Que pensez-vous de l’écriture inclusive ?

Langue française

93 réponses · Page 4 / 5

Wiktionnaire se définit "Dictionnaire libre’. Il est fidèle à lui-même.Le Robert ne le suit pas :Un sage-femme.➙ maïeuticien.Larousse non plus :Larousse ajoute que le terme "maïeuticien" proposé par l’Académie française a été refusé par le Législateur. Une sage-femme épousant un sage-femme ne peuvent engendrer que de sages enfants… le rêve !

La star homme ? … un star ?Possibilité d’une confusion en effet, avec l’expression "à l’instar", qui fleure bon la domination patriarcale, le fait d’avoir une influence, d’être guide étant masculin et réservé aux hommes. On pourrait dire "à l’unestar". Par exemple, j’ai vécu deux mariages, à l’unestar d’Angelina Jolie ? Pour le maieuein (= accoucher), on a admis en philosophie qu’il n’y a que des sage-femmes (maïa), et Socrate a reconnu qu’il avait repris l’entreprise familiale (sa mère était une "maieuticienne") sans se poser de question de sexes. Surreprésentation de femmes dans la profession toutefois (comme en gynécologie) dont les raisons n’exigent pas d’effort intellectuel inhumain. Ou inhumaine ? Effort, masculin, est-ce que ça n’accrédite pas que les femmes sont toutes des feignasses ? Une effore inhumaine ?

« à l’instar de » n’a rien de patriarcal : c’est une locution qui vient du latin ad instar qui signifie « à la ressemblance de, équivalent de » en langage juridique. 😉

  En 1637, Mlle de Rambouillet (Julie d’Angennes) reçoit cette lettre de Voiture. Gomberville s’étant déclaré entre le mot car, qu’il voulait remplacer par pour ce que, « on conclut de son discours, dit Pellisson, que l’Académie voulait bannir le car, et bien qu’elle n’en ait jamais eu la moindre pensée, on en fit mille railleries. Tel est le sujet de cette lettre.

 « …Mademoiselle, car étant d’une si grande considération[1] dans notre langue, j’approuve extrêmement le ressentiment que vous avez du tort que l’on veut lui faire, et je ne puis bien espérer de l’Académie dont vous me parlez, voyant qu’elle se veut établir par une si grande violence. En un temps où la fortune juge des tragédies par tous les endroits de l’Europe, je ne vois rien si digne de pitié que quand je vois que l’on est prêt de chasser et de faire le procès à un mot qui a si utilement servi cette monarchie[2], et qui, dans toutes les brouilleries de royaume, s’est toujours montré bon Français. Pour moi, je ne puis comprendre quelles raisons ils pourront alléguer contre une diction[3] qui marche toujours à la tête de la raison, et qui n’a point d’autre charge que de l’introduire. Je ne sais pour quel intérêt ils tâchent d’ôter à car ce qui lui appartient pour le donner à pour ce que, ni pourquoi ils veulent dire avec trois mots ce qu’ils peuvent dire avec trois lettres. Ce qui est le plus à craindre, Mademoiselle, c’est qu’après cette injustice, on en entreprendra d’autres. On ne fera point de difficulté d’attaquer mais, et je ne sais si si demeurera en sûreté. De sorte qu’après nous avoir ôté toutes les paroles qui lient les autres, les beaux esprits nous voudront réduire au langage des anges, ou, si cela ne se peut, ils nous obligeront au moins à ne parler que par signes. Certes, j’avoue qu’il est vrai que ce que vous dites, qu’on ne peut mieux connaître par aucun exemple l’incertitude des choses humaines. Qui m’eût dit, il y a quelques année, que j’eusse dû vivre plus longtemps que car, j’eusse cru qu’il m’eût promis une vie plus longue que celles des patriarches. Cependant, il se trouve qu’après avoir vécu onze cents ans, plein de force et de crédit, après avoir été employé dans les plus importants traités, et assisté toujours honorablement dans le conseil de nos rois, il tombe tout d’un coup en disgrâce et est menacé d’une fin violente. Je n’attends plus que l’heure d’entendre en l’air des voix lamentables qui diront : le grand car est mort, et le trépas du grand Cam[4] ni du grand Pan[5] ne me semblerait pas si important ni si étrange. Je sais que si l’on consulte là-dessus un des plus beaux esprits de notre siècle[6] et que j’aime extrêmement, il dira qu’il faut condamner cette nouveauté, qu’il faut user du car de nos pères, aussi bien que de leur terre et de leur soleil, et que l’on ne doit point chasser un mot qui a été dans la bouche de Charlemagne et de saint Louis. Mais c’est vous principalement, Mademoiselle, qui êtes obligée d’en prendre la protection. Puisque la plus grande force et la plus parfaite beauté de notre langue est en la vôtre, vous y devez avoir une souveraine puissance, et faire vivre ou mourir les paroles comme il vous plaît. Aussi crois-je que vous avez déjà sauvé celle-ci du hasard qu’elle courait, et qu’en l’enfermant dans votre lettre, vous l’avez mise comme dans un asile et dans un lieu de gloire, où le temps et l’envie ne la sauraient toucher[7].  

