romains a une dimension philosophique? (Lucrèce a notamment été influencé par la pensée épicurienne, même si ce n'est pas dans ce passage que c'est le plus clair).
Pour la seconde partie, l'analyse du rythme me paraît en effet incontournable, d'autant que cela permet de montrer à l'examinateur des connaissances de versification latine (plutôt rares ou souvent mal maîtrisées donc c'est que du bonus pour la note 🙂 ).
Voilà.
Bon courage
Merci beaucoup pour votre réponse 🙂
Je ne comprends pas bien néanmoins, comment relier la vie quotidienne des Romains à la pensée épicurienne. J'avais en effet seulement pensé à évoquer les références à la vie des Romains pour indiquer que les lecteurs pouvaient s'identifier à la pensée de Lucrèce et au texte, et se sentir plus proches de ces propos.
Quant à la versification latine faites-vous référence aux hexamètres dactyliques dans ce texte?
Je ne sais pas très bien cependant, comment exploiter le rythme, que dois-je en tirer?
Quelqu'un peut-il m'apporter quelques précisions?
En fait, c'est le titre de la partie I qui annonce une dimension philosophique qui me semble en inadéquation avec le contenu qui suit (vie des romains etc…). En fait c'est plus comment lucrece rends compte de la société de son époque (sinon lien possible avec l'epicurisme : les plaisirs des romains? (Il faudrait pour cela que je me penche plus attentivement sur le texte, je n'ai pas le temps pour l'instant).
Concernant le rythme : il permet de montrer comment le phrasé poétique accompagne la pensée : syllabe accentuée sur des mots clefs par exemple et donc rejoint bien la deuxième partie. Attention toutefois à ne pas en abuser un ou deux exemples rythmiques vraiment "parlant" suffisent je pense largement concernant le rythme (la encore si j'en ai le temps je me pencherai plus en détail sur le poème).
J'espère avoir pu expliciter ce qui pouvait ne pas être clair dans ma première explication .
Bonne fin de journée
Merci pour votre réponse, j'ai mis du temps à répondre car j'ai pris le temps de réfléchir au texte et à vos suggestions.
Le fait est que nous n'avons pas assez étudier en classe la philosophie épicurienne pour que je puisse comprendre la dimension philosophique de l'évocation du quotidien des romains par Lucrèce en lien avec Epicure. (comme vous me l'avez suggérée)
De la même manière nous n'avons que survolé la versification latine, et je ne parviens pas à relever des éléments pertinents dans le texte qui puisse illustrer les axes notamment celui de la dimension artistique que j'aurai voulu traiter.
Je me trouve donc assez désarmé face à ce texte, d'autant plus que les éléments que j'ai précédemment évoqué comme pouvant figurer dans mon commentaire son peu nombreux à mon avis.
Quelqu'un pourrait il m'aider dans ce commentaire?
Mon épreuve approche et cela m'inquiète.
Bonsoir,
Tâchons d'y voir un peu plus clair.
Deux questions au préalable :
Comment les Anciens expliquent-ils traditionnellement les rêves ? Quelle signification leur donnent-ils ?
(Attention, je ne parle pas encore du texte).
Bonsoir,
Il me semble que les Anciens considéraient que les rêves étaient des messages que les dieux transmettaient aux hommes par leurs songes. L'avenir était alors selon eux révélé par les dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le respect des rites.
Les anciennes civilisations comme l’Egypte, la Grèce, Rome étaient fortement religieuses et vénéraient les rêves. Elles croyaient fortement que les dieux pouvaient s’adresser ou répondre aux mortels durant leur sommeil afin de prodiguer des conseils aux rêveurs. Ces oracles peuvent être transmis aux mortels par les songes.
Les peuples voulaient recevoir dans leur rêves les messages des dieux car ils éprouvaient alors le désir de connaitre l’avenir, mais souhaitait également provoquer la guérison des corps malades. Par exemple dans la Grèce Antique, les demandes de guérisons se faisaient dans les temples.
Réponse très complète.
Eh bien à présent, considérez le texte de Lucrèce : développe-t-il cette conception des rêves ? Comment les explique-t-il ?
Je pense que selon Lucrèce, les rêves reflètent les idées les plus habituelles de ceux qui les éprouvent. Les personnes voient dans leurs rêves leur quotidien (elles voient des avocats plaider les causes, des marins se battre avec les vents, elles voient aussi les jeux du cirque (v4,5,6, 13)). Il me semble que Lucrèce veut montrer que les rêves sont liés à nos perceptions alors que nous sommes éveillés et ces perceptions resurgissent dans les rêves.
