Bonsoir !
Dans le cadre de la rédaction d'une anthologie poétique, j'ai choisi un poème en prose de René Char dédié à son ami Albert Camus : L'éternité à lourmarin.
Or j'ai beau lire le poème plusieurs fois, je n'arrive pas à en discerner véritablement le sens. Il est vraiment compliqué… Mon travail consiste à dire comment, dans ce poème, se manifeste la question de la mort d'un proche et/ou du deuil, de la souffrance liée à cette perte. Une analyse globale, avec une citation ou deux pour appuyer mon propos. Si vous avez des pistes ou une explication à me fournir s'il vous plaît, ça m'aiderait vraiment…
Merci d'avance pour votre aide !
(j'ai souligné la partie qui me dérange le plus dans ma compréhension)
Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit notre affection? Cerne après cerne, s'il approche c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties — presque excessives — d'une présence se sont d'un coup disloquées. Routine de notre vigilance…
Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.
À l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas.
René Char et Albert Camus se sont connus en 1945 et leur amitié a duré jusqu’au tragique accident qui a coûté la vie à Albert Camus. Plus de 180 lettres, aujourd’hui publiées, témoignent de l'amitié brève mais indéfectible qui unissait les deux hommes.
Ce poème est un hommage de Char à Camus, même si ce dernier n’est pas nommé.
Une phrase-clé : Avec celui avec lequel nous avons cessé de parler, ce n’est pas le silence
La mort de l’ami est tragique, la souffrance est intense, mais derrière l’absence il existe une présence.
Bonjour Laoshi !
Merci pour votre réponse. Seulement, ce n'est pas ce que la prof attend de moi, c'est bien trop court… Je dois être plus précise, évoquer le poème, un ou deux passages équivoques, et parler de comment se caractérise deuil/de la souffrance de la perte dans le poème. Seulement, je comprends à peine la moitié du poème, cela n'aide pas…
Quelqu'un saurait m'éclairer ?
Bonjour,
Routine de notre vigilance
Lorsque Camus était vivant, Char se reproche de n'avoir pas fait l'effort de se pénétrer de sa présence, d'où sa dislocation.
où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée
L'amitié entre eux était si forte qu'elle a pris des allures d'éternité. La mort ne saurait plus séparer les amis que le sommeil ne sépare de la veille (vigilance).
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.
La mort n'a pas interrompu leur complicité, mais a modifié la relation. Camus précède désormais Char dans les terres mystérieuses de l'au-delà. Char ne veut pas parler du disparu au passé, il entend contrer la mort par l'évocation d'un futur.
À l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas.
Confronté à la mort de l'ami, Char ne peut que se poser des questions essentielles sur la possibilité d'une vie surnaturelle. L'espérance pourra-t-elle atténuer la douleur de la perte ? L'image de l'archer renvoie sans doute à une devise inscrite sur les gnomons (en parlant des heures comme des flèches) : "Toutes blessent, la dernière tue."
Merci pour votre réponse. Seulement, ce n'est pas ce que la prof attend de moi, c'est bien trop court..
Je m’en doute bien ! C’était seulement quelques indications sur le contexte d’un poème qui te semblait mystérieux (
je n'en discerne pas le sens, as-tu dit), pas une explication de texte !
On n’est pas censé sur ce site faire les devoirs des élèves.
Mais tu peux toujours recopier les réponses de Jean-Luc si elles te conviennent.
Le décryptage me paraît cependant devoir être plus personnel.
Juste une suggestion pour organiser ton commentaire. Tout ce que tu as trouvé, lu, compris des contributions ici pourrait s'organiser autour de deux axes :
I. La rupture
Lourmarin, un ancrage spatial à quelques kilomètres de L'Isle sur Sorgue
La ligne droite de l'accident
La perte. La douleur
et
II. L' éternité
Dans l'amitié
Dans la réflexion
Dans le compagnonnage au-delà de tout
Dans le cadre de la rédaction d'une anthologie poétique, j'ai choisi un poème en prose de René Char
Pourquoi choisir un poème dont on ne saisit pas le sens ?
De plus floreale te propose un plan de commentaire, mais est-ce un commentaire que tu dois faire ?
Si tu dois seulement présenter le texte dans une anthologie, tu as dû trouver les éléments qui te permettent maintenant de le "com-prendre" .
