Corneille, Stances à Marquise

Entraide scolaire

17 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonsoir, j'ai un soucis dans mon plan pour clarifier ma préparation pour mon oral de BAC. En effet, j'essaye de poser certaines questions possibles à l'oral.

Une me pose problème pour les Stances à Marquise, il s'agit de:
Que pensez-vous de la façon dont l'auteur s'adresse à Marquise ?

Je n'ai pas vraiment de soucis sur les arguments, c'est plutôt sur les axes et leurs ordres car c'est un peu discordant dans mon esprit…

Je vous propose ces axes afin de répondre à la question donnée:
I. Une adresse amoureuse mais originale (= lyrisme + carpe diem et memento mori…)
II. Une adresse de vengeance (= brutalité et compliments dévalorisés)
III. Une adresse égocentrique (= éloge du pouvoir poétique + narcissisme du poète)

Voilà, j'aimerai savoir votre avis sur ce plan et si besoin me conseiller sur un changement de ce plan.

Merci d'avance à vous, bonne soirée !
Bonsoir.

Affichons le texte…
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m’a vu ce que vous êtes ;
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Marquise-Thérèse de Gorle
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu’on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qui me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle,
Où j’aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je l’aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise :
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise
Quand il est fait comme moi.
Que pensez-vous de la façon dont l'auteur s'adresse à Marquise ?
A mon avis, c’’est peu de dire que la déclaration d’amour est originale !
Corneille fait pire !
A la place d'originale, je pourrai mettre "paradoxale" ?
Bonsoir,

Regarde ce lien
https://commentairecompose.fr/stances-a-marquise/

Ce poème est une réécriture de Ronsard.
Corneille emploie sciemment un registre quasi burlesque.
Se prend-il vraiment au sérieux ?

Je garderais bien le qualificatif d'original.
En effet paradoxal sous-entendrait que Corneille croit son argumentation efficace. Ici je pense qu'il cherche surtout à attirer l'attention par l'énormité du propos. A défaut d'être séduisant, il se veut piquant et spirituel.
En complément…
Le propos n'est pas si énorme. Il est réaliste.
Comme dans le poème de Ronsard : Quand vous serez bien vieille…, Corneille met en parallèle la beauté éphémère de Marquise, et sa notoriété qui durera bien plus longtemps.
Ce n'est pas paradoxal, ce n'est pas original non plus puisque cela a déjà été fait. C'est audacieux, car Marquise, dans l'insouciance de ses vingt ans pourrait bien lui répondre comme l'imagine Tristan Bernard dans une strophe impertinente rajoutée et chantée par
Georges Brassens.
https://www.youtube.com/watch?v=CDG9lW8M72k
Bonjour Laoshi,

Le propos est énorme car Corneille, esprit brillant, ne pouvait imaginer séduire un tendron par tant d'acidité triviale et de suffisance assénée. Pour moi il s'agit d'un jeu.
Le propos est original car, s'agissant d'une réécriture, Corneille renouvelle le schéma ronsardien en le tirant vers le burlesque.
Rappelons que c'est au cours d'une tournée de la troupe de Molière à Rouen "que les deux frères Corneille, Pierre et Thomas, qui habitaient la ville, se livrèrent à une aimable joute poétique autour de la beauté de Mlle Du Parc. Selon la coutume de l’époque, ils lui adressèrent chacun des vers : Pierre, les célèbres « Stances à Marquise » (plus tard mises en musique par Georges Brassens sous le titre Marquise) ; Thomas, une élégie de 136 vers." (Source : Wikipedia)
Bonjour Jean-Luc,
Pour moi, le propos n'est ni énorme ni original, mais surtout, il ne s'agit pas d'une déclaration d'amour, comme dit plus haut par l'élève.
D'accord pour le jeu.
Bonjour, tout d'abord merci de vos conseils sur mon propos "déclaration d'amour" qui est certes très discordant face à la volonté de Corneille.