Cependant j'ai un peu de mal à citer le texte en lien avec cette idée et la démonstration de Lucrèce, du moins à relever les figures de style s'y rapportant (si il y en a) ou a étudier la versification…
Eh bien vous venez de résumer votre première partie : la théorie matérialiste du rêve : nous gardons en mémoire les images qui ont frappé notre psychè durant la journée et celles-ci "resurgissent" durant notre sommeil. Lucrèce développe un aspect de la théorie épicurienne des eidola (images), faisceau d'atomes qui se détachent des objets et frappent l'âme durablement, comme on le voit ici, mais aussi par le phénomène de la mémoire.
Lucrèce s'oppose donc en tous points à la conception spiritualiste traditionnelle que vous évoquiez. Le rêve ne vient pas de l'extérieur, il se produit en nous.
Signalons en passant qu'il s'agit là d'une conception un peu "simpliste"…
Pour la prise en compte du texte, nous verrons par la suite, mais je vous ferai remarquer que vous vous êtes bien appuyée sur des parties du texte pour répondre !
Que serait-il intéressant d'étudier dans une seconde partie ? Avions-nous besoin de tant d'exemples pour nous faire comprendre que le rêve est fait de nos souvenirs ?
Je pensais étudier dans une seconde partie le caractère didactique de la rhétorique (évoquée en 1ère partie). J'avais initialement pensé au fait que Lucrèce donne des exemples proches du quotidien du Romain afin que le lecteur puisse s'identifier à ces propos plus facilement. Peut-être les multiplie-t-il pour le convaincre davantage…
En tout cas merci beaucoup pour l'aide que vous m'avez apportée jusqu'à présent.
Didactisme, oui, mais pas rhétorique : c'est un poème, il ne faut pas l'oublier. Par contre, observez comment Lucrèce procède pour expliquer le mécanisme du rêve : il ne le fait pas en une seule fois ; c'est là qu'apparaît son "didactisme".
Quoi qu'il en soit, vous devez jamais séparer les procédés des idées qu'ils mettent en valeur. Donc, à intégrer à votre première partie.
Oui, il faut traiter des exemples pris par le poète dans la seconde partie : les caractériser, les classer, et se demander à terme pourquoi ils sont si variés et si nombreux, incluant même les animaux. Votre extrait s'arrête au cheval, mais Lucrèce continue avec d'autres animaux : chiens, oiseaux….
Pourquoi ces exemples ? Nous rappeler le quotidien ? Oui, mais je pense aussi que ce grand nombre d'exemples renforce sa démonstration. Que veut-il prouver à travers ces exemples pris partout ?
Je crois qu'une problématique peut se dessiner à partir de là.
Pourriez-vous présenter (pour demain) un plan détaillé :
- Les grandes parties titrées,
- Deux ou trois arguments par partie exprimés en une phrase,
- Un ou plusieurs exemples pour chaque argument.
Merci pour ces précisions, j'ai essayé de faire correspondre les procédés et les idées qu'ils mettent en valeur. Voilà mes deux axes ainsi que leurs arguments et exemples respectifs:
Problématique : Comment Lucrèce démontre-t-il a son lecteur sa théorie matérialiste des rêves ?
I. Une démonstration de la théorie matérialiste du rêve
A. Une rupture avec l’héritage des Anciens
- Une rupture avec l’héritage des Anciens : messages que les dieux transmettaient aux hommes par leurs songes…
- Verbe à l’infinitif au sens fort : les hommes sont les maitres de leur vie et de leur rêve : vers 3 à 6 : verbes d’action au sens fort (« agere », « pugnare », « degere », et au vers 11 « hominum » : c’est de l’homme que viennent les rêves et non des dieux
- Lien avec la théorie épicurienne : Lucrèce reprend la théorie de la connaissance d’Epicure c’est-à-dire la: fidélité aux sensations.
- Une vision atomiste : L’intervention divine n’est pour rien dans nos destinées. Tout ce qui nous entoure est constitué d’atomes et de vide.
Lucrèce s'oppose donc en tous points à la conception spiritualiste traditionnelle. D’autant plus qu’il souligne l’impact de notre quotidien et de nos perceptions sur nos souvenirs et notre mémoire.