[1] Importance.

[2] Allusion à la formule des actes royaux « car tel est notre bon plaisir ».

[3] Mot.

[4] Khan : prince tartare ou persan.

[5] D’après un récit de Suétone et de Plutarque, les passagers d’un navire, en longeant une île, avaient entendu une voix qui répétait ces mots entremêlés à des gémissements : « le grand Pan est mort ».

[6] Guez de Balzac.

[7] Car, ainsi défendu par Voiture, en même temps que par Vaugelas et Desmarets, échappa à la proscription dont il était menacé. La Bruyère, dans ses Caractères (chap. XIV, « De quelques usages »), se félicite qu’il n’ait pas disparu : « Quelle persécution le car n’a-t-il pas essuyé ! et s’il n’eût trouvé de la protection parmi les gens polis, n’était-il pas banni honteusement d’une langue à qui il a rendu de si longs services, sans qu’on sût que mot lui substituer ? »

_ _ _

Ces gens-là, à nous lire, doivent se retourner dans leur tombe, à moins qu’ils en appellent à Thôt/Hermès/Mercure afin qu’il règle le problème ! 🤣

On peut se moquer abondamment de l’écriture inclusive. La preuve: https://www.herodote.net/Ecrasons_l_inclusive_-article-2705.phpCeci dit, utilisée à bon escient et de façon non systématique, je trouve qu’elle peut apporter de la clarté au propos.

L’autre soir, je regardais un débat sur le sujet. L’argument principal utilisé par l’intervenante qui défendait l’écriture inclusive était que cela contribuerait à l’égalité hommes-femmes.À la suite du débat, il y avait des interventions d’éditorialistes sur d’autres thèmes. Abnousse Shalmani, journaliste, écrivain et réalisatrice d’origine iranienne qui se bat entre autres notoirement pour le droit des femmes a fait remarquer qu’en persan il n’y avait pas de genres masculin et féminin. Elle notait avec son sourire et sa pertinence habituels que « tout le monde serait d’accord pour dire que le genre neutre n’avait pas fait progresser les droits des femmes en Iran ces dernières années ». (sinon : content de lire à nouveau, perluète, il me semble que l’on ne te lisait plus ces derniers temps 🙂 )

Quant à moi, ces "points médians" me hérissent le poil !!!

Freddy, je me suis simplement reposée sur ma paresse naturelle, qui est très confortable! 😉

