Questions sur L’aventure, l’ennui, le sérieux de Vladimir Jankélévitch (chapitre 1)

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !

Devant m'approprier le texte L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux de Jankélévitch (chapitre 1) pour la rentrée, de nombreuses questions se posent à moi. Ne voulant pas spammer le forum avec de nouveaux sujets, je me propose d'utiliser ce sujet comme sujet unique pour mes questions ou les vôtres si vous en avez, bien que je doute être en mesure d'y répondre.

Voici donc ma question inaugurale.

A de nombreuses reprises Arnaud Sorosina, le commentateur de mon édition, parle de : « l'aventure comme avènement de l'avenir ». Je trouve cette expression séduisante par son côté synthétique et aimerais pouvoir l'utiliser mais je doute quant à la signification du mot « avènement ». Afin d'être sûr d'avoir compris pouvez-vous me dire si cette substitution vous semble correcte : « l'aventure comme venue au premier plan de l'avenir » ?
Avènement : arrivée, naissance.
D'accord, merci et penses-tu que ma substitution est correcte ?

J'ai remplacé : «L'aventure comme avènement de l'avenir» par «L'aventure comme venue au premier plan de l'avenir» car il me semble peu judicieux d'écrire «L'aventure comme arrivée de l'avenir».
C'est plutôt : "l'aventure permettant à l'avenir d'exister"
Cette proposition ne me semble pas convenir avec le propos de Jankélévitch. D'après le peu que j'ai compris l'aventure permet à l'avenir de se glisser dans le présent, c'est pourquoi on parle d'«extemporanéité». Mais il ne me semble pas que l'aventure permette à l'avenir d'exister puisque l'avenir existe et existera sans besoin d'aucune aide.
L'avènement, c'est l'accession au pouvoir d'un souverain, l'apparition d'une ère nouvelle, etc…
Donc l'avènement de l'avenir, c'est l'apparition de cet avenir, sa naissance, en quelque sorte.
Au lieu de "premier plan", vous pouvez dire : "premiers pas".

Mais il nous faudrait le contexte.
Je n'ai pas lu cet ouvrage de Jankelevitch et ne suis pas philosophe non plus. Mes remarques sont donc peut-être contestables.

Dans une conception cyclique du temps, il n'y a pas d'avenir et de passé. Sur un cercle, tout point est à la fois passé, présent et avenir : une rotation de 360° ramène au même endroit. En d'autres termes, il n'y a pas d'avenir, d'évolution puisque tout est écrit à l'avance, tout est immuable, figé par les décrets divins ou les déterminismes sociaux.

Dans l'hindouisme, la métempsycose est régie par le karma, principe qui veut que la vie des hommes dépende de leurs actes et vies passés. Roue de la vie, éternel recommencement : l'avenir n'existe pas puisque ce qui advient est un passé déjà accompli.

Avec une conception linéaire de l'histoire, il en va tout autrement. Le temps s'écoule sans arrêt, sans retour en arrière, le présent est insaisissable, c'est un futur qui devient sans cesse du passé. Nous vivons dans ce flux. Voilà la nouveauté ! L'aventure, qui est une forme de distanciation à l'égard du fatalisme et des déterminismes sociaux, une déviance sacrilège dans une religion fondée sur le retour perpétuel, permet alors à l'avenir de prendre corps.
"prendre corps" : voilà l'expression qui me fuyait. Merci d'être là, Jean-Luc.
Merci beaucoup pour ces réponses.

Je dois avouer que j'en doutais un peu au départ mais la suite de ma lecture abonde dans votre sens. Une petite lecture d'un article trouvé sur internet m'a permis de me faire plus à l'idée de cette conception cyclique du temps si différente du nôtre. Si cela vous intéresse, vous pouvez voir cet article, en particulier les sous-parties suivantes : Le cosmos ; conséquences dans la vie des Grecs ; Digressions : Déviations modernes : la philosophie cartésienne (contraste par rapport à la philosophie d'aujourd'hui)

https://savoirpourtous.hautetfort.com/archive/2015/08/14/introduction-a-la-pensee-grecque-5670425.html

Bonjour !

