Bonjour! Je suis en train de faire une anthologie poétique sur le thème de la poésie (j'ai besoin de minimum 9 poèmes) , j'ai pour l'instant trouvé pour un art poétique de Queneau, art poétique de Paul Verlaine et art poétique chant 1 de Boileau. Malheureusement je ne trouve pas d'autres poèmes d'auteurs réputés … Auriez-vous des idées ? Merci d'avance ! 😀
Anthologie sur le thème de la poésie
3 réponses
Langage
Je dis : nuit, et le fleuve des étoiles coule sans bruit, se tord comme le bras du laboureur autour d’une belle taille vivante.
Je dis : neige, et les tisons noircissent le bois des skis.
Je dis : mer, et l’ouragan fume au-dessus des vagues, troue les falaises où le soleil accroche des colliers de varechs.
Je dis : ciel, quand l’ombre de l’aigle suspendue dans le vide ouvre les ailes pour mourir.
Je dis : vent, et la poussière s’amoncelle sur les ailes, ensevelit les bouquets de perles, ferme les paupières encore mouillées d’images de feu.
Je dis : sang, et mon cœur s’emplit de violence et de glaçons flous.
Je dis : encre, et les larmes se mettent à bruire toutes ensemble.
Je dis : feu sur les orties, et il pousse des roses sur l’encolure des chalets.
Je dis : pluie, pour noyer les bûchers qui s’allument chaque jour.
Je dis : terre, comme le naufragé dit terre quand son radeau oscille au sommet de la plus haute vague et les oiseaux effrayés par mes cris abandonnent les îles qui regardent de leurs prunelles mortes les merveilles des nuages.
Albert Ayguesparse (Encre couleur de sang)
Presque
Il prend dans ses mains des choses disparates — une pierre
une tuile brisée, deux allumettes brûlées,
le clou rouillé du mur d’en face,
la feuille qui est entrée par la fenêtre, les gouttes
qui tombent des pots de fleurs arrosés, les pailles
que le vent d’hier a déposées sur tes cheveux — il les prend
et la-bas, dans la cour, il édifie presque un arbre.
En ce presque réside la poésie. Tu la vois ?
Yannis Ritsos
Déclaration d'amour
Je t’aime
Je te tiens à mon poing comme un oiseau
Je te promène dans la rue avec les femmes
Je puis te rouer de coups et t’embrasser
Ô poésie
En même temps
T’épouser à chaque heure du jour
Tu es une belle figure épouvantable
Une grande flamme véhémente
Comme un pays d’automne démâté
Tu es ceinte de fouets sanglants et de fumées
Je ne sais pas si tu t’émeus
Je te possède
Je te salis de mon amour et de mes larmes
Je te grandis je te vénère je t’abîme
Comme un fruit patiemment recouvert par la neige.
(René-Guy CADOU, Le Cœur définitif, Paris, Seghers, 1961)
Quand tu écris,
Ecoute bien
Le bruit qui vit
Dedans ta main.
Laisse glisser
L’encre secrète,
Sur le papier
Point ne t’arrête !
Boucle tes rêves,
Lance tes mots,
La pâte lève
Alors à bientôt !
Et ton poème
Te fera voir,
Ce que tu aimes
Sans le savoir !
Georges Jean extrait de A mots gourmands
Poème du vicaire
On avait dit au vicaire tout à fait par hasard « Vous devriez faire de la poésie » et le vicaire avait composé un poème, entre autres,dont les deux premiers vers étaient :
« J'aime la bonne soupe
Le soir après les vêpres »
Il la montra au curé qui lui dit : « Pour la première fois, ce n'est pas mal cette histoire de soupe ; mais ça ne rime pas et ça n'a pas de rythme. A mon avis, si vous n'alliez pas si souvent à la ligne, ça serait de la prose ».
Et le vicaire concéda qu'il pourrait introduire quelque coupe. « Une coupe de vin ça n'est pas déplacé dans un bon repas et ça rime avec soupe. C'est ennuyeux pour les vêpres, dit-il, je ne vois que cèpes, mais il manque un « r ». Est-ce permis? Ou alors lèpres, mais comment introduire ce mot dans un morceau si joyeux? »
« Voyez-vous, fit le curé, c'est là la difficulté de la poésie. »
Et le vicaire haussant les épaules conclut « c'est un genre faux », et n'en écrivit plus jamais d'autre.
André Frédérique (Histoires blanches)Allons, mettez-vous là…
Allons, mettez-vous là au milieu de mon poème,
Que je m'approche à loisir, loin des regards indiscrets,
Entre des mots qui vous observent, bien qu'ils vous devinent à peine,
Et d'autres mots qui vous éclairent sans parvenir à vous toucher.
Vous y trouverez un air, un ciel plus cléments que l'autre,
Dans un grand imprévu d'arbres ignorés par les saisons,
Une attentive floraison comme aux premiers jours du monde,
Quand il n'y avait encor rien et que soudain tout devint nôtre.
Une légère carriole traversant ma poésie,
Avec un cheval qui jamais ne souleva de poussière
Parce qu'il sait avancer franchement, sans toucher terre
Nous fera voir aussi bien la clairière ou l'éclaircie.
Nous ferons un grand bûcher des angoisses de la terre
Pour le vouer à la mort qui s'éloignera de nous,
Et remonterons sans remords les plus secrètes rivières
Où se reflètent les coeurs qui ne tremblent plus que d'amour.
Jules Supervielle
Merci beaucoup !!!! Vous me sauvez la vie ! 😂