Pour les noms de métiers et de professions il faut se mettre à jour : c’est en 2000 que parait dans le Journal Officiel une note demandant qu’"à chaque fois qu’il s’agit de termes dont le féminin est d’usage courant, d’utiliser l’appellation professionnelle féminine dans tous les textes et documents émis par vos services, en vous référant aux règles définies dans le guide édité par l’INALF. Chaque opportunité doit être saisie d’introduire la forme féminine des noms de métiers, de telle sorte que l’usage de cette dernière s’impose peu à peu à notre administration."Guide de l’Inalf : https://www.atilf.fr//gsouvay/scripts/feminin.exe?CRITERE=LIVRE;OUVRIR_MENU=1;s=s02361ff0;ISIS=isis_feminin.txt;OUVRIR_MENU=1;s=s02361ff0;;ISIS=isis_feminin.txtSi on utilise crémière, cela me parait normal de lire plombière Par contre si on utilise poissonnière comme insulte on va au devant des ennuis comme cela s’est passé récemment et évidemment une étoile montante n’est pas une profession ou un métier donc c’est hors sujet.Depuis l’an 2000 le sujet s’est élargi, l’écriture inclusive concerne aussi d’autres pays même là où il n’y a pas de nom féminin ou masculin par exemple en Suède. L’université s’est intéressée au sujet.Cet article du Temps (suisse) parle de forme douce ou non de cette écriture inclusive et le point médian n’est pas une forme douce : https://www.letemps.ch/societe/lecriture-inclusive-mere-toutes-bataillesLe Québec a fait des choix expliqués en détail dans 90 articles https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca//bdl/gabarit_bdl.asp?Th=1&Th_id=274&niveau=Si on parle de forme douce cela existe déjà depuis longtemps avec les madame, monsieur dans les lettres par exemple ou cher client, chère cliente . Je sais qu’un site d’info que j’utilise pratique cette écriture inclusive mais l’habileté des journalistes est suffisante pour que cela ne se remarque pas.Pour les points médians cela devient pénible quand il y en a beaucoup donc les perspectives sont sans doute limitées . Peut-être à réserver à des textes sur un espace où une abréviation s’impose. Pour ce qui est des mots comme iel ou toustes, je les vois mal sortir d’un cercle restreint.

Retour de vacances, je ne sais plus si je dois dire qu’il ou qu’elle a fait beau. Ou qu’elle a fait belle, peut-être. Alors que la semaine d’avant, elle pleuvait. En inclusif, j’écris : il/elle pleuvait la semaine dernière, heureusement cette semaine il/elle a fait beau/belle.

Le "il" qui pleut, qui fait beau est une expression qualifiée de l’autocratie du patriarcat, de la domination masculine, cela est clair. Pour la lettre, les grammairiens voient (dans "il") un pronom, le croyant y voit Dieu, le scientifique La Nature et le métaphysicien l’Etre en tant qu’Etre, laissons ces querelles. Le "il" qui pleut ou qui fait beau est la Puissance générale qui fait venir à l’existence ou présente les éléments qui donnent une signification et par là un contenu intelligible. Ceci inséparablement associé à sa masculinité.

(Jacques Prévert)

Merci, je n’avais pas lu Prévert, là-dessus.

Pour "il pleut", je songeais plus à des trucs comme ça :

https://www.dailymotion.com/video/xe3sg

Et mézigue arrive pour ajouter son grain de sel !

Je serais plutôt favorable à l’écriture inclusive, mais je dois reconnaitre que ce type de débat a tendance à vite me fatiguer.

Déjà, parce que le genre grammatical n’est pas le genre réel. Il n’y a pas corrélation entre langue inclusive/peu genrée et égalité des genres. Croire que la langue reflète la réalité, c’est faire preuve de cratylisme. Le combat féministe concerne aussi l’égalité réelle.

En revanche, si l’écriture inclusive n’apporte pas grand chose, elle n’ôte rien non plus. Je ne comprends pas pourquoi les gens (ex. ma prof de Lettres d’Hypokhâgne, l’année dernière), s’emportent autant contre. Et il ne faut pas oublier :