B. Le rôle clé des perceptions, de la mémoire et du souvenir dans la vision de Lucrèce
- L’importance du quotidien, idées habituelles dans les rêves: les rêves reflètent les idées les plus habituelles de ceux qui les éprouvent. Les personnes voient des avocats plaider les causes, des marins se battre avec les vents, elles voient aussi les jeux du cirque (v4,5,6, 13))
- Plusieurs sens sont mis à contribution pour que les perceptions soient au cœur du souvenir et de la mémoire vue (v17, 19), ouie (v.20), touché (ventis)
- Des images et perceptions qui deviennent souvenir « cum jam… patentes » v14-15
Lucrèce fait preuve de didactisme afin de transmettre ces idées au lecteur
II. Une démonstration didactique
A. Une chronologie dans l’argumentation : Lucrèce expose les éléments et exemple par étape : apparition du didactisme
- d’abord il évoque les métiers des hommes : énonciation de leur métier des vers 5 à 8
- puis les passions/loisirs des hommes « ludis » v.12,
- puis il fait référence au divertissement et à la beauté des images qui marquent v18-22
- conclusion des propos sur l’universalité :
les propos sont valables pour tous les hommes quelques soient leurs métiers : « plerumque » v 10
Le propos sont valables chez les animaux comme les chevaux v 23 (et plus tard dans l’extrait chien…) les rêves naissent chez eux de la même manière
Le rêve est un phénomène scientifique universel
- conséquence de cette chronologie dans la démonstration:
La démonstration apparait comme scientifique
Tous ces exemples visent à convaincre
En choisissant des propos variées et nombreux Lucrèce rend son propos universel ce qui lui permet d’être proche de son lecteur quelques soit ces occupations ; d’autres éléments le permettent aussi
B. Un lien fort avec le lecteur, une volonté d’être proche de lui
- Des propos qui marquent le lecteur :
Propos en lien avec les événements du quotidien ( la justice : « leges » v5, les guerres « pugnare » , les tempête en mer « contractum cum ventis »)
- Utilisation des verbes à la 1ère personne du pluriel qui prend à partie le lecteur : v8 « nos »,
- 1ère personne du pluriel qui peut aussi révéler la propre expérience de Lucrèce et ses propres rêves
Votre travail est très consciencieux, mais votre plan amène plusieurs remarques que je vous ferai ce soir.
Voici un lien qui, expérience faite, peut vous être utile pour votre travail, en particulier les points concernant l'atomisme "inventé" par Démocrite, les dieux, les simulacres, les rêves. Mais l'ensemble est vraiment intéressant et, ce qui ne gâte rien, très clair et accessible!
Lucrèce et Épicurisme - Introduction - Bibliotheca Classica Selecta
bcs.fltr.ucl.ac.be/LUCR/Intro.html
laura789 a écrit :
Problématique : Comment Lucrèce démontre-t-il a son lecteur sa théorie matérialiste des rêves ?
On pouvait être plus ambitieux et se poser la question du statut de ce texte : n'est-ce que la simple vulgarisation des idées d'Épicure ?
Mais cela amènerait à bouleverser votre plan que je conserve dans ses grandes lignes. C'est en conclusion qu'il conviendra d'élargir un peu.
I. Une démonstration de la théorie matérialiste du rêve
A. Une rupture avec l’héritage des Anciens
- Une rupture avec l’héritage des Anciens : messages que les dieux transmettaient aux hommes par leurs songes…
Non : ce n'est pas dans le texte. Vous ne pouvez dire cela qu'en conclusion.
- Verbe à l’infinitif au sens fort : les hommes sont les maitres de leur vie et de leur rêve : vers 3 à 6 : verbes d’action au sens fort (« agere », « pugnare », « degere », et au vers 11 « hominum » : c’est de l’homme que viennent les rêves et non des dieux
Ne commencez pas un paragraphe par un exemple. De plus, il faut absolument citer les mots studio, in rebus morati, in ratione, mens pour prouver que le rêve s'opère dans l'Homme et dans lui-seul.
- Lien avec la théorie épicurienne : Lucrèce reprend la théorie de la connaissance d’Epicure c’est-à-dire la: fidélité aux sensations.
- Une vision atomiste : L’intervention divine n’est pour rien dans nos destinées. Tout ce qui nous entoure est constitué d’atomes et de vide.
Ce n'est pas dans votre texte. C'est à savoir, bien sûr, et à dire en complément d'un de vos arguments précédents.