Cependant, mon plan reste un peu vague car j'avais proposé sur la question "Que pensez-vous de la façon dont l'auteur s'adresse à Marquise ?"
I. Une adresse amoureuse qui a ses travers
II. Une adresse de vengeance
III. Une adresse égocentrique

J'aimerai faire un axe sur le lyrisme et le carpe diem qui ajoute des travers au caractère amoureux mais qui est en transition rempli de vengeance et là j'arrive sur mon second axe qui en transition se rapporte à la célébration du poète et de la poésie donc une adresse aussi égocentrique.

Pensez-vous que mon plan est toujours efficace et correcte ? Que me proposez-vous ?
Partir sur d'autres adresses par rapport à Corneille ?
Bonjour,

Si nous admettons que ces stances sont un jeu de réécriture, il te faut modifier le plan.

Tu pourrais essayer
En 1 - un jeu de réécriture
2 - les écarts par rapport à Ronsard
3 - les risques concernant l'image du poète

En conclusion : Corneille a-t-il réussi dans son entreprise ?
Bonjour Jean Luc, merci de ta réponse.

Cependant, je ne comprends pas comment ces trois axes puissent répondre à la question "Que pensez-vous de la façon dont l'auteur s'adresse à Marquise ?"
Je ne vois pas en quoi par exemple les écarts par rapport à Ronsard sont utiles pour le type d'adresse à Marquise de la part de Corneille.

Pourriez-vous être plus précis et m'expliquer vos choix d'axes par rapport à la question s'il vous plait ?
C'est pourtant simple.
Ce que je pense de la façon dont l'auteur s'adresse à Marquise :
1 - Il s'inscrit dans une double tradition, celle du carpe diem et celle du compliment versifié,
2 - mais il renouvelle en partie le thème par des variations burlesques…
3 - ce faisant, il risque de ternir son image auprès de Marquise et des futurs lecteurs…

Conclusion : le jeu est-il encore perçu ? Quelle image de Corneille gardons-nous ?
Bonsoir Jean Luc, tout d'abord merci de vos conseils qui m'ont beaucoup aidé !

Si j'ai donc bien compris, le plan le plus efficace serait:
I. Une réécriture de Ronsard
II. Un pastiche de Ronsard
III. Une célébration de l'égo

Je pense que cela est correcte n'est-ce pas ?
A mon humble avis, tu risques des redites entre le I et le II.
En 1, je n'ai pas cité Ronsard qui est seulement un des poètes ayant exploité le thème du carpe diem.
Relis attentivement ce que je t'ai proposé.
Bonsoir, j'ai bien perçu l'idée des axes I et III cependant l'axe 2 concernant les variations burlesques autrement dit propres à Corneille me semble assez vague.

Je n'arrive pas à organiser mes idées pour mon oral.

Pour les variations de Corneille par rapport au poème d'amour traditionnel et du carpe diem, je trouve ce plan et il me semble très discordant et il doit manquer des idées… :
I. Le thème de la vengeance (narcissisme de Corneille, brutalité, compliments dévalorisants)
II. ???

Jusque là je ne trouve pas plus de variations burlesques, pourriez-vous m'aider sur ce point ?

Merci d'avance et merci encore de vos précédents conseils !
Bonsoir,

Il n'y a pas de vengeance, mais une manipulation argumentative (repère les connecteurs logiques) déjà bien surprenante lorsqu'il s'agit de lyrisme, de sentiments. Corneille démontre que, malgré son âge, il reste une bonne affaire. Il cherche à conclure un marché.

Cette argumentation frise le ridicule. Premier aspect du burlesque ou contre-épique : le vieillard est en poésie plutôt associé à la sagesse et à la dignité.
Deuxième aspect du burlesque : le recours à des thèmes épiques comme le "cours des planètes", la "gloire", les "charmes" (au sens fort de sortilèges) pour les associer à des réalités triviales.
Troisième aspect : le final et sa note d'autodérision
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise
Quand il est fait comme moi.
A noter la répétition du verbe passe-partout faire qui détonne dans un poème qui se veut soutenu.
C'est là que tu peux te rendre compte que Corneille ne se prend pas au sérieux.

Mais encore une fois, tu ne dois défendre que les analyses que tu es prêt à assumer.
Si tu n'es pas convaincu, tu démontres tes choix.