La prononciation arbitraire (?) de in- et im-

Langue française

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ValserLesLunes a écrit :En vérité le raisonnement de Martinon, quoique daté, me paraît assez conclusif. Et si des Français d’aujourd’hui peuvent encore prononcer les trois mots indiqués sans se faire remarquer, je ne vois pas pourquoi je ne ferais de même, avec plus de raison encore si les ouvrages de référence auxquels tu fais allusion datent de notre siècle.
Personnellement je n’ai jamais entendu ces mots être prononcé sans nasalisation du in- :/
lamaneur a écrit :La référence citée par ebichu est intéressante mais un peu trompeuse : elle montre l'ancienneté du phénomène qui fait coexister la forme "régulière" avec assimilation à la forme "irrégulière", mais ces deux formes n'etaient pas sur le même plan ; pendant longtemps, seules les formes régulières avaient droit de cité, les formes irrégulières apparaissaient ponctuellement mais ne se conservaient pas ; aujourd'hui il en va autrement, l'assimilation n'est plus du tout un phénomène naturel ; elle se conserve -- et encore, difficilement parfois -- dans les formes anciennes et figées de mots mais elle ne se fait pas facilement dans les créations de mots, et la langue moderne s'est habituée à avoir deux séries de préfixes.
Depuis que ce préfixe in- est nasalisé l’assimilation n’est plus vraiment "naturelle" !
Je ne vois pas ce qu’il y a d’un peu trompeur dans ce document ? Il indique bien que les formes latinisantes et non latinisantes n’étaient pas sur le même plan. Que les lettrés aient eu une nette préférence pour la forme latinisante ne veut pas dire qu’il n’y avait qu’1 règle.
Pendant un long moment, la forme non latinisante inlisible faisait même partie du bon langage (présent dans la 5e et la 6e édition du dico de l’académie et dans le Littré).
Pour y voir un peu plus clair, il faut faire appel à la diachronie. En gros, l'assimilation im-, il-, ir- s'est faite au niveau du latin et a été importée telle quelle en moyen français dans des formations dites semi-savantes (ex : impossible, irreguler, illegal)
En revanche, dans les formations récentes, comme les antonymes des adjectifs en -able que vous citez, on ne fait pas l'assimilation.
Les exemples qu'on a en AF de préfixes non assimilés témoignent d'une réaction savante comparable à celle de certains écrivains (ou certains scribes) qui écrivent inlustris à côté de illustris, par exemple.
Trouver une "règle" en rapport avec le point de vue synchronique est de ce fait est très malaisé.
ebichu a écrit :Pendant un long moment, la forme non latinisante inlisible faisait même partie du bon langage (présent dans la 5e et la 6e édition du dico de l’académie et dans le Littré).
Il faisait partie du langage, pas forcément du bon langage (dont la définition reste d'ailleurs à donner). Mais comme l'écrit Féraud dans son dictionnaire en 1787 :
INLISIBLE, adj. Qu' on ne peut lire. On troûve ce mot dans l' Hist. de Russie par Voltaire. "Sa main (de Pierre le Grand) ne forma que des caractères inlisibles. _ Il est contre l' analogie de la Langue. Devant les mots, qui comencent par une l, l' n de la particule in se change en l: illégal, illégitime, etc. Il faut donc dire illisible: mais celui-ci aura de la peine à être admis.
et Littré note :
Les grammairiens ont cherché à établir des différences entre inlisible et illisible, mais l'usage n'en a fait aucune ; seulement, aujourd'hui, inlisible est bien moins usuel qu'illisible.