Benjamin Constant, Adolphe - Le mal du siècle

Entraide scolaire

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je travaille en ce moment sur Adolphe de Benjamin Constant.
Or je cherche un passage où on peut clairement voir qu'Adolphe fait une analyse personnelle de ses propres sentiments, de lui-même et où on peut voir qu'il incarne le "Mal du Siècle" à travers ses hésitations ou autre…
Aussi les quelques passages que j'ai pu relever sont au chapitre X
Le Moment où Adolphe voit Ellénore malade pour annoncer sa rupture (mais il hésite)
Ou
Le Moment où Adolphe entrevoit la peine que lui causera la mort d'Ellénore, où il pleure son souvenir sur les pierre, les arbres …

Avez vous de passages plus pertinents ou des chapitres à me proposer qui correspondraient à ce que je cherche ?

Sinon pouvez-vous m'aider à dégager clairement et précisément le Mal du Siècle et l'Analyse des sentiments personnels dans les passages cités + haut s'il vous plait ?

Merci

Voici les Textes :
"Son agitation devint extrême. Elle posa son front sur ma main ; il était brûlant ; une contraction terrible défigurait ses traits. — Au nom du ciel, m’écriai-je, chère Ellénore, écoutez-moi. Oui, je suis coupable : cette lettre… Elle frémit et voulut s’éloigner. Je la retins. Faible, tourmenté, continuai-je, j’ai pu céder un moment à une instance cruelle ; mais n’avez-vous pas vous-même mille preuves que je ne puis vouloir ce qui nous sépare ? J’ai été mécontent, malheureux, injuste ; peut-être, en luttant avec trop de violence contre une imagination rebelle, avez-vous donné de la force à des velléités passagères que je méprise aujourd’hui ; mais pouvez-vous douter de mon affection profonde ? nos âmes ne sont-elles pas enchaînées l’une à l’autre par mille liens que rien ne peut rompre ? tout le passé ne nous est-il pas commun ? pouvons-nous jeter un regard sur les trois années qui viennent de finir, sans nous retracer des impressions que nous avons partagées, des plaisirs que nous avons goûtés, des peines que nous avons supportées ensemble ? Ellénore, commençons en ce jour une nouvelle époque, rappelons les heures du bonheur et de l’amour. Elle me regarda quelque temps avec l’air du doute. — Votre père, reprit-elle enfin, vos devoirs, votre famille, ce qu’on attend de vous !… — Sans doute, répondis-je, une fois, un jour peut-être… Elle remarqua que j’hésitais. — Mon Dieu, s’écria-t-elle, pourquoi m’avait-il rendu l’espérance pour me la ravir aussitôt ! Adolphe, je vous remercie de vos efforts, ils m’ont fait du bien, d’autant plus de bien qu’ils ne vous coûteront, je l’espère, aucun sacrifice ; mais, je vous en conjure, ne parlons plus de l’avenir… Ne vous reprochez rien, quoi qu’il arrive. Vous avez été bon pour moi. J’ai voulu ce qui n’était pas possible. L’amour était toute ma vie : il ne pouvait être la vôtre. Soignez-moi maintenant quelques jours encore. Des larmes coulèrent abondamment de ses yeux ; sa respiration fut moins oppressée ; elle appuya sa tête sur mon épaule. — C’est ici, dit-elle, que j’ai toujours désiré mourir. Je la serrai contre mon cœur, j’abjurai de nouveau mes projets, je désavouai mes fureurs cruelles. — Non, reprit-elle, il faut que vous soyez libre et content. — Puis-je l’être si vous êtes malheureuse ? — Je ne serai pas longtemps malheureuse, vous n’aurez pas longtemps à me plaindre. — Je rejetai loin de moi des craintes que je voulais croire chimériques. — Non, non, cher Adolphe, me dit-elle, quand on a longtemps invoqué la mort, le ciel nous envoie à la fin je ne sais quel pressentiment infaillible qui nous avertit que notre prière est exaucée. — Je lui jurai de ne jamais la quitter. — Je l’ai toujours espéré, maintenant j’en suis sûre.


C’était une de ces journées d’hiver où le soleil semble éclairer tristement la campagne grisâtre, comme s’il regardait en pitié la terre qu’il a cessé de réchauffer. Ellénore me proposa de sortir. — Il fait bien froid, lui dis-je. — N’importe, je voudrais me promener avec vous. Elle prit mon bras ; nous marchâmes longtemps sans rien dire ; elle avançait avec peine, et se penchait sur moi presque tout entière. — Arrêtons-nous un instant. — Non, me répondit-elle, j’ai du plaisir à me sentir encore soutenue par vous. Nous retombâmes dans le silence. Le ciel était serein ; mais les arbres étaient sans feuilles ; aucun souffle n’agitait l’air, aucun oiseau ne le traversait : tout était immobile, et le seul bruit qui se fît entendre était celui de l’herbe glacée qui se brisait sous nos pas. — Comme tout est calme ! me dit Ellénore ; comme la nature se résigne ! Le cœur aussi ne doit-il pas apprendre à se résigner ? Elle s’assit sur une pierre ; tout à coup elle se mit à genoux, et, baissant la tête, elle l’appuya sur ses deux mains. J’entendis quelques mots prononcés à voix basse. Je m’aperçus qu’elle priait. Se relevant enfin : —
Rentrons, dit-elle, le froid m’a saisie. J’ai peur de me trouver mal. Ne me dites rien ; je ne suis pas en état de vous entendre."

