Voilà une question qui me tracasse depuis quelque temps et à laquelle je n’ai pas pu trouver de réponse jusqu’à maintenant :
Pourquoi parfois on prononce le in- au commencement de mot comme [in], comme dans inanimé [inanime], mais autrefois comme [ɛ͂], comme dans investigateur [ɛ͂vɛstigatœʀ] ?
Et pouquoi parfons on prononce le im- au commencement de mot comme [im], comme dans immonde [i(m)mɔ͂d] (passons sur le fait que le m soit facultatif selon la région), mais autrefois également [ɛ͂], comme dans impossible [ɛ͂pɔsibl] ?
Évidemment ça n’a rien a voir avec si c’est une vocale ou une consonne qui vient après le préfixe ; chez inanime c’est une vocale, chez immonde une consonne…
J'espère vivement qu'il y a une règle !
Tu devrais te renseigner sur la notion de transparence orthographique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Transparence_orthographique
(… À l’inverse, le français est moyennement transparent : un même phonème, par exemple o peut s’écrire avec de multiples graphies (o, au, eau, ot, etc.) et il existe de nombreux cas de lettres muettes.
Enfin l’anglais est considéré comme très peu transparent ou orthographiquement opaque car la correspondance entre phonèmes et graphèmes est très variable (ainsi la suite de lettres ough peut se prononcer d’une dizaine de façon différentes).
https://www.tompousse.fr/100idees/archives/2730Oh, je suis bien conscient de ce que tu as écrit (rappelons-nous la prononciation tout à fait intéressante de gageure en comparaison avec nageur etc, etc….), et également des relations encore plus multiples entre phonème et graphème dans l’anglais.
Mais ce que tu viens d’écrire se résume à ceci : Oui, c’est arbitraire, il faut apprendre par cœur !
J’espère que quelqu’un connaisse une règle pour le cas que je viens de signaler.
ValserLesLunes a écrit :Pourquoi parfois on prononce le in- au commencement de mot comme [in], comme dans inanimé [inanime], mais autrefois comme [ɛ͂], comme dans investigateur [ɛ͂vɛstigatœʀ] ?
Et pouquoi parfons on prononce le im- au commencement de mot comme [im], comme dans immonde [i(m)mɔ͂d] (passons sur le fait que le m soit facultatif selon la région), mais autrefois également [ɛ͂], comme dans impossible [ɛ͂pɔsibl] ?
Évidemment ça n’a rien a voir avec si c’est une vocale ou une consonne qui vient après le préfixe ; chez inanime c’est une vocale, chez immonde une consonne…
J'espère vivement qu'il y a une règle !
D'abord, si, précisément, ça a à voir avec les voyelles et les consonnes !
A priori, devant une voyelle, le préfixe se prononcera en continuité avec la voyelle et sera donc dénasalisé
(inanimé, inefficace, inapte, inorganisé, inutile), alors que devant une consonne ordinaire (autre que "l, m, r"), il sera nasalisé
(inconsolable, impossible, indéterminé, imbattable, intolérable, invalide).
Reste le cas des consonnes "l, m, r" qui entraînent une assimilation avec le préfixe et un redoublement de la consonne. Dans ce cas, il n'y a pas nasalisation :
illisible, illégal, immonde, immature, irrespirable, irrégulier.Bonjour,
Si je ne me trompe pas :
/ɛ̃/ lorsque in (m)- est suivi d'une consonne autre que h ou n ou m
=> invisible, infect , inconnu, indécent, impossible, impotent,…etc.
/in/ lorsqu'il est suivi d'une voyelle ou de h ou que le n (transformé en m devant un m) est doublé.
=> inactif, inhérent, inodore, innocent, immobile, immortel, …etc.
Je viens de voir ton message, Lamaneur.
Lamaneur et Laoshi, mille remerciements à vous !!
Vous avez tout à fait résolu ce problème fâcheux pour moi. 🙂
Eh bien tant mieux si c'est le cas. 🙂
Le im est cependant nasalisé dans immangeable, immanquable, immettable.
Oh, oh. Est-ce que ces trois mots sont les seules exceptions à la règle ou est-ce qu’ils te sont juste venus à l’esprit et il est possible qu’il y ait encore d’autres ? Et encore : c’est arbitraire, ou y a-t-il une règle derrière ?
Les choses ne sont pas toujours figées. Ainsi, je prononce pour ma part "immanquable" le plus souvent sans nasalisation, et je ne suis pas le seul : les deux prononciations sont généralement indiquées dans les ouvrages de référence.
Martinon ne comprenait d'ailleurs pas trop cette nasalisation intempestive, mais l'évolution de la langue semble lui avoir donné tort :
[lien invalide]/690864Capture.png[/img][lien invalide]/735491Capture1.png[/img]https://archive.org/stream/commentonprononc00mart#page/276/mode/2upLes références à Martinon, qui est né en 1859, ça ne nous rajeunit pas ! 😜
Quant à la prononciation d'
immangeable, le vieux Littré notait déjà l'évolution:
immangeable
(in-man-ja-bl'; l'Académie dit de prononcer i-mman-ja-bl'; mais la prononciation usuelle est in) adj.
