Ionesco, La Cantatrice chauve, scène 8 - Dans le salon de M. et Mme Smith, la conversation…

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous !
Un de mes textes pour l'oral de français est un extrait de la scène 8 de la pièce de théâtre "La cantatrice chauve". Je n'ai pas d'analyse et ne trouve rien de précis sur internet… Si vous avez déjà étudié cet extrait ou si vous ave des idées pour que je puisse tenir les 10 min face au jury ça serai super sympa !
Merci d'avance !!

Dans le salon de M. et Mme Smith, la conversation entre les hôtes et leurs invités, M. et Mme Martin, languit. L'arrivée d'un pompier en quête d'incendie relance l'échange.

LE POMPIER – Voulez-vous que je vous raconte des anecdotes ?
MME SMITH – Oh, bien sûr, vous êtes charmant.
Elle l'embrasse.
M. SMITH, MME MARTIN, M. MARTIN – Oui, oui, des anecdotes, bravo !
Ils applaudissent.
M. SMITH – Et ce qui est encore plus intéressant, c'est que les histoires de pompier sont
vraies, toutes, et vécues.
LE POMPIER – Je parle de choses que j'ai expérimentées moi-même. La nature, rien que la nature.
Pas les livres.
M. MARTIN – C'est exact, la vérité ne se trouve d'ailleurs pas dans les livres, mais dans la vie.
MME SMITH – Commencez !
M. MARTIN – Commencez !
MME MARTIN – Silence, il commence.
LE POMPIER, toussote plusieurs fois – Excusez-moi, ne me regardez pas comme ça. Vous me gênez.
Vous savez que je suis timide.
MME SMITH – II est charmant !
Elle l’embrasse.
LE POMPIER – Je vais tâcher de commencer quand même. Mais promettez-moi de ne pas écouter.
MME MARTIN – Mais, si on n'écoutait pas, on ne vous entendrait pas.
LE POMPIER – Je n'y avais pas pensé !
MME SMITH – Je vous l'avais dit : c'est un gosse.
M. MARTIN, M. SMITH – Oh, le cher enfant !
Ils l'embrassent.
MME MARTIN – Courage.
LE POMPIER – Eh bien, voilà. (Il toussote encore, puis commence d'une voix que l'émotion fait
trembler.) « Le Chien et le bœuf » , fable expérimentale : une fois, un autre bœuf demandait à un autre chien : « Pourquoi n'as-tu pas avalé ta trompe ? – Pardon, répondit le chien, c'est parce que j'avais cru que j'étais éléphant. »
MME MARTIN – Quelle est la morale ?
LE POMPIER – C'est à vous de la trouver.
M. SMITH – II a raison.
MME SMITH, furieuse. – Une autre.
LE POMPIER – Un jeune veau avait mangé trop de verre pilé. En conséquence, il fut obligé
d'accoucher. Il mit au monde une vache. Cependant, comme le veau était un garçon, la vache ne pouvait pas l'appeler « maman ». Elle ne pouvait pas lui dire « papa » non plus, parce que le veau était trop petit. Le veau fut alors obligé de se marier avec une personne et la mairie prit alors toutes les mesures édictées par les circonstances à la mode.
M. SMITH – A la mode de Caen.
M. MARTIN – Comme les tripes.
LE POMPIER – Vous la connaissiez donc ?
MME SMITH – Elle était dans tous les journaux.
MME MARTIN – Ça s'est passé pas loin de chez nous.
LE POMPIER – Je vais vous en dire une autre. « Le Coq ». Une fois, un coq voulut faire le chien.
Mais il n'eut pas de chance, car on le reconnut tout de suite.
MME SMITH – Par contre, le chien qui voulut faire le coq n'a jamais été reconnu.
M. SMITH – Je vais vous en dire une, à mon tour : « Le Serpent et le renard ». Une fois, un serpent s'approchant d'un renard lui dit : « II me semble que je vous connais ! ». Le renard lui répondit : «  Moi aussi. – Alors, dit le serpent, donnez-moi de l'argent. – Un renard ne donne pas d'argent », répondit le rusé animal qui, pour s'échapper, sauta dans une vallée profonde pleine de fraisiers et de miel de poule. Le serpent l'y attendait déjà, en riant d'un rire méphistophélique. Le renard sortit son couteau en hurlant : « Je vais t'apprendre à vivre ! » puis s'enfuit, en tournant le dos. Il n'eut pas de chance. Le serpent fut plus vif. D'un coup de poing bien choisi, il frappa le renard en plein front, qui se brisa en mille morceaux, tout en s'écriant : « Non ! Non ! Quatre fois non ! Je ne suis pas ta fille. »
Eugène Ionesco indique, dans cet univers absurde et ennuyeux, que les êtres et les personnages sont interchangeables.
ON y trouve la parodie de fable, les lieux communs. Une conception du théâtre loin du théâtre réaliste, idéologique. Un travail sur le langage. L'incommunicabilité.
Le Pompier pourrait incarner l'imaginaire.