Lucrèce s'oppose donc en tous points à la conception spiritualiste traditionnelle. D’autant plus qu’il souligne l’impact de notre quotidien et de nos perceptions sur nos souvenirs et notre mémoire.
Bien.
B. Le rôle clé des perceptions, de la mémoire et du souvenir dans la vision de Lucrèce
- L’importance du quotidien, idées habituelles dans les rêves: les rêves reflètent les idées les plus habituelles de ceux qui les éprouvent. Les personnes voient des avocats plaider les causes, des marins se battre avec les vents, elles voient aussi les jeux du cirque (v4,5,6, 13))
N'omettez pas de relever eadem pour montrer l'identité entre le "vécu" et le rêve.
- Plusieurs sens sont mis à contribution pour que les perceptions soient au cœur du souvenir et de la mémoire vue (v17, 19), ouie (v.20), touché (ventis)
On écrit "ouïe" et "toucher"). Pour les marins, il s'agit plutôt des difficultés rencontrées en mer, mais soit.
- Des images et perceptions qui deviennent souvenir « cum jam… patentes » v14-15
Lucrèce fait preuve de didactisme afin de transmettre ces idées au lecteur
II. Une démonstration didactique
A. Une chronologie dans l’argumentation : Lucrèce expose les éléments et exemple par étape : apparition du didactisme
- d’abord il évoque les métiers des hommes : énonciation de leur métier des vers 5 à 8
- puis les passions/loisirs des hommes « ludis » v.12,
- puis il fait référence au divertissement et à la beauté des images qui marquent v18-22
- conclusion des propos sur l’universalité :
les propos sont valables pour tous les hommes quelques soient leurs métiers : « plerumque » v 10
Le propos sont valables chez les animaux comme les chevaux v 23 (et plus tard dans l’extrait chien…) les rêves naissent chez eux de la même manière
Le rêve est un phénomène scientifique universel
- conséquence de cette chronologie dans la démonstration:
La démonstration apparait comme scientifique
Tous ces exemples visent à convaincre
B. dans l'ensemble. Quand je parlais de la répartition des arguments de Lucrèce, je ne pensais pas aux exemples, mais aux passages suivant : v. 1-4 ; 10-11 (on note la reprise de studia ) ; 23-25, conclusion où l'on trouve encore le mot studium !
Quant aux vers 12 - 16, ils mêlent l'argument à l'exemple des spectacles, ce qui introduit une heureuse variété.
En choisissant des propos variées et nombreux Lucrèce rend son propos universel ce qui lui permet d’être proche de son lecteur quelques soit ces occupations ; d’autres éléments le permettent aussi
B. Un lien fort avec le lecteur, une volonté d’être proche de lui
- Des propos qui marquent le lecteur :
Propos en lien avec les événements du quotidien ( la justice : « leges » v5, les guerres « pugnare » , les tempête en mer « contractum cum ventis »)
- Utilisation des verbes à la 1ère personne du pluriel qui prend à partie le lecteur : v8 « nos »,
- 1ère personne du pluriel qui peut aussi révéler la propre expérience de Lucrèce et ses propres rêves
B. Rien d'essentiel n'a été oublié… si ce n'est la poésie, que vous pouvez intégrer au didactisme.
Réfléchissez-y. Par poésie, j'entends :
- usage des vers (hexamètres dactyliques, que vous savez scander, j'espère, car on vous le demandera),
- adéquation des vers aux idées exprimées (c'est facile : trois ou quatre des exemples pris remplissent exactement le vers où ils sont exprimés),
- images provenant la plupart du temps d'adjectifs : liquidum carmen ; mollia membra…
- tonalité en lien avec le fait que l'hexamètre dactylique est un vers épique. Où y a-t-il une image épique dans votre texte ?D'une manière générale, en quoi l'usage du vers permet-il de mieux susciter l'attention et l'intérêt du lecteur ?Pour la conclusion, vous devez tirer parti d'une idée fondamentale que vous avez exprimée : l'universalité du phénomène du rêve (qui concerne aussi l'animal). En liant cette idée au titre du poème de Lucrèce, essayez de préciser la portée générale de son œuvre, assez visible dans cet extrait. Merci pour ces réponses que vous m'avez apportées
J'ai pu compléter et corriger mon commentaire avec toutes vos remarques.
Concernant la poésie, je ne sais malheureusement pas comment scander un vers… Pourriez vous me donner un ou plusieurs exemples dans l'extrait?