Que si l’écriture inclusive telles qu’on la connait aujourd’hui est récente, les tentatives de rendre la langue non-sexiste se trouvaient déjà dans les cahiers des charges à la veille de la Révolution française. Quant au mot "autrice", il date du Moyen-Age. De plus, j’ai l’impression que l’on utilise le caractère supposé récent de l’écriture inclusive pour la décrédibiliser. Dire d’une chose qu’elle est récente, c’est sous-entendre qu’elle vaut moins que les autres, plus anciennes, mais qui a décrété cela ? J’ai l’impression qu’il s’agit surtout d’un biais.Que la fameuse règle "le masculin l’emporte sur le féminin" a été décidée, si mes souvenirs sont bons, par l’académie française, au 17e siècle (pour le siècle, je n’en mets pas ma main à couper), parce que l’homme vaut mieux que la femme, c’est donc délibéré. En cela, on peut dire qu’il s’agit d’une règle sexiste.Que les personnes qui rechignent à féminiser les noms ne sont pas choquées par l’"infirmière", par exemple. Pourquoi seraient elles dérangées par "docteure", "professeure" … ? Que la langue évolue. Les personnes qui prétendent que cette écriture tuera la langue oublient qu’une langue vivante évolue, et qu’une langue morte est figée. De nous, je me demande qui tue le plus la langue, si l’on s’aventure sur ce terrain … ;) Que dire du masculin que c’est le neutre, revient à dire : tout est masculin par défaut, et féminin si on le précise. C’est donc prendre un point de vue masculin. C’est, comme l’écrit de Beauvoir, considérer la femme comme l’Autre. Cet argument est à nuancer car, je l’ai dit, le genre grammatical n’est pas le genre de la vraie vie.Que sur Wikipédia, où je contribue, un sondage sur l’écriture inclusive a eu lieu. On s’est rendu compte que les femmes (ou les personnes qui se déclaraient telles) votaient plus en faveur de cette écriture que les hommes (ou personnes qui se déclaraient telles). Il y a donc rapport de force, intérêts contraires.

Comme vous l’aurez compris, j’ai mes arguments, mais j’aurais tendance à trouver la question assez secondaire, la langue étant d’abord symbolique. J’aimerais bien que le débat ne soit pas aussi houleux, même si je reconnais avoir mes réflexes passionnés quand le sujet est évoqué (malgré un recul pris que je tente de m’imposer).

Je ne sais pas si quelqu’un l’a déjà conseillée, mais Monté de la chaîne Linguisticae a sorti une vidéo à ce sujet, où il corrige les mauvais arguments (du point de vue de la linguistique), issus des deux côtés.

Eh bien cela peut arriver d’être choqué par certaines nouveautés linguistiques qui, de plus, ne sont pas de nature à changer quoi que ce soit dans le combat pour l’égalité des femmes et des hommes ( voir vignette ci-dessous). Personnellement, je suis gênée par professeure, pourquoi pas professeuse (comme coiffeuse), et je n’ai pas encore pu me résoudre à l’écrire, également par auteure, pourquoi pas autrice ( c’est le mot que j’utilise) ; cela me vient plus naturellement, tout comme doctoresse, qui existe, me semble-t-il. Bon, c’est vieilli, mais n’est-ce pas dans les vieux pots qu‘on fait les meilleures soupes ?😉[upl-image-preview url=https://www.zupimages.net//up/21/13/8b7w.jpeg]

A vrai dire, je n’ai pas de problème particulier avec la féminisation des noms de profession. Ce qui m’est insupportable sont surtout ces typographies bizarres avec des points au milieu des mots. Et en fait tout ce qui ajoute de la complexité à une langue qui n’en a vraiment pas besoin.

Je suis bien d’accord. Faut être fou pour compliquer sa propre langue, surtout quand elle est compliquée.

Les typographies avec des points au milieu des mots ne me convainquent pas non plus. J’ai l’impression que c’est comme pour les acronymes et les sigles. Une volonté de gagner du temps et des mots, une économie de bouts de chandelle, qui au final dans la pratique n’est pas si facile. ( «le.la présenteur.ice». Au pluriel, il est dit d’ajouter la lettre s à la fin du mot: «les agent.e.s territoriaux.ales».). Écrire les étudiants et les étudiantes, ou les étudiantes et les étudiants, c’est peut-être plus long mais cela reste lisible.

Sans revendiquer d’expertise en la matière, il me semble qu’écrire "les étudiants et les étudiantes", ou "les étudiantes et les étudiants" fait aussi partie de l’écriture inclusive, qui ne se limite pas au point médian.

sans doute, mais si on a besoin de préciser, c’est tout à fait lisible et assez répandu, ce qui fait que ça ne choque pas.

Nyctalope, je parlais seulement de typographie.