Formation à / de
11 réponses
Bonjour,
A l'école, on m'a appris à dire "formation à la comptabilité", "formation à la traduction", mais tout à l'heure en cherchant quelques informations sur le net, j'ai lu "Institut National de Formation de la Librairie".
J'ai alors poussé un peu plus loin mes recherches et trouvé plusieurs exemples du genre "formation à la profession bancaire", "formation à la profession d'avocat" mais aussi pas mal du genre "formation de la profession bancaire" et "formation de la profession d'avocat".
Est-ce vraiment que l'un et l'autre se dit ou se disent ?
Merci de votre réponse
Bonjour Orientale qui vient tester ma patience, 😉
Sans entrer dans des arguties à partir de l'ancien français qui possédait trois possibilités de régir le complément de nom (mais si ma patience n'est pas poussée à bout, nous pourrions y revenir !) 🙂 disons que les deux constructions ne peuvent se substituer l'une à l'autre.
D'une manière générale, dans l'économie d'une langue, il n'existe jamais de véritables synonymes ou d'expressions strictement équivalentes. A chaque fois, le génie de la langue leur accorde des nuances (parfois subtiles).
Il me semble que "à" indique une destination, une finalité. Ainsi la "formation à la profession bancaire" est une formation en vue d'exercer un métier de la banque, l'acquisition d'un savoir.
"De" introduit plutôt une origine, une conséquence, une spécification voire une restriction. La "formation de la profession bancaire" serait donc soit la formation dispensée par les experts du métier, soit le résultat de cette même formation (La "formation de la profession bancaire" est excellente, elle permet d'exercer dans des cabinets d'audit..). On pourrait aussi dire la "formation des professionnels de la banque" qui est un sous-ensemble de la formation économique.
Bonsoir, Orientale ! Et bonsoir aussi à toutes et à tous !
Je n’ai pas trouvé de réponse décisive à la question.
Nous allons donc raisonner sur les situations dans lesquelles le noyau du groupe nominal (GN) correspond à un VERBE. Ici, le noyau du GN, à savoir « formation », correspond au verbe « former ».
1 Lorsque le complément du GN s’apparente à un SUJET, on utilise DE.
* Le chant du cygne. (= Le cygne chante.)
En cas réciprocité :
* La lutte des chefs / entre les chefs. (Toute référence à des personnes vivantes ne serait pas une coïncidence…)
2 Lorsque le complément du GN s’apparente à un COD, on utilise DE.
* Le défenseur de la veuve. (= Celui qui défend la veuve.)
* La haine de l’imparfait du subjonctif ne peut exister que dans le crâne d’un imbécile. (Léon Bloy) (= La haine qu’on peut avoir pour ou envers le subjonctif.)
* Le temps est un gaspillage d’argent. (Oscar Wilde)
* La formation du caractère, du goût. (Petit Robert)
Lorsque le complément du GN est partitif, on utilise À :
* Moulin à café. Moule à gaufres. (Comme dans Tintin !)
Il peut y avoir des INCERTITUDES en l’absence de contexte : 1 ou 2 ?
* La haine du vainqueur. (= Le vainqueur hait ? On hait le vainqueur ?)
* La peur de l’ennemi.
* L’amour des femmes.
* L’assassinat du mari.
3 Lorsque le complément du GN s’apparente à un AUTRE COMPLEMENT, on utilise la préposition voulue (ou régie) par le verbe. Nous y voilà !
* La participation AU vote.
* La croyance EN Dieu. La croyance AUX promesses électorales.
* Le départ POUR Cythère. (A dire vrai, il la menait « en bateau » …)
* Le mariage est une traduction EN prose du poème de l’amour. (Bougeard)
(On traduit le poème ; on le traduit en prose. Poème n’est pas dérivé d’un verbe et nous abandonne à nos réflexions.)
Application
Puisque former se construit avec A (former à la conduite automobile, par exemple), la construction normale devra être :
* Formation à la traduction, à la comptabilité, à la profession d’avocat, etc.
Mais A et EN étant proche, on trouvera aussi EN, directement devant le nom de la discipline :
* Formation en droit, en médecine, en comptabilité, etc.
* Suivre une formation en informatique. (Petit Robert)
On ne dira donc pas : formation en profession d’avocat.
Voici maintenant les autres tournures :
* Institut National de Formation DE la Librairie.
* Formation DE la profession bancaire.
* Formation DE la profession d'avocat.
Je pense que ces formes sont intelligibles, mais impropres au sens que vous évoquez.
A y regarder de près, comme vient de le faire Jean-Luc avec finesse et perspicacité, on peut y voir une signification différente.
Alors que « formation à la profession bancaire » se place du point de vue de l’étudiant, on peut considérer que « formation de la profession bancaire » se place sous un angle différent. Comme dit Jean-Luc, la tournure avec DE :
1 soit se place sous l’angle des dispensateurs de la formation et de l’institution organisatrice : formation s’apparente alors à un COD, et nous comprenons « enseignement qui concerne la formation bancaire » ;
2 soit exprime un résultat : « la profession bancaire est [ainsi] formée ».
Une DERNIERE OBSERVATION à propos de « Institut national de formation de la librairie ».
Il n’est pas déraisonnable, me semble-t-il, d’analyser différemment ce groupe nominal, dont le noyau comporte DEUX compléments.
Nous aurions : [Institut national (de formation)] de la librairie.
Le second complément se voit rattaché au noyau lui-même (« Institut national de la librairie »), tandis que « de formation » est mis sous la dépendance du noyau, sans avoir de complément (« Institut national de formation »).