https://www.erudit.org/fr/revues/jeu/2003-n107-jeu1110061/26178ac.pdf
Merci beaucoup pour votre aide !!!
Le pompier n'incarne absolument rien ni personne… La Cantatrice est une "anti-pièce", il ne faut pas l'oublier. Si vous dites "Le Pompier incarne telle ou telle chose, vous êtes dans le théâtre, pas dans l'anti-théâtre. Il faut au moins dire : "La non incarnation du pompier fait songer à une incarnation" tout comme le non naturel peut faire songer au naturel : c'est la loi du théâtre de Ionesco.
"Le pompier pourrait incarner l'imaginaire".
Le pompier n'incarne absolument rien ni personne
Je nuancerais … 🙂
On peut toujours lire d'autres interprétations …
https://gerard.piacentini.pagesperso-orange.fr/Cantatrice_tab.html

https://gerard.piacentini.pagesperso-orange.fr/bio.html
Il faut aller au théâtre comme on va à un match de football, de boxe, de tennis. Le match nous donne en effet l'idée la plus exacte de ce qu'est le théâtre à l'état pur : antagonismes en présence, oppositions dynamiques, heurts sans raison de volontés contraires.
Thèse abstraite contre antithèse abstraite, sans synthèses : l'un des adversaires a complètement détruit l'autre, l'une des forces a chassé l'autre ou bien elles coexistent sans se réunir.

Ionesco, Notes et contre-notes, éd Folio essais, p. 309.
Certes l'idée de liberté est capitale, mais voici comment Ionesco l'entend :
Théâtre abstrait. Drame pur. Anti-thématique, anti-idéologique, anti-réaliste-socialiste, anti-philosophique, anti-psychologique de boulevard, anti-bourgeois, redécouverte d'un nouveau théâtre libre. Libre, c'est à dire libéré, c'est à dire sans parti-pris, instrument de fouille : seul à pouvoir être sincère, exact et faire apparaître les évidences cachées.
Id., p. 251.
Libre aux critiques d'aller plus loin… Mais ce qu'il faut éviter, c'est de donner à l'élève l'impression que les personnages de cette pièce des types humains identifiables, et qu'il faut chercher d'emblée des "clés" pour une interprétation psychologique ou philosophique. En faisant ainsi, on dénature le projet initial de Ionesco. La Cantatrice n'est pas à traiter comme Rhinocéros (et encore…).
Mais ce qu'il faut éviter, c'est de donner à l'élève l'impression que les personnages de cette pièce des types humains identifiables …
Pas à moi de dire ce qu'il faut éviter de dire … :/

Heureusement que chaque metteur en scène s'autorise à proposer sa lecture. Et quand la pièce est en réaction au théâtre de boulevard de son époque, c'est déjà une lecture possible …

