Prononciation des verbes au futur simple, 1re personne du singulier
18 réponses
Bonjour à tous,
Après avoir tenté sans succès de trouver des informations sur la prononciation des verbes au futur simple, première personne du singulier, je me tourne vers vous dans l'espoir d'obtenir quelques pistes de réponses 😉…
Comment doit-on prononcer par exemple "je serai"? Je "seré", pour le différencier du conditionnel prononcé quant à lui "je serè"? Je crois savoir qu'il s'agit là de la norme… Toutefois, où trouver des informations claires à ce sujet? Auriez-vous des références bibliographiques à me conseiller?
Merci d'avance 🙂
Soliat
Bonsoir, bienvenue!
Personnellement, je prononce "-ai" comme "-ais": "è"…
Bonsoir et merci pour votre réponse ainsi que votre accueil chaleureux 🙂
J'avoue prononcer également "je serè" tant au futur qu'au conditionnel… Même si la différenciation entre futur et conditionnel ne semble se faire plus qu'à l'écrit, je crains qu'une telle prononciation ne soit fautive…. Enfin bref, je me répète un peu 😉
Bonne soirée à tous!
Soliat
Oui, la télé a tout uniformisé… Nos chères instits avaient grand soin de faire davantage monter la voix au futur …
D'après la Grammaire méthodique du français, la désinence de la 1ère personne du singulier au futur de l'indicatif se prononce [e], c'est à dire "é". (donc je "seré")
(cf p.250, édition puf)
Je confirme !
Futur simple : je serai [é fermé], mais [è ouvert] avec l'inversion (serai-je)
Conditionnel présent : je serais [è ouvert]
D'après WARNANT (Léon), Dictionnaire de la prononciation française dans sa norme actuelle, Paris-Gembloux, Duculot, 1987, p. CIX.
Ah? Tiens… Je suis étonné… "ai" => "é"…
Enfin, merci de vos remarques éclairées… À bientôt!
Il me semble que la première personne du futur simple de l'indicatif se prononce ordinairement avec un è ouvert. "Je partirai" ne se distingue donc pas phonétiquement, me semble-t-il de "je partirais". Pourtant selon une tradition scolaire, on doit faire la différence entre les deux, et prononcer "ai" avec un é fermé. Le même problème se retrouve avec le passé simple des verbes du premier groupe, par opposition à l'imparfait.
La question que je me pose est la suivante : cette tradition scolaire est-elle fondée sur un véritable usage, ou bien sur une volonté de faire oralement des distinctions grammaticales, ce qui serait à peu près aussi artificiel que de rendre les redoublements de consonnes?
La question que je me pose est la suivante : cette tradition scolaire est-elle fondée sur un véritable usage, ou bien sur une volonté de faire oralement des distinctions grammaticales, ce qui serait à peu près aussi artificiel que de rendre les redoublements de consonnes?
J'imagine que c'est un retard de la langue prescrite par rapport à la langue en usage, qui n'emploie guère d'autres sons que le [ɛ] pour ces désinences là… reste à savoir si on a jamais prononcé [e].
Je confirme aussi, [seré] au futur, [serè] au conditionnel. Cela tient peut-être au fait que le S du conditionnel fermait la syllabe (loi de position)? Quoi qu'il en soit, j'ai personnellement tendance à prononcer les deux [serè], mais en Picardie, où j'ai emménagé depuis peu, on prononce les deux [seré]. Cela dit, on y prononce aussi les imparfaits AIT [é]… je ne vous raconte pas les difficultés des gamins pour orthographier correctement les terminaisons :O
Pour faire orthographier correctement ces terminaisons, mieux vaut faire abstraction de la phonétique, et n'attirer l'attention que sur le sens et la logique. Mais enfin, pour la question simplement phonétique, Aristofan, je voudrais savoir : quand tu "confirmes" est-ce en vertu d'une observation, ou bien en vertu des leçons de prononciation "correcte" qui sont dispensées par les instituteurs de grand-mère?
Dans le Sud-Ouest, où j'ai enseigné durant trente ans, on prononce toutes ces finales [e].
Et ma fois, je m'en suis accommodé.
C'est vrai, cela oblige les élèves à faire fonctionner leur logique pour choisir entre conditionnel et futur, imparfait ou passé simple.
Mais c'est bien sûr la même obligation dans les régions où l'on prononce uniformément [ɛ].
Cette prononciation [ɛ] est d'ailleurs de plus en plus fréquente, comme le signale le petit Robert dans sa préface, au chapitre de la phonétique.
Car il semble qu'autrefois la distinction avait bien lieu, et que ce n'est pas une invention de vieux instits. Un -ai final verbal se prononçait bien [e]. Victor Hugo faisait rimer "j'ai" avec "mangé", Musset faisait rimer "mourrai" et "dormirai" avec "éploré". Mais "achevait" (-ait final) rimait avec "revêt"…
Merci Jehan. Je parle effectivement d'une norme, certes conventionnelle, peut-être obsolète, mais qui a été fixée comme la prononciation "officielle" du français (calquée sur la prononciation de Blois, si je ne m'abuse), et telle qu'on peut généralement la vérifier entre autres pas les rimes en poésie et en théâtre. Je ne dis pas qu'il FAUT prononcer comme ceci ou cela, ou que telle prononciation est bonne ou mauvaise. Je dis juste que les grammaires et traités de phonétiques indiquent une certaine prononciation. Après, les usages changent selon les régions, et c'est tant mieux.
En outre, je voudrais aussi faire remarquer qu'en Picardie (je ne sais pas ce qu'il en est dans le Sud-Ouest), en plus de prononcer uniformément "é" (mais un é moins fermé que dans le sud, plus "neutre"), les gens* ne perçoivent pas la différence, à l'oreille, entre "é" et "è", à moins d'insister lourdement et de confiner à la caricature.
