Bonjour,
Je travaille en ce moment sur Adolphe de Benjamin Constant.
Or je cherche un passage où on peut clairement voir qu'Adolphe fait une analyse personnelle de ses propres sentiments, de lui-même et où on peut voir qu'il incarne le "Mal du Siècle" à travers ses hésitations ou autre…
Aussi les quelques passages que j'ai pu relever sont au chapitre X
Le Moment où Adolphe voit Ellénore malade pour annoncer sa rupture (mais il hésite)
Ou
Le Moment où Adolphe entrevoit la peine que lui causera la mort d'Ellénore, où il pleure son souvenir sur les pierre, les arbres …
Avez vous de passages plus pertinents ou des chapitres à me proposer qui correspondraient à ce que je cherche ?
Sinon pouvez-vous m'aider à dégager clairement et précisément le Mal du Siècle et l'Analyse des sentiments personnels dans les passages cités + haut s'il vous plait ?
Merci
Voici les Textes :
Je travaille en ce moment sur Adolphe de Benjamin Constant.
Or je cherche un passage où on peut clairement voir qu'Adolphe fait une analyse personnelle de ses propres sentiments, de lui-même et où on peut voir qu'il incarne le "Mal du Siècle" à travers ses hésitations ou autre…
Aussi les quelques passages que j'ai pu relever sont au chapitre X
Le Moment où Adolphe voit Ellénore malade pour annoncer sa rupture (mais il hésite)
Ou
Le Moment où Adolphe entrevoit la peine que lui causera la mort d'Ellénore, où il pleure son souvenir sur les pierre, les arbres …
Avez vous de passages plus pertinents ou des chapitres à me proposer qui correspondraient à ce que je cherche ?
Sinon pouvez-vous m'aider à dégager clairement et précisément le Mal du Siècle et l'Analyse des sentiments personnels dans les passages cités + haut s'il vous plait ?
Merci
Voici les Textes :
"Son agitation devint extrême. Elle posa son front sur ma main ; il était brûlant ; une contraction terrible défigurait ses traits. — Au nom du ciel, m’écriai-je, chère Ellénore, écoutez-moi. Oui, je suis coupable : cette lettre… Elle frémit et voulut s’éloigner. Je la retins. Faible, tourmenté, continuai-je, j’ai pu céder un moment à une instance cruelle ; mais n’avez-vous pas vous-même mille preuves que je ne puis vouloir ce qui nous sépare ? J’ai été mécontent, malheureux, injuste ; peut-être, en luttant avec trop de violence contre une imagination rebelle, avez-vous donné de la force à des velléités passagères que je méprise aujourd’hui ; mais pouvez-vous douter de mon affection profonde ? nos âmes ne sont-elles pas enchaînées l’une à l’autre par mille liens que rien ne peut rompre ? tout le passé ne nous est-il pas commun ? pouvons-nous jeter un regard sur les trois années qui viennent de finir, sans nous retracer des impressions que nous avons partagées, des plaisirs que nous avons goûtés, des peines que nous avons supportées ensemble ? Ellénore, commençons en ce jour une nouvelle époque, rappelons les heures du bonheur et de l’amour. Elle me regarda quelque temps avec l’air du doute. — Votre père, reprit-elle enfin, vos devoirs, votre famille, ce qu’on attend de vous !… — Sans doute, répondis-je, une fois, un jour peut-être… Elle remarqua que j’hésitais. — Mon Dieu, s’écria-t-elle, pourquoi m’avait-il rendu l’espérance pour me la ravir aussitôt ! Adolphe, je vous remercie de vos efforts, ils m’ont fait du bien, d’autant plus de bien qu’ils ne vous coûteront, je l’espère, aucun sacrifice ; mais, je vous en conjure, ne parlons plus de l’avenir… Ne vous reprochez rien, quoi qu’il arrive. Vous avez été bon pour moi. J’ai voulu ce qui n’était pas possible. L’amour était toute ma vie : il ne pouvait être la vôtre. Soignez-moi maintenant quelques jours encore. Des larmes coulèrent abondamment de ses yeux ; sa respiration fut moins oppressée ; elle appuya sa tête sur mon épaule. — C’est ici, dit-elle, que j’ai toujours désiré mourir. Je la serrai contre mon cœur, j’abjurai de nouveau mes projets, je désavouai mes fureurs cruelles. — Non, reprit-elle, il faut que vous soyez libre et content. — Puis-je l’être si vous êtes malheureuse ? — Je ne serai pas longtemps malheureuse, vous n’aurez pas longtemps à me plaindre. — Je rejetai loin de moi des craintes que je voulais croire chimériques. — Non, non, cher Adolphe, me dit-elle, quand on a longtemps invoqué la mort, le ciel nous envoie à la fin je ne sais quel pressentiment infaillible qui nous avertit que notre prière est exaucée. — Je lui jurai de ne jamais la quitter. — Je l’ai toujours espéré, maintenant j’en suis sûre.Rentrons, dit-elle, le froid m’a saisie. J’ai peur de me trouver mal. Ne me dites rien ; je ne suis pas en état de vous entendre."
