Anthologie poétique sur le thème de la passion

Entraide scolaire

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour,
Je m'appelle Maxime et je suis en 1ère S.
Je dois réaliser une anthologie pour mon bac de français qui arrive à grands pas et j'ai choisi pour cette dernière le thème de la passion. Je dois ainsi regrouper 10 à 15 poèmes qui traitent de la passion et faire en sorte d'en avoir de siècles différents. J'ai déjà rassemblé 7 poèmes qui parlent de passion mais je n'arrive pas à en trouver des intéressants sur les siècles suivants: 16ème siècle, 18ème et 20ème siècle.
Pourriez-vous, m'aider à en trouver trois autres afin de remplir mon quota de textes s'il vous plaît.
Merci.
Complainte à sa dame

Ne lisez pas ces vers, si mieux vous n'aimez lire
Les escrits de mon coeur, les feux de mon martyre :
Non, ne les lisez pas, mais regardez aux Cieux,
voyez comme ils ont joint leurs larmes à mes larmes,
Oyez comme les vents pour moy levent les armes,
A ce sacré papier ne refusez vos yeux.

Boute-feux dont l'ardeur incessamment me tuë,
Plus n'est ma triste voix digne if estre entenduë :
Amours, venez crier de vos piteuses voix
Ô amours esperdus, causes de ma folie,
Ô enfans insensés, prodigues de ma vie,
Tordez vos petits bras, mordez vos petits doigts.

Vous accusez mon feu, vous en estes l'amorce,
Vous m'accusez d'effort, et je n'ay point de force,
Vous vous plaignez de moy, et de vous je me plains,
Vous accusez la main, et le coeur luy commande,
L'amour plus grand au coeur, et vous encor plus grande,
Commandez à l'amour, et au coeur et aux mains.

Mon peché fut la cause , et non pas l'entreprendre;
Vaincu, j'ay voulu vaincre, et pris j'ay voulu prendre.
Telle fut la fureur de Scevole Romain :
Il mit la main au feu qui faillit à l'ouvrage,
Brave en son desespoir, et plus brave en sa rage,
Brusloit bien plus son coeur qu'il ne brusloit sa main.

Mon coeur a trop voulu, ô superbe entreprise,
Ma bouche d'un baiser à la vostre s'est prise,
Ma main a bien osé toucher à vostre sein,
Qu'eust -il après laissé ce grand coeur d 'entreprendre,
Ma bouche vouloit l'ame à vostre bouche rendre,
Ma main sechoit mon coeur au lieu de vostre sein.


Agrippa d' Aubigné (1552-1630)
Ô délices d'amour ! et toi, molle paresse

Ô délices d'amour ! et toi, molle paresse,
Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse !
Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts,
Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts :
Rome d'amours en foule assiége mon asile.
Sage vieillesse, accours ! Ô déesse tranquille,
De ma jeune saison éteins ces feux brûlants,
Sage vieillesse ! Heureux qui dès ses premiers ans
A senti de son sang, dans ses veines stagnantes,
Couler d'un pas égal les ondes languissantes ;
Dont les désirs jamais n'ont troublé la raison ;
Pour qui les yeux n'ont point de suave poison ;
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Qui, s'il regarde et loue un front si gracieux,
Ne le voit plus sitôt qu'il a fermé les yeux !
Doux et cruels tyrans, brillantes héroïnes,
Femmes, de ma mémoire habitantes divines,
Fantômes enchanteurs, cessez de m'égarer.
Ô mon coeur ! ô mes sens ! laissez-moi respirer ;
Laissez-moi dans la paix et l'ombre solitaire
Travailler à loisir quelque oeuvre noble et fière
Qui, sur l'amas des temps propre à se maintenir,
Me recommande aux yeux des âges à venir.
Mais non ! j'implore en vain un repos favorable ;
Je t'appartiens, Amour, Amour inexorable !

(inachevé)

André Chénier
Union libre


Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu.

André Breton (1931)
Bonjour,

Pour le 16e siècle, penche-toi du côté de Louise Labé et de ses 24 Sonnets d'Amour qui traitent -presque- sans exception de la passion envers son cher Olivier de Magny : les plus connus étant le sonnet VIII ("Je vis, je meurs, je me brûle et me noye") et le XIII ou XIV (cela dépend des éditions : "Tant que mes yeux pourront larmes espandre"). Cherche également parmi les auteurs de la Pleïade comme Ronsard, avec son poème "Dans le Serein de sa Jumelle Flamme".

Pour ce qui est du 18e, certes plus pauvre en poésie mais ayant regroupé quelques auteurs incontournables, c'est plus délicat : tente Chateaubriand avec "Clarisse", ou bien Rousseau avec "Romance", qui pleure un amour perdu, et "Le Verger de Mme de Warens", qui chante plutôt une passion pour la vie à travers le sentiment éprouvé pour Mme de Warens.

Bonne chance tout de même.
Je te remercie grandement de ta réponse qui va m'aider énormément! Merci!