Adrien Barrot, L’enseignement mis à mort - On s’ingénie à brouiller les pistes…

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir, voici un texte avec des questions. J'ai essayé de répondre, merci de me corriger si je me trompe:
On s’ingénie à brouiller les pistes en nous répétant jusqu’à la nausée que les élèves ont changé, et qu’il importe d’inscrire enfin cette évidence dans la norme, dans le droit de l’école, dans le contenu et dans la forme de ses enseignements. Mais c’est une lamentable imposture. Car ce que veut un élève en tant qu’élève, c’est précisément écouter un professeur, entendre et recevoir un enseignement digne de ce nom. Que chacun d’entre nous replonge dans ses propres souvenirs de l’enseignement, qu’il les interroge, qu’il cherche, si c’est nécessaire, et il verra que les moments les plus lumineux de ces années sont où, ayant devant soi un professeur, il a su ce que c’était que d’être élève, d’être libéré de son bavardage, de ne pas vouloir autre chose qu’écouter, entendre et recevoir un enseignement. Il est donc certain que quelque chose a changé. Ce qui a changé, c’est qu’il n’y a tout simplement plus d’élèves. Voici donc une amère vérité qu’il nous faut affronter : ceux que nous avons devant nous ne sont plus des élèves. De sorte que j’ai envie de dire : comment ce changement s’est-il fait ? Il n’est pas tout à fait impossible de le comprendre. Qu’est-ce qui peut aujourd’hui le faire passer pour légitime ? Je crois pouvoir répondre à cette question
Partons de la situation présente : il n’y a plus d’élèves. Pour commencer, c’est seulement si l’on ose comprendre et reconnaitre cela ; que l’on comprend en même temps pourquoi la question de leur niveau n’est pas la vraie question. Ah ! La question du niveau des élèves, de ce niveau qui baisse, qui ne cesse de baisser, la controverse du niveau, l’éternelle querelle du niveau, nous allons pouvoir lui régler con compte. Et d’abord, bien entendu, il est vrai, il est évident, que le niveau baisse. Il faut ne pas avoir mis les pieds depuis trente ans dans un collège ou dans un lycée, et même dans un « bon » collège ou dans un « bon » lycée, il faut être resté confiné aux seules statistiques de son laboratoire de recherche, il faut avoir troqué cette amorce de raison qu’est le simple bon sens contre une intelligence artificielle, pour affirmer et prétendre démontrer le contraire. Bien sur que le niveau baisse. Et pourtant, ce n’est pas le problème. Car on peut toujours apprendre quelque chose à un élève en tant que tel, quel que soit son niveau, pourvu qu’on ait pris la peine et le soin de faire de lui un élève. Or, si le niveau de ceux à qui nous n’arrivons plus à enseigner est devenu ce qu’il est, c’est-à-dire une absence de niveau, c’est parce qu’ils ont été empêché de devenir des élèves et qu’on leur a, par là même, ôté toute possibilité d’élever leur niveau ; parce qu’on leur a interdit, tout simplement, de s’élever. Voilà pourquoi ils n’écoutent plus. Ecouter un enseignement, voilà ce que ne veulent plus, non pas les élèves, mais ceux qui ont été empêché de l’être. Leur inattention, qu’on voudrait nous faire prendre pour l’effet résultant d’une libération volontaire, n’est donc que le résultat désolant de la mutilation dont ils ont été les victimes.
Ecrasants, les programmes ? Trop chargés, les emplois du temps ? Ces questions se posent bien sur, mais à condition que l’on ait d’abord pris conscience d’une chose : la déscolarisation de l’institution en est arrivée à un point tel que l’école est aujourd’hui un lieu où il est légitime de tout faire, du sport, des échecs, de l’information, du théâtre, du chant, de la danse, tout ce qu’on veut, sauf s’asseoir derrière une table, et d’écouter un cours. Une enquête précise le montrerait aisément : la prolifération démesurée des enseignements dits « optionnels » a joué un rôle préparatoire dans la déscolarisation.
Adrien Barrot, L’enseignement mis à mort, essai, Flammarion, Paris, 2000.
I-Questions de compréhension et d’analyse
1- Reformulez chacune des deux thèses qui s’affrontent dans ce texte.
2-Par quels procédés le locuteur implique-t-il le destinataire ? Relevez en trois de nature différente et justifiez leurs valeurs d’emploi.
3-Indiquez la tonalité du texte et justifiez votre réponse.
4-Etudiez le mode de raisonnement contenu dans le passage « Ecrasants…écouter un cours » (lignes 38-42)

Mes réponses sont les suivantes:

1- *La thèse adverse est : les élèves ont changé
*La thèse de l'auteur est : il n'y a plus d'élèves

2- Les procédés qui permettent à l'auteur d'impliquer le lecteur sont :
*L'indice d'énonciation à savoir le pronom personnel du pluriel "nous"
*l'impératif "partons"
*l'interjection "ah!" et les interrogations "Ecrasant, les programmes? Trop chargés, les emplois du temps?"

3- La tonalité du texte est satirique. Ce qui le prouve c'est :
*l'ironie "on s'ingénie à brouiller les pistes"
*le vocabulaire dépréciatif"nausée; lamentable; imposture"

4- Le mode de raisonnement contenu dans le passage indiqué est la concession que l'on peut reformuler ainsi : "certes, les programmes sont écrasants et les emplois du temps sont trop chargés, mais le problème essentiel est que l'école est le lieu de toutes les activités sauf celle de s'asseoir derrière une table et d'écouter un cours".

Merci de me corriger et d'apporter des ajouts.
Bonsoir,

*La thèse de l'auteur est : il n'y a plus d'élèves"
Formulation trop abrupte.
Les élèves ne sont plus considérés comme tels (ou comme des élèves).

Le registre principal me paraît être polémique plus que satirique.

A toi de reconsidérer les indices…

Pour 4, je pencherais plutôt pour le raisonnement par l'absurde, dans sa forme d'apagogie négative. Ici l'auteur se contente de faire ressortir les conséquences funestes ou antiproductives des errances de l'Education nationale.
Merci Jean-Luc

Oui, je trouve qu'il s'agit de la tonalité polémique vu que l'auteur parle sur un ton vif et agressif, surtout au début du texte, et je pense qu'il n'y a pas d'ironie dans la phrase qui ouvre le texte, c'est plutot une dénonciation directe des partisans de la thèse adverse.

Quand à la question 4, j'ai du mal à comprendre ce que c'est qu'un raisonnement par l'absurde. Voici ce que j'ai trouvé sur wikipédia:

Le raisonnement par l'absurde (du latin reductio ad absurdum) ou apagogie (du grec ancien apagôgê ) est une forme de raisonnement logique, philosophique, scientifique consistant soit à démontrer la vérité d'une proposition en prouvant l'absurdité de la proposition contraire, soit à montrer la fausseté d'une autre proposition en en déduisant logiquement des conséquences absurdes.

Si j'applique cela au dernier paragraphe du texte, j'arrive à cela : pour démontrer la fausseté des contre arguments "les programmes écrasants et les emplois du temps trop chargés", il … et franchement là, je me perds
Ce ne sont pas les programmes qui sont écrasants et cause de la baisse du niveau scolaire.
Ils ne sont que la conséquence de la "déscolarisation de l'institution".
L'auteur entend ainsi démontrer qu'on se trompe de combat en s'occupant des conséquences plutôt que de la cause.
Merci Jean-Luc, maintenant je vois plus clairement le propos.

C'est gentil de ta part