Et il faisait la même remarque à propos d'
immanquable.
Franchement, je les avais oubliés, ceux-là !
Jehan a écrit :Les références à Martinon, qui est né en 1859, ça ne nous rajeunit pas ! 😜
Tu as raison, mais je fais partie des quelques dinosaures qui conservent (d'ailleurs pas toujours !) la prononciation ancienne !
ValserLesLunes a écrit :Pourquoi parfois on prononce le in- au commencement de mot comme [in], comme dans inanimé [inanime], mais autrefois comme [ɛ͂], comme dans investigateur [ɛ͂vɛstigatœʀ] ?
Et pouquoi parfons on prononce le im- au commencement de mot comme [im], comme dans immonde [i(m)mɔ͂d] (passons sur le fait que le m soit facultatif selon la région), mais autrefois également [ɛ͂], comme dans impossible [ɛ͂pɔsibl] ?
Il n’y a pas vraiment d’aléatoire ni de règle, mais plutôt 2 régularités et un peu d’histoire de la langue.
A l’origine ce préfixe
in- se prononçait /in/ et il très difficile de maintenir ce /n/ devant les consonnes /m/, /p , /b/, /r/, /l/, soit il se transforme en /m/ soit il disparait.
Puis on a nasalisé ce préfixe
in-, mais on a conservé la transformation phonétique /i/,/ir/ et /il/ et la graphie
im-.
On peut aussi noter que certains mots, comme
immonde, ne sont plus du tout analysés comme étant composé par ce préfixe négatif in+racine.
Oh, oh. Est-ce que ces trois mots sont les seules exceptions à la règle ou est-ce qu’ils te sont juste venus à l’esprit et il est possible qu’il y ait encore d’autres
Il y a aussi inratable 🙂
Il y a aussi inratable
Ce n'est pas une exception. Une véritable exception analogue à
immangeable mais concernant le préfixe
in-, ce serait un mot dans lequel ce préfixe
in- resterait nasal avant un n. Et à ma connaissance, il n'y en a pas. Par exemple, pas de préfixe nasalisé dans
innommable.
lamaneur a écrit :Les choses ne sont pas toujours figées. Ainsi, je prononce pour ma part "immanquable" le plus souvent sans nasalisation, et je ne suis pas le seul : les deux prononciations sont généralement indiquées dans les ouvrages de référence.
En vérité le raisonnement de Martinon, quoique daté, me paraît assez conclusif. Et si des Français d’aujourd’hui peuvent encore prononcer les trois mots indiqués sans se faire remarquer, je ne vois pas pourquoi je ne ferais de même, avec plus de raison encore si les ouvrages de référence auxquels tu fais allusion datent de notre siècle.
Du reste, merci
Jehan pour avoir approfondi encore le sujet, et merci
ebichu pour ton apport.
Si on pose comme faisant partie de la règle :
lamaneur a écrit :Reste le cas des consonnes "l, m, r" qui entraînent une assimilation avec le préfixe et un redoublement de la consonne. Dans ce cas, il n'y a pas nasalisation : illisible, illégal, immonde, immature, irrespirable, irrégulier.
alors
inratable est bien plus une exception que
immangeable.
Apparemment la coexistence des prononciations /in/ et /ɛ͂/ du préfixe négatif
in- ne date pas d’hier. Voir ceci :
https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/149726/filename/GalRom07BuchiTexte.pdf
(Dès le 13e siècle on peut retrouver par ex.
irreguler/ inreguler .)
alors inratable est bien plus une exception que immangeable
Au temps pour moi. Si l'on considère que la règle est la "dénasalisation" du préfixe avant l, r, m, je te concède qu'
inratable est également une exception, en plus d'
immangeable,
immanquable ou
immettable. On pourrait aussi rajouter
inracontable et
inlassable.
Absolument. Il y a, comme souvent en français, un certain nombre d'exceptions aux règles constatées plus haut et là référence citée par ebichu est intéressante. L'exception "inlassable" était d'ailleurs citée et déplorée par Martinon dans les pages que j'ai mentionnées ; il aurait préféré qu'on se contentât de "infatigable", mais en fait c'est surtout le succès de l'adverbe "inlassablement" qui a mis un point final à la discussion.
La référence citée par ebichu est intéressante mais un peu trompeuse : elle montre l'ancienneté du phénomène qui fait coexister la forme "régulière" avec assimilation à la forme "irrégulière", mais ces deux formes n'etaient pas sur le même plan ; pendant longtemps, seules les formes régulières avaient droit de cité, les formes irrégulières apparaissaient ponctuellement mais ne se conservaient pas ; aujourd'hui il en va autrement, l'assimilation n'est plus du tout un phénomène naturel ; elle se conserve -- et encore, difficilement parfois -- dans les formes anciennes et figées de mots mais elle ne se fait pas facilement dans les créations de mots, et la langue moderne s'est habituée à avoir deux séries de préfixes.