Qu’est-ce qu’une conception cyclique du temps ?

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !

Dans la présentation de L'Aventure, l'Ennui, le Sérieux de Jankélévitch par Arnaud Sorosina (Éditions GF), beaucoup de choses m'échappent mais en particulier celle-ci (p. 58) :
L'aspiration à l'aventure était déjà là, bien entendu, mais contenue par des barrières socio-culturelles qui en bridaient l'expression. Plus exactement, l'aventure ne faisait pas partie du champ du pensable et du désirable, en vertu de la conception cyclique du temps, selon laquelle le retour éternel des mêmes phénomènes règle le cours du devenir naturel sous la férule des dieux. Lorsque c'est la nature, et non l'histoire, qui fournit le modèle de l'action humaine et des conventions de la polis, alors il paraît inenvisageable pour l'homme de s'émanciper de la nature, puisque c'est elle, la phusis, qui est le nomos : la norme, la loi, le principe de légitimation de nos faits et gestes.
Tout d'abord, à quels temps et à quelles sociétés se réfèrent M. Sorosina lorsqu'il décrit un temps où les hommes auraient une conception cyclique du temps ?
Ensuite, supposons qu'il se réfère là aux premières civilisations agricoles. En quoi le fait qu'ils considèrent le temps comme cyclique (au rythme des saisons mettons) empêcherait un de ces agriculteurs de prendre son bâton d'aventurier et de partir à l'aventure ? Il pourrait bien quitter son oikos ainsi. Ou bien même il pourrait devenir pirate et là il n'aurait plus à se soucier du cycle des saisons puisqu'il aurait juste à se nourrir de ce qu'il pille.

Donc premièrement il m'apparaît qu'il peux s'émanciper de la nature (je conçois que ça paraît étrange). Réciproquement je pense que l'aventurier moderne peut s'émanciper de l'histoire (en vivant comme un ermite par exemple).

Voilà, je suis un peu perdu, pourquoi la modernité est si importante pour l'existence de l'aventure ( si ce n'est pour des raisons pratiques bien sûr )

Cordialement
Bonsoir,
On peut déjà partir de :
Le temps de l'homme est linéaire, celui de la nature est cyclique.
Bonjour,

La lecture du texte suggère que l'histoire obéit à un retour cyclique soumis "à la férule des dieux" et aux "conventions de la polis" (la cité). En d'autres termes l'homme est asservi par un destin voulu par la divinité et les lois de la cité. Tenter l'aventure serait donc doublement sacrilège en désobéissant aux dieux et en s'excluant de facto de l'ordre social.

La modernité apporte deux notions importantes :
- l'individualité introduisant le primat de la personne à l'encontre de l'aspect grégaire des civilisations antiques (ici j'ai l'impression qu'est visé l'hindouisme avec son karma et ses castes),
- la désacralisation de l'histoire humaine réduisant les déterminismes pesant sur elle : désormais c'est toute existence humaine qui peut devenir, jusqu'à un certain point, une aventure.

De fait, paradoxalement, sous l'influence du christianisme, la vie humaine devient unique et importante. Est affirmée la valeur de la liberté humaine. Tout homme est appelé librement à répondre à une vocation, il devient responsable de sa vie. Ainsi prend fin le fatalisme antique. Mais ensuite l'humanisme athée a entendu aussi "libérer" l'homme de cet appel de Dieu.
Bonjour,

D'accord, après avoir laissé reposer quelques temps et grâce à vos réponses cela me semble plus clair.

Le texte me paraissait assez formel quant à l'impossibilité pour les pré-modernes de concevoir l'aventure. En réalité, il s'agit plus d'un blocage idéologique qui résulte de la vision humble qu'avaient les hommes de leur propre condition et de leur propre possibilités d'évolution. Si j'ai bien compris leur blocage pourrait s'exprimer sous une forme interrogative telle que : Pourquoi prendrais-je le risque d'évoluer spatialement ou spirituellement hors de ce qui a déjà été fait puisque les dieux et la polis m'imposent ce mode de vie ?

C'est reposant comme mode de pensée…
C'est peut-être aussi la confiscation idéologique du pouvoir par des classes dominantes, les guerriers et les prêtres. L'Inde connaît encore ce modèle sclérosant.