Pourquoi relire une œuvre ?
16 réponses
Bonjour à tous,
Alors voilà ma situation, quelques camarades de première ont eu une disserte à traiter, avec pour problématique : Lire certes, mais pourquoi relire ? Je m'y suis intéressée mais ai complètement oublié de leur demander s'ils en avaient eu une correction … N'ayant, moi même, fait qu'une seule dissertation, je m'interrogeait sur la façon d'aborder un tel sujet qui paraît assez limité de prime abord. Pour la problématique, je l'aurais reformulée : Qu'est-ce que nous apportent les lectures au fil du temps ?
Par exemple il y aurait une première partie qui montrerait, qu'en fonction de notre âge, on ne comprend pas forcément une oeuvre de la même manière avec notamment les fables, les comédies et les contes philosophiques (de La Fontaine par exemple) qui ont toutes une morale/satire de la société/etc à faire passer, comprises différemment par des enfants que par des adultes.
Ensuite, je pensais à faire une seconde partie qui porte sur le fait que on peut apprendre sur nous-même et notre société en lisant des auteurs du passé (mais je crains que cette partie dépasse les limites du sujet). J'aurais pu développé en premier : apprendre des erreurs des autres tout en citant des textes historiques relatant les horreurs commises à la guerre ou par des tyrans à certains peuples (avec des auteurs autant antiques que contemporains), ensuite comprendre d'où vient ce qui constitue notre société actuelle et je pensais notamment à la Constitution d'Athènes d'Aristote concernant le lien entre notre démocratie et la leur, et enfin que la philosophie d'autrefois est toujours d'actualité et pourra toujours nous en apprendre même si des siècles nous séparent des philosophes de l'Antiquité. Je pensais par exemple à citer De Amicita de Cicéron ou encore Le Banquet de Platon.
Au premier abord j'avais pensé à un plan de la sorte, mais qu'est-ce qu'on pourrait y ajouter/enlever pour l'améliorer ?
J'espère que j'ai posté ce sujet au bon endroit, bien que ce ne soit pas une obligation scolaire qui m'amène à vous faire part de mes questions, simplement pour le plaisir de réfléchir 😀
Merci à ceux qui ont lu et qui prendront de leur temps pour me répondre,
Bonne soirée
Lire ou relire, Est-ce la même lecture ? Est-ce le même lecteur ?
Pourquoi relire ?
- parce que je ne garde qu'une vague impression, qu'elle soit positive ou négative. Ma mémoire est oublieuse.
- parce que j'ai changé, le lecteur que je suis n'est plus le même, il a vieilli, il a souffert, il a lu d'autres œuvres.
- parce que j'ai un autre regard et d'autres attentes (sur le style, sur la construction, sur le comportement des personnages)
Magnifique sujet, donné au concours général vers 1990.
Merci d'avoir répondu !
Floreale, votre plan me semble bien plus pertinent tout compte fait ! Mais comment pourrait-on étayer ces thèses avec des exemples d'oeuvres ? Ou alors citer des oeuvres n'est pas systématiquement demandé ?
Jacques, je ne suis pas experte en la matière, mais cela doit être surement une des raisons pour lesquelles ce sujet m'a intriguée ! 🙂
Il faut creuser la dernière proposition de floréale : lire pour donner à l'œuvre un sens personnel toujours renouvelé…
A un niveau élémentaire : relire pour renouveler son plaisir : pour moi, relire un livre, c'est comme retrouver un ami cher, faire l'amour avec une femme aimée.
En effet, c'est un aspect auquel je n'avais pas pensé, mais qui paraît évident maintenant que vous en parlez ! J'espère qu'avec un peu de pratique je sois capable d'y penser par moi-même, car il est vrai que, finalement, il y a matière à disserter !
Bonne soirée
Faites surtout attention à rester dans le sujet, car vous en venez à justifier de l'intérêt de la lecture, ce qui est à éviter selon les termes mêmes de l'énoncé : lire, certes,… L'intérêt de la lecture est chose acquise, on n'a pas à revenir dessus.
Le sujet est beau aussi dans sa formulation, précise et concise.
Bonsoir,
Excellente question. Excellent sujet.
Je pense qu'on lit, au début, par curiosité ou par obligation 😉
Et qu'on relit… pour plein de raisons très variées, sans doute très différentes selon les personnes… Et selon que l'on avance en âge…
Je relis Bossuet chaque année pour une clarté de langue qui se perd,
Je relis Yourcenar chaque année car j'y découvre à chaque fois de nouvelles choses et y adire cette douceur de style
Je relis Racine chaque année car j'adore les alexandrins… et qu'on n'a guère fait mieux 😉
Je relis Astérix ou Tintin régulièrement… car j'adore et que cela me rappelle mes jeunes années, quand je les ai découverts, chez ma grand-mère
Je relis Saint-Simon (pas tout… c'est long !) chaque année… car j'adore son style "langue de pute" (dans la même veine : les Lettres de la Princesse Palatine : grande découverte, délectation à chaque relecture ! )
Je relis Narcisse et Goldmund, ou le Nom de la Rose, régulièrement… car c'est trop riche pour une unique et première lecture
Je relis les Catilinaires de Ciceron plusieurs fois par an… car c'est sans doute le texte latin le plus "carré" (côté grammatical) et le moins compliqué en latin "classique" que j'ai pu trouver
Je relis Hugo et sa Légende des Siècles pour cette force qu'impriment ses vers et dont il faut s'inspirer
Je relis mes grammaires latines car j'en ai besoin… et que c'est si beau quand tout est si "carré" (et que cela devient si compliqué quand on sort de l'épure 😉)))
…
Et j'oublie pleins de raisons ou d'autres œuvres.