J'ai deux termes qui me posent problème chez Jankélévitch. Il s'agit d'«ipséité» et de «futurition». J'ai pourtant cherché dans le dictionnaire. Pouvez-vous m'expliquer leurs significations s'il vous plaît?

voici les définitions du CRNTL :
Ipséité : PHILOS. Ce qui fait qu'une personne, par des caractères strictement individuels, est non réductible à une autre.

Futurition : PHILOS. État (d'un être ou d'une chose) tel qu'on peut envisager qu'il sera dans le futur; prévision de ce que sera (un être ou une chose).
Voici ces termes dans le contexte de l'œuvre :

«En fait, les deux propriétés sont intimement liées : "aventure par excellence", l'aventure amoureuse est celle qui révèle l'ambiguïté fondamentale de la futurition, et l'impossibilité radicale de concilier le jeu et le sérieux» (p. 222)

«Notre identité narrative, celle qu'il est convenu d'appeler l'ipséité - le fait d'être soi-même et non un autre - dépend de nos relations les plus fortes, de nos expériences vécues les plus profondes.» (p. 50-51)

«Raison pour laquelle, là où le confort bourgeois de la vie ennuyeuse assure la préservation de notre identité (conservation du même malgré le changement), il est préférable de parler ici d'ipséité, rapport de soi à soi qui est narratif et ouvert à l'autodépassement.» (p. 176)

Voilà si quelqu'un pouvait m'expliquer ces mots de manière assez simple s'il vous plaît car à chaque fois que je les vois ils me plongent dans de profonds questionnements 🙄
Bonjour,
«Notre identité narrative, celle qu'il est convenu d'appeler l'ipséité - le fait d'être soi-même et non un autre - dépend de nos relations les plus fortes, de nos expériences vécues les plus profondes.» (p. 50-51)

«Raison pour laquelle, là où le confort bourgeois de la vie ennuyeuse assure la préservation de notre identité (conservation du même malgré le changement), il est préférable de parler ici d'ipséité, rapport de soi à soi qui est narratif et ouvert à l'autodépassement.» (p. 176)

Voilà si quelqu'un pouvait m'expliquer ces mots de manière assez simple s'il vous plaît car à chaque fois que je les vois ils me plongent dans de profonds questionnements
L'ipséité est liée ici à l'identité narrative.
Qu'est-ce à dire ?
La personne vit de manière unique son existence. Elle écrit en permanence sa biographie. D'abord son histoire événementielle est unique, mais ensuite, même si elle vivait les mêmes événements qu'une autre personne au même moment, l'expérience constructrice serait différente car les leçons antérieures, l'équipement affectif et psychologique sont différents. C'est le cas pour des jumeaux par exemple.
L'ipséité est donc liée à l'aventure en ce que chacun d'entre nous écrit sa propre aventure personnelle même s'il n'en est pas conscient.
L'ipséité est aussi liée à nos relations, surtout celles qui nous construisent en profondeur : le terreau familial, nos ascendants, notre hérédité avec toutes ces vies antérieures qui ont laissé des traces, par exemple ces fameux secrets de famille ou ces échecs parentaux qui chargent le sac à dos des enfants… C'est pourquoi les relations amoureuses sont ici citées (à noter d'ailleurs que des relations erratiques sont appelées aventures).
Enfin l'ipséité est opposée à l'identité (le même). Le confort bourgeois invite à refuser l'aventure déstabilisante. L'homme installé veut tirer profit de sa situation sociale, il veut être reconnu par son rang et non par sa personne, il superpose son identité à son ipséité changeante et refusée apparemment. Il devient une carte de visite. Il s'enferme dans un rôle. Accepter l'aventure, c'est ouvrir la porte au bouleversement intérieur, à la "conversion", ici appelés autodépassement.

Dans ce système, la futuration devient impossible. Si elle l'est dans un contexte social figé (par exemple, les fils embrassent la profession du père, les filles sont formatées par leur mère…), en revanche nul ne peut prédire ce que deviendra une personne ouverte en interaction avec un conjoint ou confrontée à l'imprévu (surtout s'il est recherché).
Merci beaucoup 🙂