N'oublie pas de montrer qu'il s'agit d'un poème en prose et qu'on n'est pas du tout dans l'article de presse de la rubrique des accidents.
Bonjour à tous !
Jean-Luc : Merci pour ta réponse, cela m'aide énormément ! Je comprends mieux le sens du poème, désormais et je me rends compte à quel point j'étais à côté de la plaque… Voici l'analyse que j'avais moi-même faite du poème, ce matin :
S’il est vrai que la mort de l’être aimé nous plonge dans une douleur sourde, nous sommes également confrontés au problème du souvenir, du « reste » de cette personne dans notre mémoire. Dans le poème en prose de « L’éternité à lourmarin » écrit par René Char pour son ami défunt Albert Camus, il est évoqué une disparition à la fois de l’existence de cette personne dans le monde mais aussi dans la conscience de ceux qui restent. « Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés ». La mort provoque une perte des repères, mais une part du défunt subsiste encore, dans « quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous ». Mais cette part signifie-t-elle encore quelque chose ? Pas sûr. « Nos millénaires ensemble ne font plus que l’épaisseur d’une paupière tirée » : cette hyperbole doublée d’un euphémisme exprime l’idée d’une mort triomphante face aux souvenirs. Et c’est en réalisant ceci que la douleur de l’homme, alors, commence.
Est-ce que certains de mes éléments de réponse vous semblent correctes tout de même ?
Laoshi : Oui, bien sûr, je comprends et je vous remercie pour ces indications que j'indiquerai lors de la présentation du poème. Et si j'ai choisi ce dernier, c'est par défaut : je n'ai pas réussi à trouver un autre poème en prose traitant de ma thématique…
floreale : Merci pour tes indications. Ce n'est pas un commentaire que je dois faire, mais je peux me servir de ce plan comme "mots-clés" que je dois introduire dans mon écrit. Je n'oublierais pas de le préciser, merci !
Bonsoir,
S’il est vrai que la mort de l’être aimé nous plonge dans une douleur sourde, nous sommes également confrontés au problème du souvenir, du « reste » de cette personne dans notre mémoire. Dans le poème en prose de « L’éternité à Lourmarin » écrit par René Char pour son ami défunt Albert Camus, il est évoqué une disparition à la fois de l’existence de cette personne dans le monde mais aussi de ce qu'il advient dans la conscience de l'ami. « Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés ». La mort provoque une perte des repères, mais une part du défunt subsiste encore, dans « quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous ». Mais cette part signifie-t-elle encore quelque chose ? Pas sûr. « Nos millénaires ensemble ne font plus que l’épaisseur d’une paupière tirée » : cette hyperbole doublée d’un euphémisme exprime l’idée d’une mort qui n'a pas le dernier mot grâce à la rémanence du souvenir. Et c’est en prenant conscience de cette présence absente que la douleur de la perte commence alors pour le poète d'autant plus qu'il veut lui donner un statut d'éternité.
La mort provoque une perte des repères, mais une part du défunt subsiste encore, dans « quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous ». Mais cette part signifie-t-elle encore quelque chose ? Pas sûr. « Nos millénaires ensemble ne font plus que l’épaisseur d’une paupière tirée » : cette hyperbole doublée d’un euphémisme exprime l’idée d’une mort triomphante face aux souvenirs
Je ne vois pas les choses tout à fait de la même façon.
L'amitié entre Albert Camus et René Char, bien que d'une durée assez limitée me semble avoir été d'une qualité exceptionnelle. (cf.
Les deux amis de La Fontaine)
Quand l'un ne donne pas signe à l'autre, c'est l'angoisse, comme on peut le voir dans leur correspondance (
cher Albert, où êtes-vous? J'ai la sensation cruelle, tout à coup, de vous avoir perdu. (Char) ;
Depuis dix ans au contraire, j'ai en moi une place vide, un creux, que je ne remplis qu’en vous lisant, mais alors jusqu'au bord (Camus).
Celui qui est mort
demeure essentiel en lui, cela n'est pas sans signification. Cette part de son ami, il la garde en lui. Et pour l'éternité. Cette très belle expression :
où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée. est difficile à interpréter. la paupière tirée évoque pour moi les yeux fermés du défunt. C'est peu de chose, des yeux fermés…
René char rejoindra son ami dans l'éternité. Pour des millénaires, ils seront ensemble..