* au cas où, je précise: il s'agit de ce que j'ai pu remarqué chez mes élèves et autour de moi, et de ce que m'ont dit des collègues qui venaient de diverses régions. Alors si quelqu'un vient me dire "moi je suis picard et j'entends la différence, blabla…", très bien, ma remarque n'avait pas vocation à l'universalité, et encore moins à un quelconque jugement. Encore une fois, c'est ce que j'ai remarqué, ou cru remarquer.
Moi aussi, ce sont de simples constats, tant pour les accents régionaux que pour le témoignage des rimes…
Ce phonème intermédiaire entre é fermé et è ouvert, qui se répand de plus en plus, est nommé "archiphonème" par le Robert et se note [E].
Dans le Sud-Ouest, en-dehors des finales, on distingue encore les sons é et è dans la plupart des mots.
En Picardie, va-t-on jusqu'à dire "la mére", par exemple ?
Dans son
Traité de prononciation française (éd. Klincksieck) Pierre Fouché signale à ce sujet que "la société cultivée d'Ile-de-France" prend bien soin de distinguer l'é fermé de la terminaison
-ai du futur et du passé simple, de l'è ouvert de l'imparfait et du conditionnel.
C'est bien vrai, hélas, que la télévision uniformise tout… En ce moment j'y entends pourtant souvent Sheila prononcer correctement
Vous les copains je ne vous oublierai(é)
jamais alors qu'une autre star de la chanson prononce mal son
Au pays où je t'emmènerai…(è). Cette prononiation fautive permet évidemment la confusion avec
je t'emmènerais.
Zorah
Jehan a écrit :En Picardie, va-t-on jusqu'à dire "la mére", par exemple ?
Mais oui, cher et très érudit Jehan, la "mére" s'entend parmi la population scolaire des banlieues d'Amiens (importation de la prononciation pied-noire ?).
En Picardie, du moins dans la région que je connais (Somme) le son è est inusité dans les finales des formes verbales.
J'irai et
j'irais sont prononcés tous deux avec é fermé, même par la majorité des "gens cultivés" de souche picarde. Ce qui ne les empêche pas de dormir.
Bonsoir à tous,
J'ai la flemme de mettre tout en ordre, mais je donne tous les liens intéressants que j'ai trouvés à ce propos (à partir du moment où le futur et le passé simple étaient en
ai, et l'imparfait et le conditionnel en
ois) :
Brossard se sert du digramme ai pour rendre compte de la prononciation de l'e ouvert italien71. Quant à Bérard, s'il ne traite pas expressément des diphtongues, vraies ou fausses, il condamne, au côté d'erreurs de diction véritablement énormes, Pêisage, Pêsible et Plêsir, auxquels il préfère Péisage, Pésible et Plésir 72, consacrant par là-même l'entrée de l'harmonisation vocalique dans la théorie du chant. Tous ses contemporains auraient-ils adhéré ? C'est tout sauf certain.
Enfin, Raparlier prescrit un é fermé dans Péysage et Pésible (harmonisation vocalique ?), un e demi-ouvert dans Plesir et un è ouvert dans Jamès. Pour lui :
Tous les Verbes qui à l'Indicatif se terminent en ais, se prononcent comme un è ouvert. Il faut en excepter sçais du Verbe sçavoir, qui se prononce : Je scé, é fermé. Tous les Futurs des Verbes ai, se prononcent é fermé. L'Indicatif présent, l'Imparfait, le Conditionnel présent, le Conditionnel passé pour l'auxilliaire avoir, le tout terminé en ois, se prononce comme un e demi-ouvert.73
https://virga.org/cvf/ai______.php
En effet, le groupe <oi>, qui se prononçait au Moyen Âge / j/, a évolué vers /we/, lequel a connu deux développements distincts : la prononciation / e/, qui est la prononciation populaire -c'est pour cette raison que la Révolution va contribuer à la promouvoir- s'imposera pour les finales d'imparfait et de conditionnel (exemple : allais, irais) et pour certains noms de peuples (exemple : Français); la prononciations /wa/ s'imposera dans les autres cas (exemple : croire, Niçois).
https://www.teluq.ca/diverscite/naviRess/ortho/hist_txt.htm
https://books.google.fr/books?id=qeEFAAAAQAAJ&pg=PA384&lpg=PA384&dq=prononciation+conditionnel+futur&source=bl&ots=ruvckfKarq&sig=lbPzC6_sl5uYfZzvvUi4pzPNJN8&hl=fr&ei=s1gqS7OyBNKh4Qb_ptWKCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CCMQ6AEwCTgU#v=onepage&q=prononciation%20conditionnel%20futur&f=falsehttps://books.google.fr/books?id=gIQGAAAAQAAJ&pg=PA84&dq=futur+conditionnel+ai+ois&lr=&cd=47#v=onepage&q=futur%20conditionnel%20ai%20ois&f=falsehttps://books.google.fr/books?id=0gkJAAAAQAAJ&pg=PA32&dq=futur+conditionnel+ai+ois&lr=&cd=202#v=onepage&q=&f=false
Muriel
Muriel a écrit :: Je scé, é fermé.
Très juste !
Pour Fouché (1968) je
"sé" est seulement la prononciation de la Comédie française. Ailleurs, dit-il, on entend
"sè".Ma question se restreint évidemment aux régions où on fait la différence entre é ouvert et è fermé. Enfin, vos réponses m'ont convaincu que la fermeture du -ai, si elle est obsolète, n'est pas infondée.