Vous me direz que c’est tiré par les cheveux ? C’est vrai, mais nous avons en français d’autres énoncés dont l’analyse est aussi subtile.
Quelques exemples ?
* Il a DES cheveux gris. Cheveux gris est COD du verbe.
= Ses cheveux sont partiellement gris.
* Il a LES cheveux gris. Cheveux est COD du verbe et gris est attribut de ce COD.
= Tous ses cheveux sont gris.
Voyez aussi ce que j’ai écrit sous le point 2.
Si vous n’êtes pas abasourdis ou « estransinés » au terme de cet exposé « sur le fil du rasoir », je vous dis modestement que le débat reste ouvert.
Par parenthèse, j’aurais pu prendre le temps d’être plus court, mais je souhaitais profiter de la question pour exposer le cadre du GN dont le noyau est dérivé d’un verbe.
Grammaticalement et amicalement vôtre,
Edy
Bonjour Jean-Luc et Edy,
Me voilà de retour au bureau dont je profite de la connexion internet pour ces échanges grammaticaux (chut!!!) Je suis heureuse que le test ne m'ait pas prouvé le contraire de ce que je pensais, Jean-Luc 🙂
Merci beaucoup à vous deux pour les réponses claires et…amicales. Maintenant je pense avoir compris la différence entre ces deux constructions mais si au cours de l'application, je rencontre quelque difficulté (ce qui est bien possible) je reviendrai vers vous.
J'apprécie particulièrement votre exposé, Edy, il m'est très utile en effet. Si possible, j'aimerais que vous continuiez dans cette voie, du moins avec mes questions.
Amicalement,
Orientale
Bonsoir Edy,
Cet "estransiner" m'a rappelé que vous aviez fréquenté le Sud. Mais qu'un Languedocien utilise la "tchatche" marseillaise m'a fait "parpeléger".
En tout cas, votre brillant exposé n'avait rien d' "estouffe gari".
C'est seulement que cet harassement m'a fait ciller.
Jean-Luc
Bonjour, Jean-Luc !
Je n'ai pas tout compris dans votre dialecte, mais il ne semble pas que ma réponse soit égratignée par votre message.
Quant à "estransiné", personne ne le connaissait dans l'Hérault ni dans le Gard. C'est une expression - sans doute typiquement marseillaise - qui m'a bien fait rire à chaque fois que j'ai revu la trilogie de Pagnol. C'est la mère de Fanny qui l'utilise (dans Fanny) lorsqu'elle raconte à César qu'elle a surpris sa fille avec Marius.
Il fait ici trop chaud pour travailler ! (C'est exceptionnel dans les brumes du Nord.)
Bonne journée !
Edy
Bonjour Edy,
Il se trouve qu'il y a quelques décennies j'habitais de l'autre côté du Rhône et qu'il existait une certaine "différence" entre le Languedoc et la Provence. Ma famille d'ailleurs tirait ses origines des deux rives du fleuve. J'étais donc un frontalier en quelque sorte.
J'ai voulu simplement vous taquiner, mais comme vous vous référez au grand auteur des collines d'Aubagne, il n'y a point tentative d'annexer le parler marseillais.
Estouffe gari ou estouffadou parlent d'eux-mêmes, si vous faîtes disparaître l'épenthèse caractéristique des langues méridionales.
Quant à estransiner et parpeléger, ils étaient traduits dans ma dernière phrase.
Je suis désolé que mon clin d'oeil (parpelado) ait pu semer le doute dans votre esprit.
Ne m'en tenez pas rigueur !
Jean-Luc
Cher Jean-Luc,
A aucun instant, je n'ai pensé vraiment que vous m'aviez lancé une "pique". C'était donc un clin d'oeil.
Votre silhouette se précise : Hercule Poirot me dit que vous deviez être à l'intérieur du triangle Orange, Arles, Salon. Dans les années 1970, j'étais à l'ouest de Nîmes, tiraillé entre celle-ci et Montpellier.
Allez ! (Comme on termine en France.)
Bonne journée !
Amicalement,
Edy
Bonjour, j'arrive un peu après la bataille, mais je suis tombé par hasard en cherchant parpeléger…
Je pense pouvoir apporter une réponse, celle d'un… pro de la formation !
Formation à la librairie :
pourrait se dire d'un programme de formation, initiale à destination d'étudiants (métiers du livre, en mastère, par exemple) ou professionnelle continue à l'intention des libraires. Désignerait aussi un simple stage. D'où le à.
Institut National de Formation de la Librairie :
il s'agit ici du nom officiel d'un organisme de formation. La "Librairie", avec majuscule, représente l'ensemble du métier, qui dispense la formation et/ou peut être la tutelle de l'institut.
On pourrait donc voir une formation à la libraire (mais je préfèrerais une formation au métiers de le librairie) dispensée par l'Institut National de Formation de la Librairie. D'où le de…
Quant à parpeléger : aller donc voir sur le TLFI l'étymologie de paupière et vous comprendrez tout !
Car : "Mai val un pichot degordit qu'un gand estabosit ! " (orthographe occitane normalisée).
Bien à vous !
Philippe
Rebonjour.
Complément d'information : estransinar (harasser, dessécher d'inquiétude…) est dans le dico occitan français de Christian Laux, de l'IEO du Tarn, 2001 ; il est également présent dans le lexique de Roger Barthe (amis de la langue d'oc, Paris) de 1972.
Rien de spécifiquement marseillais là-dedans !!!
Amistats ! Philauvergne
Bonjour à tous, j'arrive encore plus après la bataille, mais il y a aussi « la formation à la française, à la vietnamienne » = à la manière française, à la manière vietnamienne …
De même que Jardins à la française, Cuisine à l'anglaise …