Bonjour, est-il possible de m'aider à trouver un texte du XXI ème Siècle qui parle d'amour.
C'est pour une explication de texte pour mes élèves et je ne trouve rien intéressant depuis hier.
Pas facile de se risquer à des suggestions sans connaître le niveau, la séquence, l'objectif …
Alors, à tout hasard, cet extrait de
L'amour et les forêts de Eric Reinhardt (2014)
"D'après ce que j'ai pu constater, elle ne portait que des couleurs sombres, elle était chaussée de bottines à lacets, elle arborait de la dentelle et des bijoux anciens, elle affectionnait le velours grenat ou Véronèse de certaines vestes de coupe cintrée qu'on trouve dans les friperies. Cette allure évoquait l'univers symboliste d'Edgar Poe et de Villiers de l'Isle-Adam, de Maeterlinck, de Huysmans et Mallarmé, un univers crépusculaire et pâli où les fleurs, les âmes, l'humeur et l'espérance sont légèrements fanées, délicatement déliquescentes, dans leur ultime et sublime flamboiement, comme une mélancolique et langoureuse soirée d'automne, intime, charnelle, toute de velours et de rubans soyeux, rosés, rouge sang".
Navrée du manque de détails, ils sont en seconde et j'en ai besoin en alternative aux textes du livre. En l’occurrence, je cherche un texte assez long et plutôt récent.
Je ne cerne pas encore le projet …
L'Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder
Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu'à toi, avec l'effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J'aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n'y arrive pas. Si tu connais un truc pour t'oublier, fais le moi savoir. Je viens de passer le pire week end de ma vie. Jamais personne ne m'a manqué comme ça. Sans toi, ma vie est une salle d'attente. Qu'y a-t-il de plus affreux qu'une salle d'attente d'hôpital, avec son éclairage au néon et le linoléum par terre? Est-ce humain de me faire ça? En plus, dans ma salle d'attente, je suis seul, il n'y a pas d'autres blessés graves avec du sang qui coule pour me rassurer, ni de magasines sur une table basse pour me distraire, ni de distributeurs de tickets numérotés pour espérer que mon attente prendra fin. J'ai très mal au ventre et personne ne me soigne. Etre amoureux c'est cela: un mal de ventre dont le seul remède, c'est toi. J'ignorais que ton prénom prendrait tant de place dans ma vie.
Titus mange goulûment. Il a une faim proportionnelle à l’énergie que lui demande ce moment. Bérénice ne touche pas à son plat. Elle reste immobile, le regard fixé sur son assiette. Puis elle pleure. Il la prend dans ses bras. Elle veut s’en aller, il la retient. Quel monstre suis-je ? dit Titus en essuyant une dernière fois les pleurs de celle qu’il a tant aimée, mais sa décision ne change pas. Titus aime Bérénice et la quitte.
Titus quitte Bérénice pour ne pas quitter Roma, son épouse légitime, la mère de ses enfants. Titus n’aime plus Roma depuis longtemps mais elle est courageuse, vaillante, compréhensive, alors pour ne rien changer, ne rien détruire, Titus s’avance vers Roma et dit, reprends-moi, et Roma, qui ne supporte pas qu’il abandonne ainsi le château de leurs années, le reprend.
Le soir où Titus la quitte, Bérénice ne peut plus se tenir debout. Sitôt rentrée, elle s’allonge. Mais même à l’horizontale, elle se sent encore très longue, très instable. Tout tourne autour d’elle et soudain son estomac se soulève. Mais elle ne parvient pas à vomir. Elle se recouche, et là sa nausée revient de plus loin encore, d’une zone du ventre plus enfouie, plus sourde, qui, d’habitude, ne se manifeste pas, ne gagne pas la surface. Elle ne sait pas encore que le fiel est l’autre nom de la bile mais comprend que les profondeurs du corps et de l’âme se logent au même endroit. L’abandon de Titus, c’est une tache noire sur sa peau. « Adam avant le péché était un diamant, et après le péché il est devenu un charbon », écrit Saint-Cyran, le complice de Cornélius Jansen.
On dit qu’il faut un an pour se remettre d’un chagrin d’amour. On dit aussi des tas d’autres choses dont la banalité finit par émousser la vérité.
C’est comme une maladie, c’est physiologique, il faut que l’organisme se reconstitue.
Un jour, tu ne te souviendras que des bons moments (la chose la plus absurde qu’elle ait entendue).
Tu en ressortiras plus forte.
Tu dis que tu n’aimeras plus jamais mais tu verras.
La vie reprend toujours ses droits.
Etc.
Ces phrases lui arrivent, la recouvrent, la bercent. Pour être tout à fait honnête, elle a besoin de ce babil de convalescence. Toutes ces langues qui font bruire autour d’elle l’empathie, l’universalisme et le pragmatisme lui sont un lit de feuilles où déposer son misérable corps. Et cependant, elle aspire parfois au silence complet, à un cercle de proches au centre duquel elle viendrait s’asseoir, pour qu’on la regarde et qu’on l’écoute sans un mot.
Et puis, un jour, au milieu d’une autre confession que la sienne ou en réponse à la sienne, elle entend, Quel ne fut mon ennui dans l’Orient désert !
La voix est grave, le regard vague, la poitrine mobilisée. C’est touchant et c’est pathétique. C’est singulier et c’est choral, cette voix en appelle une autre qui en appelle une autre, à l’infini. Elle sourit.
Nathalie Azoulai Titus n'aimait pas Bérénice