C’était une de ces journées d’hiver où le soleil semble éclairer tristement la campagne grisâtre, comme s’il regardait en pitié la terre qu’il a cessé de réchauffer. Ellénore me proposa de sortir. — Il fait bien froid, lui dis-je. — N’importe, je voudrais me promener avec vous. Elle prit mon bras ; nous marchâmes longtemps sans rien dire ; elle avançait avec peine, et se penchait sur moi presque tout entière. — Arrêtons-nous un instant. — Non, me répondit-elle, j’ai du plaisir à me sentir encore soutenue par vous. Nous retombâmes dans le silence. Le ciel était serein ; mais les arbres étaient sans feuilles ; aucun souffle n’agitait l’air, aucun oiseau ne le traversait : tout était immobile, et le seul bruit qui se fît entendre était celui de l’herbe glacée qui se brisait sous nos pas. — Comme tout est calme ! me dit Ellénore ; comme la nature se résigne ! Le cœur aussi ne doit-il pas apprendre à se résigner ? Elle s’assit sur une pierre ; tout à coup elle se mit à genoux, et, baissant la tête, elle l’appuya sur ses deux mains. J’entendis quelques mots prononcés à voix basse. Je m’aperçus qu’elle priait. Se relevant enfin : —
"Je la vis de la sorte marcher par degrés à la destruction. Je vis se graver sur cette figure si noble et si expressive les signes avant-coureurs de la mort. Je vis, spectacle humiliant et déplorable, ce caractère énergique et fier recevoir de la souffrance physique mille impressions confuses et incohérentes, comme si, dans ces instants terribles, l’âme, froissée par le corps, se métamorphosait en tous sens pour se plier avec moins de peine à la dégradation des organes.Geminisirius
Un seul sentiment ne varia jamais dans le cœur d’Ellénore : ce fut sa tendresse pour moi. Sa faiblesse lui permettait rarement de me parler ; mais elle fixait sur moi ses yeux en silence, et il me semblait alors que ses regards me demandaient la vie que je ne pouvais plus lui donner. Je craignais de lui causer une émotion violente ; j’inventais des prétextes pour sortir : je parcourais au hasard tous les lieux où je m’étais trouvé avec elle ; j’arrosais de mes pleurs les pierres, le pied des arbres, tous les objets qui me retraçaient son souvenir.
Ce n’était pas les regrets de l’amour, c’était un sentiment plus sombre et plus triste ; l’amour s’identifie tellement à l’objet aimé que dans son désespoir même il y a quelque charme. Il lutte contre la réalité, contre la destinée ; l’ardeur de son désir le trompe sur ses forces, et l’exalte au milieu de sa douleur. La mienne était morne et solitaire ; je n’espérais point mourir avec Ellénore ; j’allais vivre sans elle dans ce désert du monde, que j’avais souhaité tant de fois de traverser indépendant. J’avais brisé l’être qui m’aimait ; j’avais brisé ce cœur, compagnon du mien, qui avait persisté à se dévouer à moi, dans sa tendresse infatigable ; déjà l’isolement m’atteignait. Ellénore respirait encore, mais je ne pouvais déjà plus lui confier mes pensées ; j’étais déjà seul sur la terre ; je ne vivais plus dans cette atmosphère d’amour qu’elle répandait autour de moi ; l’air que je respirais me paraissait plus rude, les visages des hommes que je rencontrais plus indifférents ; toute la nature semblait me dire que j’allais à jamais cesser d’être aimé"