https://www.theatre-video.net/video/Le-role-du-decor-dans-la-mise-en-scene-de-La-Cantatrice-chauve-par-Jean-Luc-La
Bonjour à toutes et à tous!
Je dois répondre à des questions concernant la pièce La Cantatrice chauve de Ionesco et plus précisément la scène 8. Voilà l’extrait que j’ai dans mon manuel
Dans le salon de M. et Mme Smith, la conversation entre les hôtes et leurs invités, M. et Mme Martin, languit. L'arrivée d'un pompier en quête d'incendie relance l'échange.
LE POMPIER – Voulez-vous que je vous raconte des anecdotes ?
MME SMITH – Oh, bien sûr, vous êtes charmant.
Elle l'embrasse.
M. SMITH, MME MARTIN, M. MARTIN – Oui, oui, des anecdotes, bravo !
Ils applaudissent.
M. SMITH – Et ce qui est encore plus intéressant, c'est que les histoires de pompier sont
vraies, toutes, et vécues.
LE POMPIER – Je parle de choses que j'ai expérimentées moi-même. La nature, rien que la nature.
Pas les livres.
M. MARTIN – C'est exact, la vérité ne se trouve d'ailleurs pas dans les livres, mais dans la vie.
MME SMITH – Commencez !
M. MARTIN – Commencez !
MME MARTIN – Silence, il commence.
LE POMPIER, toussote plusieurs fois – Excusez-moi, ne me regardez pas comme ça. Vous me gênez.
Vous savez que je suis timide.
MME SMITH – II est charmant !
Elle l’embrasse.
LE POMPIER – Je vais tâcher de commencer quand même. Mais promettez-moi de ne pas écouter.
MME MARTIN – Mais, si on n'écoutait pas, on ne vous entendrait pas.
LE POMPIER – Je n'y avais pas pensé !
MME SMITH – Je vous l'avais dit : c'est un gosse.
M. MARTIN, M. SMITH – Oh, le cher enfant !
Ils l'embrassent.
MME MARTIN – Courage.
LE POMPIER – Eh bien, voilà. (Il toussote encore, puis commence d'une voix que l'émotion fait
trembler.) « Le Chien et le bœuf » , fable expérimentale : une fois, un autre bœuf demandait à un autre chien : « Pourquoi n'as-tu pas avalé ta trompe ? – Pardon, répondit le chien, c'est parce que j'avais cru que j'étais éléphant. »
MME MARTIN – Quelle est la morale ?
LE POMPIER – C'est à vous de la trouver.
M. SMITH – II a raison.
MME SMITH, furieuse. – Une autre.
LE POMPIER – Un jeune veau avait mangé trop de verre pilé. En conséquence, il fut obligé
d'accoucher. Il mit au monde une vache. Cependant, comme le veau était un garçon, la vache ne pouvait pas l'appeler « maman ». Elle ne pouvait pas lui dire « papa » non plus, parce que le veau était trop petit. Le veau fut alors obligé de se marier avec une personne et la mairie prit alors toutes les mesures édictées par les circonstances à la mode.
M. SMITH – A la mode de Caen.
M. MARTIN – Comme les tripes.
LE POMPIER – Vous la connaissiez donc ?
MME SMITH – Elle était dans tous les journaux.
MME MARTIN – Ça s'est passé pas loin de chez nous.
L’une des questions posées concerne le langage: on demande en quoi l’extrait montre à la fois la faillite et la grandeur du langage. Moi, je n’ai jamais lu de pièces de Ionesco, mais je sais que son théâtre est absurde. Il me semble que les personnages parlent, mais en fait ne disent rien: le langage est en quelque sorte dénaturé.
Vous avez d’autres idées? S’il vous plaît aidez-moi.
Merci beaucoup
Bonjour,

Tu peux noter que le langage du pompier est rempli de contradictions : il prétend à la nature, l'expérience, la vérité et pour autant il produit des fables dont l'une est de plus expérimentale.
Le langage véhicule des émotions, il est en conformité ou en contradiction avec les gestes ou l'attitude. Regarde comme le pompier se veut sûr de lui malgré ses réticences (ne m'écoutez pas) et alors qu'il paraît timide pour les auditrices.
Le langage est une mise en scène.
Le langage se sert de concepts creux ou du moins démentis dans les faits.
Les personnages veulent être distraits.
Moralité : le langage est mensonger, on ne peut lui faire confiance car il crée un malentendu perpétuel.
Merci beaucoup pour ton aide! J’ai compris en quoi le langage peut faillir, mais pas encore en quoi le texte exalte sa grandeur.

(Excusez-moi pour les éventuelles erreurs de grammaire ou d’orthographe: je suis italien).
Il peut séduire par ses divagations esthétiques, il permet le jeu, il donne accès à un monde imaginaire où la logique est absente, où les connotations permettent des associations d'idées neuves et déstabilisantes. Les fables en sont une illustration.