"Je la vis de la sorte marcher par degrés à la destruction. Je vis se graver sur cette figure si noble et si expressive les signes avant-coureurs de la mort. Je vis, spectacle humiliant et déplorable, ce caractère énergique et fier recevoir de la souffrance physique mille impressions confuses et incohérentes, comme si, dans ces instants terribles, l’âme, froissée par le corps, se métamorphosait en tous sens pour se plier avec moins de peine à la dégradation des organes.

Un seul sentiment ne varia jamais dans le cœur d’Ellénore : ce fut sa tendresse pour moi. Sa faiblesse lui permettait rarement de me parler ; mais elle fixait sur moi ses yeux en silence, et il me semblait alors que ses regards me demandaient la vie que je ne pouvais plus lui donner. Je craignais de lui causer une émotion violente ; j’inventais des prétextes pour sortir : je parcourais au hasard tous les lieux où je m’étais trouvé avec elle ; j’arrosais de mes pleurs les pierres, le pied des arbres, tous les objets qui me retraçaient son souvenir.

Ce n’était pas les regrets de l’amour, c’était un sentiment plus sombre et plus triste ; l’amour s’identifie tellement à l’objet aimé que dans son désespoir même il y a quelque charme. Il lutte contre la réalité, contre la destinée ; l’ardeur de son désir le trompe sur ses forces, et l’exalte au milieu de sa douleur. La mienne était morne et solitaire ; je n’espérais point mourir avec Ellénore ; j’allais vivre sans elle dans ce désert du monde, que j’avais souhaité tant de fois de traverser indépendant. J’avais brisé l’être qui m’aimait ; j’avais brisé ce cœur, compagnon du mien, qui avait persisté à se dévouer à moi, dans sa tendresse infatigable ; déjà l’isolement m’atteignait. Ellénore respirait encore, mais je ne pouvais déjà plus lui confier mes pensées ; j’étais déjà seul sur la terre ; je ne vivais plus dans cette atmosphère d’amour qu’elle répandait autour de moi ; l’air que je respirais me paraissait plus rude, les visages des hommes que je rencontrais plus indifférents ; toute la nature semblait me dire que j’allais à jamais cesser d’être aimé"
Geminisirius
Bonjour,

La difficulté réside dans le fait qu'Adolphe ne souffre pas vraiment du "mal du siècle".

Regarde ce lien https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_(roman)

Le Mal du siècle est une insatisfaction maladive qui entraîne celui qu'elle affecte dans un état dépressif.
Adolphe est peut-être un jeune homme oisif et gâté qui souffre d'ennui, qui veut pimenter sa vie. Il est surtout, comme un héros racinien, partagé entre sa volonté, la conscience de ce qu'il faudrait faire et ses passions destructrices, aveuglantes.
Merci Jean-Luc pour votre réponse et cet éclaircissement sur le "Mal du Siècle". Problème je ne sais pas trop comment montrer que cette oeuvre est romantique. Vous citez Racine : là aussi se pose le même problème qu'avec Benjamin Constant car la présence d'une passion dévorante dans les oeuvres de ses deux auteurs ont des prédispositions romantiques mais Racine reste un auteur classique.
Est-ce aussi le cas pour Benjamin Constant ?
Dans ces cas là tout ce que je peux dire c'est que les oeuvres de Racine comme de Constant malgré leur forme classique, font apparaitre des germes du Romantisme (en préparation) qui se transcrivent par l'importance des pulsions passionnelles ??? o_O
(Après tout le talent des auteurs dépassent souvent les frontières des Mouvements Littéraires)

Est-ce que je dis n'importe quoi ou cela vous semble possible ?

Geminisirius
Bonsoir,

La question est donc de déterminer si le court roman Adolphe est une oeuvre préromantique.

La réponse est oui.

Comment le démontrer ?
Le personnage romantique n'est pas Adolphe, mais Ellénore.
- l'amour malheureux et fautif chez Ellénore comme dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau,
- le goût pour le pathétique, les larmes, le retour des sentiments,
- la solitude et la révolte chez elle, mais aussi la générosité, la sincérité,
- la force du destin,
- la passion conçue comme une valeur positive, (à la différence des considérations des moralistes classiques tels Racine qui y voient un danger peccamineux),
- la critique de l'ordre bourgeois mesquin,
- la dénonciation de l'hypocrisie sociale…