Bonjour à tous (et bonne année ! 🙂 ).
En sociologie, on rencontre souvent le terme
performatif.
Il s'applique à des verbes et aussi, par extension, à des discours (ex :
les discours performatifs sur l'amour s'exercent de manière différenciée...).
Le
TLFi nous dit :
Les verbes performatifs seraient ceux qui non seulement décrivent l'action de celui qui les utilise, mais aussi, et en même temps, qui impliqueraient cette action elle-même.
On donne comme exemples :
je t'aime, je t'ordonne de…, je jure que...
L'antonyme est
constatatif.
Nous (ma fille qui est en socio… 😀 et moi-même) ne trouvons pas d'exemples de verbes qui seraient purement constatatifs (et non performatifs).
Auriez-vous s'il vous plaît quelques exemples à nous soumettre afin que nous puissions mieux cerner ce que recouvre ces deux termes ?
Merci et bonne journée.
Pour autant que je puisse en juger on parle d'un énoncé performatif, par contraste avec un énoncé constatif qu'il n'est ni vrai ni faux. Le dernier étant soit l'un ou l'autre.
Un fameux exemple de Austin qui a développé cet acte de langage dans Quand dire c'est faire (1962):
Le chat est sur le paillasson - constatif
Je te promets que je t’emmènerai au cinéma demain - performatif
Le premier est vrai ou faux, à dire il y est ou il n'y est pas - oui ou non
Le deuxième dépend des conditions de vérité qui lui sont attachées - peut-être
Une définition plus précise que celle du Tlf et moins touffue que l'article de Wikipedia nous est donnée dans la grammaire Riegel, au chapitre XXIII traitant de l'énonciation :
Les énoncés performatifs explicites contiennent un verbe performatif,qui indique l'acte de langage accompli : Je t'ordonne / te demande de venir - Je te promets de venir - Je vous autorise à sortir - Je vous affirme qu'il est innocent.
Les verbes performatifs sont en nombre limité; ils correspondent chacun à un acte de langage spécifique. Mais ils ne sont que potentiellement performatifs : ils ne peuvent constituer un énoncé performatif que dans des conditions grammaticales bien précises. Ils doivent être employés à la première personne du présent de l'indicatif, avec un complément renvoyant explicitement à l'allocutaire (tu ou vous) comme dans nos exemples.
Donc, apparemment, tous les verbes d'un discours donné ne correspondant pas à cette définition restrictive peuvent être considérés comme constatifs… Ils sont donc très nettement majoritaires.
Bonne année Freddy !
Définitions de l'énoncé constatif et de l'énoncé performatif selon l'Encyclopédie Universalis (elles me paraissent très claires ; cela ne signifie pas que parfois l'identification de l'un ou de l'autre ne soit pas malaisée) :
Un énoncé performatif, par le seul fait de son énonciation, permet d'accomplir l'action concernée : il suffit à un président de séance de dire « Je déclare la séance ouverte » pour ouvrir effectivement la séance. L'énoncé performatif s'oppose donc à l'énoncé constatif qui décrit simplement une action dont l'exécution est, par ailleurs, indépendante de l'énonciation : dire « J'ouvre la fenêtre » ne réalise pas, ipso facto, l'ouverture de la fenêtre, mais décrit une action.
(J'ai Graissé.)
https://www.universalis.fr/encyclopedie/actes-de-langage/#i_36492
Exemples d'énoncés performatifs : " Je jure de dire la vérité" ; "Je te baptise" ; "Je parie sur ce cheval" ; "Je vous déclare unis par les liens du mariage". "Je te promets de venir".
Ex. d'énoncés constatifs : "Il fait beau" ; "Je ferme la porte".
Comme l'a évoqué Gargantua, les énoncés constatifs peuvent recevoir une valeur de vérité ou de fausseté, contrairement aux énoncés performatifs.
Il faut savoir que les limites de la distinction ont amené John Austin, souvent considéré comme le créateur de celle-ci, à l'abandonner.
Ajout : écrit avant d'avoir lu le message de Jehan.
Je vous remercie beaucoup tous les trois. Nous allons étudier vos réponses avec application, ce qui devrait nous permettre de mieux cerner ces notions. 🙂
Je rajoute (quelques jours après) : j'ai, je pense, pour part bien compris la notion.
Et grâce à vos explications, notre sociologue en herbe semble aussi bien intégré tout ça.
Merci encore.
Jehan,
S'il te plaît, aurais-tu un lien pour la grammaire Riegel à laquelle tu fais allusion ? Il ne me semble pas que mon bon vieux lien
https://www.lexilogos.com/francais_langue_dictionnaires.htm m'y amène.
Merci. 🙂
J'ai bien peur qu'elle n'existe pas en ligne…
Mais elle est facilement trouvable en livre.
Par exemple :
https://livre.fnac.com/a9279170/Martin-Riegel-Grammaire-methodique-du-francaisFreddy, tu es bien inspiré de vouloir utiliser le "Riegel"… (Pour Jehan et moi, il s'agit d'une des deux meilleures grammaires actuelles.)
Lexilogos donne bien un lien, vers l'édition de 2009.
Autant / Au temps / OTAN / Ô, temps / pour moi : je n'avais pas fait le lien entre « Grammaire méthodique du français » et Riegel…
Comme le dit Michel Serres dans Petite Poucette, à l'avenir l'important sera de savoir trouver la bonne source de savoir parmi toutes celles qui nous sont accessibles.
Merci, Jehan. 🙂
Par ex., avant l'existence d'une banque de données somme Légifrance, il fallait souvent des heures pour trouver la jurisprudence permettant de résoudre tel problème juridique ou contentieux. Désormais, quelques secondes ou, tout au plus minutes, suffisent.
C'est pourquoi je dis parfois, ici ou ailleurs, qu'être compétent en droit, ce n'est plus posséder une foule de connaissances juridiques mais avoir une bonne capacité à l'analyse et au raisonnement juridiques.
…mais avoir une bonne capacité à l'analyse et au raisonnement juridiques.
Mais il me semble que cela a toujours été ainsi.
Oui, en écrivant cela, j'ai voulu mettre l'accent sur ce qui est le plus important depuis que l'on peut trouver rapidement et à coup sûr la solution d'une question juridique sur Internet, singulièrement sur le site officiel Légifrance. La possession des connaissances juridiques est passée au second plan.
Intéressant, mais je n'ai pas trop compris le rapport avec les verbes performatifs et constatifs…