En ce qui concerne l'adéquation des vers aux idées exprimées; j'ai trouvé pour illustrer cette idée les vers 5 à 7 « causidici » à « duellum » (que j'ai néanmoins déjà cités plusieurs fois).
Je n'ai ensuite pas compris ce que vous entendiez par "tonalité en lien avec le fait que l'hexamètre dactylique est un vers épique": je ne comprend pas en quoi un vers peut avoir une tonalité épique.
A propos des images épiques dans le texte, je pensais au vers 6 avec l'image des généraux guerroient se lançant au combat (il peuvent être des figures héroïques touts comme les marins et les avocats) ainsi qu'au 4 derniers vers (passage sur le cheval). Néanmoins je ne parvient pas a justifier le fait que ces passages sont pour moi épique. Je sais que ce qui est épique se rapporte à l'épopée et à l’héroïsme.
Enfin en ce qui concerne l'usage du vers pour susciter mieux l'attention et l'intérêt du lecteur, je comptais évoquer le fait que les vers et la poésie sont divertissant. Ce qui passe par des sonorités particulières, des jeux sur les répétitions (anaphore : répétition en début de vers). Le poésie permet d'aborder un sujet plus ou moins sérieux de manière plus ludique pour le lecteur.
En conclusion concernant "la portée générale de son œuvre" je dirais que par le titre "De rerum natura" Lucrèce a voulu montrer la source et la raison d'être de toutes les choses, quelle est la nature des choses qui nous entoure et expliquer l'origine des phénomènes tels que les rêves en considérant leur universalité (il ne s'appuie pas seulement sur un cas isolé, ou sur un seul exemple).
Concernant la poésie, je ne sais malheureusement pas comment scander un vers… Pourriez vous me donner un ou plusieurs exemples dans l'extrait?
Vous n’allez pas savoir le faire en un instant. N'y avez-vous jamais été initiée ?
La versification latine est basée sur l’alternance de temps longs et de temps brefs organisés en cellules rythmiques appelées pieds.
L’hexamètre dactylique, qui est le vers utilisé dans l’épopée et dans ce poème, est formé de six pieds constitués par des dactyles (un temps long accentué suivi de deux temps faibles atones) ou des spondées (deux temps longs, le premier étant accentué). Du point de vue de la mesure, il y a égalité entre le dactyle et le spondée (quatre temps chacun), mais pas du point de vue du nombre de syllabes. Ce n’est donc pas comme dans la poésie française classique, surtout qu’il n’y a pas non plus de rimes. Le dernier pied comporte toujours deux syllabes, et la dernière syllabe est dite indifférente (longue ou brève).
Un hexamètre comprend en outre une ou plusieurs césures. La césure une ligne de partage entre deux ensembles syntaxiques, deux groupes de mots cohérents, si vous voulez.
La césure la plus courante se trouve après le cinquième demi-pied (oui, je sais, dit comme cela, ça paraît tordu…). Elle peut être placée après le troisième temps du dactyle (cf plus bas).
Il peut exister d’autres césures : après le septième demi-pied et après le troisième demi-pied. Des mots peuvent se trouver ainsi isolés entre deux césures, et cet isolement marque généralement une mise en valeur dont on peut tirer parti dans le commentaire.
La détermination de la quantité des syllabes est donnée par le dictionnaire et les grammaires. Si une syllabe est fermée, c'est-à-dire terminée par une consonne qui va se trouver devant la consonne de la syllabe suivante, elle est longue. Le h, muet, ne compte pas. Les diphtongues ae, oe, sont longues. Une voyelle finale s’élide devant la voyelle initiale du mot suivant, de même que le groupe final constitué d’un voyelle suivie d’un –m.
Voici la scansion des quatre premiers vers. Vous étudierez cela à tête reposée et vous pourrez vous entraîner à scander les autres. N’hésitez pas à demander de l’aide, je ne peux tout dire ici.
ēt : temps long,
quĕ : temps bref
/ = coupes (frontière entre les pieds)
// = césures.
ēt quō / quīsquĕ fĕ/rē // stŭdĭ/ō // dē/vīnctŭs ăd/haērĕt,
aūt quĭbŭs / īn rē/būs // mūl/tūm // sŭmŭs / āntĕ mŏ/rātī
ātqu(e) ĭn ĕ/ā rătĭ/ōnĕ // fŭ/īt cōn/tēntă mă/gīs mēns,
īn sōm/nīs ĕă/dēm //plē/rūmquĕ // vĭ/dēmŭr ŏ/bīrĕ ;
En ce qui concerne l'adéquation des vers aux idées exprimées; j'ai trouvé pour illustrer cette idée les vers 5 à 7 « causidici » à « duellum » (que j'ai néanmoins déjà cités plusieurs fois).