Il y a plein de raisons… lesquelles s'accumulent sans doute avec l'âge et l'expérience. A vous de trouver les vôtres et de les illustrer selon votre propre expérience. Il importe de lire, il importe sans doute encore plus de relire, à des âges différents.
Ce qui fait qu'on va "relire"… c'est la qualité intemporelle de l'œuvre et donc le génie de l'écrivain.
Eventuellement, dans votre dissertation, vous pouvez, au sein d'un paragraphe, vous interrogez sur le fait que certains ouvrages sont relus / se relisent… quand d'autres ne se relisent guère 😉 Les romans policiers, en particulier. La fin de l'intrigue reste en mémoire… je relis peu.
Joli sujet que vous avez ! Mais d'accord avec Jacques pour le risque de hors-sujet. C'est bien de la "relecture" qu'il s'agit.
Et si vous voulez étendre le sujet en conclusion, il y a aussi le "voir et revoir" 😉 (une œuvre, un monument, un film…).
Une piste qui n'a pas été abordée : la relecture non d'une oeuvre, mais d'un extrait, en fait la lecture répétitive d'un texte au même moment…
Quelque chose comme la pratique que les moines appellent la
lectio divinahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Lectio_divina.
Cette méthode peut s'appliquer à des textes profanes riches.
Il s'agit alors de laisser le texte descendre en soi pour s'imprégner de ses sens multiples, pour goûter toute la symphonie des mots et des sons. Intériorisation, appropriation, rêve, plaisir esthétique… Encore faut-il que le texte soit réellement inspiré.
On parle alors de "mâcher un texte, de ruminer "?
Et aussi dans un but d'étude : "sonder les Ecritures" ?
Oui, aussi. Tout à fait d'accord avec Jean-Jacques quant à ce nouvel aspect de la relecture.
Par ailleurs, j'avais étendu l'idée de" lire/relire" à "voir/revoir"… mais cela s'applique évidemment aussi à "écouter/réécouter", voire même "toucher/retoucher". "Sentir/re-sentir" (l'odeur des jasmins à Rhodes, en septembre)… En fait, la problématique peut s'appliquer à tous les sens 😉
Par ailleurs, j'avais étendu l'idée de" lire/relire" à "voir/revoir"… mais cela s'applique évidemment aussi à "écouter/réécouter".
Bien sûr, on peut toujours étendre l'idée.
Mais, pour ma part, (je ne sais si certains sont dans le même cas), si je suis capable d'écouter et de réécouter en boucle, et sans me lasser des morceaux de musique que j'aime, si j'aime revoir (un peu moins souvent tout de même) tel ou tel film, relire un roman entier, ce que je faisais toute jeune très facilement et avec délectation, m'est devenu difficile.
Lire des extraits que j'aime et connais bien, oui, mais un pavé entier, j'avoue que j'ai du mal.
Ce n'est pas tout à fait la même démarche, je crois, que la lecture, c'est une démarche moins paresseuse. 😉
Bonsoir Laoshi,
Oui, je suis d'accord. Le principe de "relecture" n'implique pas nécessairement la relecture de toute l'œuvre, mais sans doute, en pratique, celle de certains passages ou extraits choisis selon des critères purement personnels. Je mentionnais Bossuet… mais je ne relis pas l'intégralité de ses Oraisons chaque année 😉
Idem pour les films, les opéras, Le Louvre…
L'important me semble être, simplement, de se faire plaisir, pour nombre de raisons variées qui tiennent au parcours de chacun vis-à-vis de telle ou telle œuvre.
Gide écrit dans le Journal des Faux-monnayeurs : "je n'écris que pour être relu"
Gide est donc complètement conscient de la complexité de son texte…
Quant à moi, je crois que je finirai en ne faisant plus que relire.
Petit échantillon :
L'Assommoir : plus de dix fois (et toujours autant d'émotion à la mort de Gervaise : ma lectio divina à moi).
Bouvard et Pécuchet : une bonne dizaine de fois.
Les Misérables : 3 fois.
La guerre et la paix : 2 fois.
Les romans de Giono : tous sans exception au moins deux fois, certains trois, d'autres quatre (Que ma joie demeure)…
L'étranger - La peste : 4 fois.
La chute : 5 ou 6 fois.
Les romans de Huysmans (sauf les réalistes du début) : 4 ou 5 fois.
Beaucoup d'œuvres médiévales et antiques lues plusieurs fois
etc…
Je mets à part la poésie. Je ne relis plus Alcools, je me le récite ! 😂