Lecture d’œuvres intégrales en latin / grec

Langues anciennes

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,

Cette question s'adresse aux latinistes et hellénistes confirmés, notamment et surtout les professeurs de lettres classiques ou étudiants arrivant au terme de leurs études.

J'ai fait du latin pendant mes trois années de lycée (je suis désormais en L3 droit, donc ça date) et je me demandais si les latinistes et hellénistes confirmés lisaient régulièrement des œuvres intégrales en latin/grec ancien.

De cette question principale en découlent plusieurs autres.
- Pouvez-vous lire une œuvre intégrale en latin/grec avec la même aisance que vous lisez en français ou dans une autre langue vivante ?
- Combien d'années vous ont-elles été nécessaires pour être capable de lire une oeuvre intégrale en latin/grec ?
- Quelle différence entre lire une œuvre intégrale en latin/grec et lire sa traduction ?
- Préférez-vous lire une œuvre intégrale (classique) en latin/grec ou en français ?

Mes questions peuvent paraître peu pertinentes, mais elles me taraudent depuis un petit bout de temps, et puis on ne rencontre pas des latinistes et hellénistes confirmés à chaque coin de rue.
Bonsoir,

Je ne pense pas être un latiniste "confirmé", mais au moins : un passionné. Je ne suis pas du métier, mais j'ai fait 6 de latin à l'école puis ai parcouru une première fois la méthode Assimil et n'ai trouvé que ces dernières années des groupes de conversation latine, dont l'un utilise l'excellente méthode Ørberg (lingua latina per se illustrata).

Lire une œuvre en latin avec la même aisance qu'en français est un objectif évident. J'ai eu la surprise agréable d'y arriver avec la Bible (Vulgate) ; pour Cicéron, c'est un peu plus difficile, mais cela commence à venir. J'aime réciter des vers de Catulle et j'envisage de lire saint Augustin.

- Le nombre d'années nécessaires dépend de l'efficacité des méthodes utilisées, et de la (mal)chance qu'on a eue. la vieille méthode basée sur la traduction, avec force versions et thèmes, est manifestement peu efficace. Vous aurez ici des témoignages sur la méthode du "petit latin" qui consiste à lire le texte original en s'aidant de la traduction associée, dans un édition bilingue : le résultat semble assez rapide.
- Le texte lu dans sa langue originale ou dans sa traduction n'a pas le même "goût". On perd des nuances et l'on est tributaire des erreurs du traducteur.
- Oui, je préfère lire une œuvre intégrale en latin. Et si c'est souvent trop difficile, je recours au dictionnaire et à la méthode du "petit latin" que j'ai découverte ici.
En 6 ans, vous avez l'air d'avoir atteint un très bon niveau, je vous envie. Moi qui ai fait 3 ans de latin, et qui aimais cela, j'avais un niveau plutôt moyen.

C'est une bonne idée de vous être exercé en lisant la Vulgate surtout si vous avez lu la Bible en français. En effet, il est très profitable, dans le cadre de l'apprentissage d'une langue, de lire d'abord le texte traduit puis le texte original.
Je n'ai jamais été initiée à une autre méthode d'apprentissage du latin que la version, mais la méthode que vous proposez a l'air très intéressante.

Le fait de pouvoir lire des oeuvres intégrales en espagnol m'a récemment donné envie de me remettre au latin. Je me dis qu'avec le recul je pourrais la réapprendre avec plus de facilités, malgré le fait que ma grammaire et ma conjugaison soient rouillées. Cela dit je n'ai pas le temps pour ça.

Concernant le grec, je n'ai jamais eu l'occasion de l'étudier mais j'imagine que ce doit être encore plus dur de lire une oeuvre intégrale en grec classique qu'en latin.
Pas nécessairement. Personnellement, j'ai toujours trouvé le grec plus facile à lire, et aussi à traduire. Mais il faut s'entraîner par des voies que ne donne guère l'école…
Ah. Puis-je en savoir plus sur ces fameuses voies dont l'école républicaine nous prive ? 🙂 (vraiment ça m'intéresse).
Non, elle ne nous en prive pas puisque la pédagogie moderne des langues anciennes recommande l'accès à la lecture de textes authentiques le plus tôt possible.

Mais entre le dire et le faire…

Vous pensez bien qu'il est beaucoup plus facile pour de nombreux profs de faire une belle leçon en trois points sur les catégories de la troisième déclinaison, avec doctes explications au tableau noir (blanc de nos jours, il faut bien évoluer) et tableaux multicolores (aujourd'hui tableaux-tout-faits-qu'on-trouve-sur-Internet-et-qu'on-projette), le tout complété par des "exercices d'application" savamment dosés, thème et version, avec, à la fin de l'heure, deux lignes de "latin authentique" péniblement déchiffrés et tendant à faire croire que les auteurs n'ont écrit que dans le but d'illustrer les règles de grammaire.

Ça, c'est la sécurité (sauf le jour d'une inspection car les IPR-IA, fort heureusement, ont évolué).

L'insécurité, pour les fanatiques de la classe avez-vous-des-questions-à-poser-non-tout-est-compris-alors-leçon-et-exercice-tant-page-tant-pour-lundi, c'est le TEXTE et son SENS, j'allais presque dire le VERBE.

Le texte à faire lire (c'est à dire à faire déchiffrer et comprendre) PAR LES ÉLÈVES et non, comme cela se fait parfois au lycée, intégralement traduit par le prof, l'élève prenant des notes et tentant - dans le meilleur des cas - de les digérer en se faisant aider s'ils en ont la possibilité (bon Dieu, six à sept heures de cours quotidiens, ça ne suffit donc pas ?), les flottements, les erreurs, le casse-tête parfois (re-bon Dieu, mais les latins, comment faisaient-ils pour se comprendre ?), l'incertain, le temps perdu (croit-on, et tout le mal vient de là…), l'aide à donner en classe (vous vous rendez compte de l'indécence qu'il y a à s'approcher de l'élève ???), la difficulté de communication qui se pose aussitôt (eh oui, il ne faut pas qu'exposer, il faut aussi se faire comprendre et comprendre nous-mêmes ce qui bloque la compréhension, et que nous n'aurions parfois jamais supposé)…

J'arrête.

Ne vous attendez pas à la révélation du siècle.

En Troisième, en grec, j'ai tout simplement "réinventé" le petit grec, méthode bien vite appliquée au "petit latin" à partir de fascicules bleus ou verts achetés bien sûr à l'insu du prof (car lui seul y avait droit, vous pensez bien, et heureusement qu'il les avait d'ailleurs…). J'avais du mal à me les procurer à la librairie parce qu'on m'avait fait comprendre que c'était "pour les profs", justement. Ensuite, j'ai pu retirer des Budé à la bibliothèque municipale.

Et j'ai toujours fait cela car je m'étais juré que je lirais le grec et le latin exactement comme si c'étaient des langues vivantes.

Ç'a été chose faite à peu près au terme de mes études en fac.

Un lieu magique car je pouvais y faire à peu près ce que je voulais.

La grammaire, je l'ai potassée par la suite, je n'ai jamais dit qu'elle était inutile.