J‘ai une question à poser à nos linguistes et grammairiens concernant la nomenclature des adjectifs (d‘après le classement de D. Slakta dans „Sémiologie et grammaire de texte“)
Dans II. Les pseudo-adjectifs propres (PAP) (adjectifs de relation)
Il écrit:
- les PAP n’autorisent ni la fonction attribut, ni la spécification par un degré, ni la coordination avec un adjectif qualificatif , ni la reprise par un pronom anaphorique. C‘est compris, mais dans
III. Les pseudo-adjectifs (PA)
Il écrit:
- contrairement aux PAP, les PA n’introduisent aucun rôle sémantique ; valeur de sous-catégorisation (cf. Bartning), valeur typologisante (cf. Gross ; désignent une spécification dans le cadre d’une typologie ; ex. conseil municipal/régional/général, cavité buccale/nasale…), espèces d’étiquettes ; les PA identifient un sous-ensemble au moyen d’une dénomination conventionnelle, ils ont tendance à former un nom composé avec le nom qui les précède.
Exemple pour un PAP
élection présidentielle, analyse microscopique,
Exemple pour un PA
système solaire, système nerveux
Autant que je puisse en juger ces derniers exemples sont aussi des PAP. Mais pour Slakta ils n‘introduisent aucun rôle sémantique. J‘ai du mal à comprendre. Vous pouvez m‘aider?
Je connais les pseudo-adjectifs (PA), qu'on appelle plutôt actuellement les adjectifs relationnels (ou adjectifs de relation). Je ne connais pas les pseudo-adjectifs propres (PAP).
Le PA pris dans ce sens ne qualifie pas mais apporte plutôt une sous-catégorisation. Celle-ci peut être stable (le PA peut être alors considéré comme une sorte de nom composé) ou éphémère.
Ex. de PA "stable" : sociale dans la sécurité sociale. Ex. de PA "éphémère" : sociale dans La fracture sociale (chère à qui vous savez).
Dans le 1er cas, le syntagme, lexicalisé, ne peut pas subir de modification sans perdre son sens habituel : La sécurité de la société n'est pas la sécurité sociale.
Dans le second, on peut paraphraser la fracture sociale en la fracture de la société en utilisant le nom à l'origine de l'adjectif (société ==> sociale) et en conservant le sens.
"Vos" ex. se classeraient ainsi (je n'en reprends que certains) :
Election présidentielle ==> élection du président (de la République, si vous voulez).==> PA "éphémère". Conseil régional ==> conseil de la région ==> PA "éphémère".
Système solaire : on ne peut pas dire système du Soleil. ==> PA "stable".
Bref, personnellement, j'ignore la distinction que ferait D. Slakta. Je ne connais que celle indiquée supra. En tout état de cause, il paraît difficile de considérer que solaire et nerveux ne jouent pas de rôle sémantique dans les ex. de PA que vous donnez vers la fin de votre message.
il paraît difficile de considérer que solaire et nerveux ne jouent pas de rôle sémantique dans les ex. de PA que vous donnez
C'est exactement ce que je pensais. merci pour votre réponse.
Je ne connais pas cet auteur, il m’est donc difficile sans davantage d’éléments que ceux que tu fournis ici d’être absolument affirmatif, mais a priori par rôle sémantique, il faut comprendre
ceci.
Par conséquent, selon la typologie de Slakta, les PA ne peuvent être du type : eau potable (qui peut être bue = patient), soleil couchant (qui se couche = agent), abîme vertigineux (qui donne le vertige = cause), médicament anti-viral (qui combat les virus = instrument), etc.
(A priori ne sont concernés que les adjectifs déverbaux.)
Je ne suis pas du tout certain que
rôle sémantique soit employé
par Denis Slakta au sens indiqué par article de
Wikipédia auquel vous renvoyez et selon lequel :
En linguistique, le rôle sémantique sert à décrire le sens qui s'attache à un groupe nominal par rapport au procès [action, état, etc.] exprimé par le verbe au sein d'une phrase.
En fait, nous sommes en pleine incertitude terminologique*, qui ne pourrait être levée qu'en consultant :
Denis SLAKTA (1980).
Sémiologie et grammaire de texte. Pour une théorie des pratiques discursives, 2 tomes. Paris X-Nanterre, 726 pages.
Malheureusement, je n'ai pas trouvé cette thèse d'Etat.
* Michel Roché (
Comment les adjectifs sont sémantiquement construits) écrit :
On est donc en pleine confusion. Confusion terminologique, d’abord :
comme nous venons de le voir, l’étiquette « adjectif de relation », ou « relationnel » est aussi peu adaptée que « pseudo-adjectif » et source de malentendus (il vaudrait mieux dire « non prédicatif », par exemple).
https://w3.erss.univ-tlse2.fr/publications/CDG/30/CG30-27-Roche.pdfPour information, je reproduis ci-après le passage d'un ouvrage dans lequel se situe la typologie (PA, PAP, etc. ) de D. Flakta :
3.2 Tomates farcies et crèmes glacées
Il reste à traiter des cas qui ne sont compatibles, ni avec « complètement », ni avec « très ».
On ne pourra jamais dire d’une « tomate farcie » qu’elle est « très farcie » ni même
« complètement farcie ». Il nous a semblé intéressant ici de rapprocher cette observation destravaux de Slakta ou Milner sur les adjectifs.
Ces auteurs font remarquer que des unités traditionnellement identifiées sous la même étiquette d’ « adjectifs » présentent des comportements morpho-syntaxiques très différents.
Ainsi Slakta propose de distinguer les véritables adjectifs (un enfant timide) de trois autres types : les pseudo-adjectifs (le couscous royal), les pseudo-adjectifs propres (le discours présidentiel) et les adjectifs modaux (mon ancien mari). Seuls les ‘véritables adjectifs acceptent de se combiner avec le morphème « très ».
Selon nous, les unités du type « tomate farcie » se comportent comme les pseudo-adjectifs de la typologie de Slakta. On assiste à un figement lexical, le participe passé se densifie au contact du nom jusqu’à former avec lui un « agrégat sémantique ». Les deux unités lexicales n’ont plus de signification indépendamment l’une de l’autre, parce qu’elles construisent un nouveau référent.
https://hal.inria.fr/file/index/docid/311403/filename/Faille_dans_la_dichotomie_espace_temps_3.pdfJe vous propose de jeter un œil au paragraphe intitulé « relation actancielle », page 382 de l’article de Michel Roché que vous avez cité et mis en lien.