Comme je n'ai jamais vraiment compris le principe de l'accent tonique, je m'adresse à vous espérant avoir une explication qui m’éclairera les choses 🙂
A une passante
La rue assourdissante autour de moihurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
j'ai souligné les accents toniques que comporte chaque vers.
Aussi, j'ai une question concernant le trimètre et le tétramètre: je me demande si ces deux mesures se rencontrent exclusivement dans les vers où il y a un rythme binaire (trimètre) ou un rythme ternaire (tétramètre).
L'accent tonique de "longue" porte sur "lon", pas sur "gue".
Et attention aussi à majestueuse : la diérèse fait que le u n'appartient pas à la syllabe. : u - eu.
Idem pour fastueuse.
On emploie les termes de trimètre et de tétramètre essentiellement à propos de l'alexabdrin.
L'alexandrin classique est un tétramètre parce qu'il comporte 4 mesures , la seconde s'achevant sur la césure à l'hémistiche.
Ces mesures ne sont pas forcément égales.
A travers | le chaos // de nos fol|les misères (Musset) : tétramètre (4 mesures à 3 temps)
L'alexandrin peut aussi ne comporter que 3 mesures, en ce cas généralement égales, donc à 4 temps. Le vers n'est évidemment pas césuré à l'hémistiche en ce cas. Ce sont les Romantiques qui l'ont mis à l'honneur, mais il existe déjà chez Corneille.
Toujours aimer, | toujours souffrir, | toujours mourir (Corneille) : trimètre (3 mesures à 4 temps)
Merci Jacques, merci Jehan
Pour ce vers : "A travers | le chaos // de nos fol|les misères"
est-ce que vous vous etes basé sur le nombre de syllabes pour déterminer ces mesures?
Entre les rais de sa jumelle flamme
Je vis Amour, qui son arc desbandoit,
Et sus mon cueur le brandon éspandoit,
Qui des plus froids les moëlles enflamme.
Ronsard
j'ai choisi ce poème, un peu difficile, pour voir si ça serait facile de dégager les accents toniques…
Accents toniques en gras.
A travers | le chaos // de nos fol|les misères
Entre les rais de sa jumelleflamme
Je vis Amour, qui son arc desbandoit,
Et sus mon cueur le brandon éspandoit,
Qui des plus froids les moëlles enflamme.
(Décasyllabes, rythmées 4-3-3; notons qu'on fait la diérèse et la liaison : mo-ël-le-(z)en)
Je pensais qu'on mettait l'accent à la fin de chaque groupe grammatical: GN, GV, GP… :/
voici une autre tentative
Une charogne
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Pour le vers de Musset, je voulais savoir comment Jacques avait trouvé les trois mesures. Est-ce qu'il faut mettre une coupe après chaque trois syllabes ou bien y a t-il un autre critère?
J'ai édité mon message.
Je n'avais considéré que les accents toniques principaux.
J'ai rajouté les autres.
Non, bien sûr.
Jacques n'a pas compté les syllabes pour savoir où mettre les accents.
Il s'est fondé sur les syllabes effectivement accentuées dans la prononciation.
https://www.etudes-litteraires.com/versification/vers#accents_toniquesC'est plus clair maintenant 🙂
Y a t-il des erreurs dans mon analyse du poème de Baudelaire? 🙄
Je corrige les quatre premiers vers.
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
(Rythme 4-2-4-2 )
Ce beau matin d'été si doux :
(Rythme 4-2-2 )
Au détour d'un sentier une charogne infâme
(Rythme 3-3-4-2 )
Sur un lit semé de cailloux,
(Rythme 3-2-3 )
Je te remercie grandement pour les corrections et les explications.
Jehan, Pourquoi tu as placé l'accent tonique sur "vîmes", "âme", "fâme"? Est-ce qu'ils ne se terminent pas par un "e" caduc?
Tu as raison, j'ai commis une petite étourderie.
Oui, effectivement, le e est caduc, et les syllabes accentuées sont précisément celles-ci :
vîmes, mon âme, infâme.