Pour ce qui est du Master de philo à distance de Nanterre, j'ai, en fait, lu le livret pédagogique en ligne et constaté que la présentation des modules était indigeste alors j'en ai déduit que le contenu allait nécessairement l'être mais je peux me tromper.
Il ne faut pas s'y fier, la qualité d'organisation/d'administration et la qualité des cours c'est deux choses différentes. L'administration fait de son mieux à Nanterre, mais là bas comme ailleurs on leur coupe des fonds tous les ans tout en exigeant plus de résultats. Et j'imagine qu'après ça on va nous dire que décidément ces universités ça coûte cher à l'état et ça fonctionne mal, que tout le monde se plaint et que finalement on ferait bien d'ouvrir à la concurrence privée parce que c'est plus efficace… Dans 5 à 10 ans on se retrouvera avec un système à l'américaine où tu dois t'endetter sur 40 ans pour financer tes études, mais au moins on aura "soulagé" des "dépenses" sur le budget de l'état, donc ça aura libéré de la marge pour rembourser perpétuellement les intérêts d'une dette insolvable et largement illégitime. Du coup oui, si tu te fies aux livrets ça donne pas forcément envie, mais les profs continuent de faire leur taff.
Tu me rassures lorsque tu me dis qu'on retombe quand même sur nos pieds et qu'on peut aussi tomber sur des profs (en plus de nos pieds) qui savent transmettre.
C'est comme partout, il y en a des bons et des moins bons. Mais c'est beaucoup une question d'affinité aussi je pense, parfois un même prof va sembler très clair à un élève, pas du tout à un autre. Dans l'ensemble j'ai trouvé que les cours sont inutilement longs et pourraient au moins être divisés par 3 en longueur s'ils étaient mieux rédigés, mais c'est sans doutes parce que quand ça n'avance pas vite je m'ennuis et je décroche donc ça vient plus de moi que des profs. Pour te donner une idée je suis incapable de suivre un séminaire si j'ai pas un jeu de solitaire à coté et en lecture accélérée. Ca peut paraître absurde, mais sans ça je m'ennuis, je perds patience, je m'énerve et j'arrive au bout du cours complètement épuisé ; avec le solitaire et la lecture accélérée je m'occupe mécaniquement une partie de l'esprit et j'écoute le cours, dès qu'il y a un truc à noter je switch sur mon document texte prendre des notes puis je reviens sur le solitaire, résultat j'arrive à suivre bien plus facilement et j'ai même des notes plus complètes et plus claires que quand j'essaye d'écouter le cours directement. Donc voilà, mon avis c'est qu'un cours de 2h si on voulait on le résumerait efficacement sur 15 à 30 minutes, mais c'est probable que ça vienne de moi et pas des cours eux-mêmes.
Est-ce qu'il faut nécessairement lire toute la bibliographie ou pas ?
Personne ne lit la bibliographie. C'est une sorte de mythe, le prof dit "
c'est très important d'avoir lu ce livre là, ce livre là, ce livre là et ce livre là", tout le monde fait un signe de la tête comme pour dire "
bien sûr, il est évident que ces lectures sont indispensables" et puis à la fin du semestre personne ne les a lu, le prof s'étonne que ça soit le cas, les élèves donnent tous des excuses du type "
j'ai eu beaucoup de travail à coté des études". La tradition consiste à faire comme si de rien n'était année après année dans les deux camps. La réalité c'est que quand t'as 7 cours de philo sur un semestre et que chaque prof te donne 4 bouquins "indispensables" à lire et bah ça te fait 28 bouquins à lire par semestre en plus des 700 à 1000 page de cours. C'est absurde tout simplement. Personne ne les lit, les profs les moins cons donnent des extraits de texte dans les cours comme ça ils sont sur qu'on a lu au moins les passages concernés mais les bouquins qu'on lit c'est ceux qui nous intéressent relativement à nos projets de mémoire, c'est tout.
Ton sujet de mémoire rentre dans quelle catégorie de philo ?
Philosophie de la morale.
En gros ça va consister à partir de "
la libération animale" de Peter Singer, voir ce qu'il proposait dans quel contexte et avec quels objectifs ; voir comment ça a été reçu et réapproprié dans le public (j'ai été obligé de lire "
Antispéciste" d'Aymeric Caron pour ça, sois témoin de mon sacrifice), comment on y retrouve exacerbé des incohérences qui étaient déjà latentes dans l'oeuvre de Singer ; développer une analyse assez globale de l'éthique animale en comparant les approches utilitaristes (Singer) et déontologistes (Regan) ; et à partir de tout ça essayer de reformuler une éthique animale utilitariste qui corrige les défauts de l'oeuvre de Singer (qui selon moi n'est pas parvenu à aller jusqu'au bout de sa logique utilitariste et en arrive à proposer une éthique animale presque indiscernable d'une éthique déontologiste).
Donc j'essaye de reformuler ça de sorte à ce que ça reste sur les rails de l'utilitarisme d'un bout à l'autre, parce que si on essaye de penser l'éthique animale sur une base déontologiste on arrive à ce que j'appelle le paradoxe de la prédation : faut-il sauver le lapin en vertu de son droit à vivre et ne pas être tué ; ou bien le sacrifier en vertu du droit du loup à s'alimenter pour ne pas mourir ? Le fait qu'on soit obligé de tolérer a minima la prédation dans la nature démontre qu'on ne peut pas penser un droit des animaux qui serait inhérent (un animal aurait le droit de vivre parce qu'il est un être sentient) il faut nécessairement formuler l'éthique animale de manière utilitariste (quel traitement des animaux nous, humains, considérons digne de notre éthique au 21ème siècle ?).