Citer un même exemple dans plusieurs parties est une qualité.
Je n'ai ensuite pas compris ce que vous entendiez par "tonalité en lien avec le fait que l'hexamètre dactylique est un vers épique": je ne comprend pas en quoi un vers peut avoir une tonalité épique.
Vous répondez vous-même partiellement à la question avec ce que vous dites plus bas !
A propos des images épiques dans le texte, je pensais au vers 6 avec l'image des généraux guerroient se lançant au combat (il peuvent être des figures héroïques touts comme les marins et les avocats) ainsi qu'au 4 derniers vers (passage sur le cheval). Néanmoins je ne parvient pas a justifier le fait que ces passages sont pour moi épique. Je sais que ce qui est épique se rapporte à l'épopée et à l’héroïsme.
La tonalité épique va consister à présenter les faits en les magnifiant : ainsi, le marin « fait la guerre » aux vents… Vous avez aussi un archaïsme, induperator, pour imperator qui donne un aspect plus grandiose, plus solennel.
Enfin en ce qui concerne l'usage du vers pour susciter mieux l'attention et l'intérêt du lecteur, je comptais évoquer le fait que les vers et la poésie sont divertissant. Ce qui passe par des sonorités particulières, des jeux sur les répétitions (anaphore : répétition en début de vers). Le poésie permet d'aborder un sujet plus ou moins sérieux de manière plus ludique pour le lecteur.
Le vers, fortement rythmé, permet de « graver » l’idée ou l’image dans la mémoire, de faire ressortir certains mots, comme nous l’avons dit, et de produire aussi un effet agréable sur l’auditeur (dans l’Antiquité, on ignore la lecture silencieuse).
En conclusion concernant "la portée générale de son œuvre" je dirais que par le titre "De rerum natura" Lucrèce a voulu montrer la source et la raison d'être de toutes les choses, quelle est la nature des choses qui nous entoure et expliquer l'origine des phénomènes tels que les rêves en considérant leur universalité (il ne s'appuie pas seulement sur un cas isolé, ou sur un seul exemple).
Oui, Lucrèce ne se contente pas de vulgariser les idées d’Épicure : il écrit en quelque sorte l’épopée de la Nature (et c’est là que la poésie intervient, épique, mais parfois aussi lyrique, assez peu dans votre extrait il est vrai, mais songez tout de même au liquidum carmen)). La Nature est ce qui fait naître toutes choses, les fait vivre et reprend leur substance à leur disârition pour en faire renaître d’autres, indéfiniment. Vous avez aussi relevé l’idée d’universalité : tous les hommes, tous les animaux rêvent, c’est une loi universelle. La Nature présente ainsi une unité qui a de quoi nous surprendre si l’on considère la nature purement matérialiste de l’Épicurisme et son refus de toute transcendance.
Merci pour ces dernières précisions, et pour l'aide que vous m'avez apportée, il ne me reste maintenant plus qu'à m'exercer. Je vais aborder cette épreuve avec plus de sérénité car je pense à présent maitriser ce texte ce qui n'était pas le cas avant.
Vous écrivez:
"Enfin en ce qui concerne l'usage du vers pour susciter mieux l'attention et l'intérêt du lecteur, je comptais évoquer le fait que les vers et la poésie sont divertissant. Ce qui passe par des sonorités particulières, des jeux sur les répétitions (anaphore : répétition en début de vers). Le poésie permet d'aborder un sujet plus ou moins sérieux de manière plus ludique pour le lecteur."
Voici ce qu'écrit Lucrèce:
"…je revêts toute chose des grâces poétiques. Et ce n'est pas sans raison. Le médecin veut-il faire boire aux enfants l'absinthe amère; il commence par enduire les bords du vase d'un miel pur et doré, afin que leur âge imprévoyant se laisse prendre…
…De même, comme nos enseignements paraissent amers à ceux qui ne les ont point encore savourés, et que la foule les rejette, j'ai voulu t'exposer ce système dans la langue mélodieuse des Piérides, et le dorer, en quelque sorte, du miel de la poésie; espérant retenir ton âme suspendue à mes vers, tandis que je te ferais voir toute la nature des choses avec son ajustement harmonieux et sa forme.