Un / une espèce de
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Une question en rapport avec ce qui précède :
Condamnez-vous :
" cet espèce d'abruti" ?
" un espèce d'abruti" ?
Que l'on lit ou que l'on entend, malheureusement, trop souvent, à mon goût.
EDIT : question subsidiaire :
Peut-on répéter deux lignes qui se suivent et qui se terminent par des deux-points ? J'ai employé ce cas volontairement plus haut.
Je crois que ce n'est pas permis mais alors, comment remplacer cette double ????? je ne trouve pas le mot 😞
Un grand classique des incorrections récurrentes.
Pour ma part, j'acquiesce à ce que dit Larousse dans le lien que j'ai donné
plus haut :
RECOMMANDATION
Éviter l'emploi au masculin un espèce de (même s'il est fréquent dans l'expression orale relâchée).
Cela dit, l'erreur est symptomatique.
Dans "un(e) espèce d'abruti, le mot est davantage ressenti comme une sorte d'adjectif que comme un nom féminin à part entière.
Ricardo,
Je condamne et il faut condamner
cet espèce de., à la suite de Hanse, Thomas, Grevisse, du Bescherelle des difficultés, de Péchoin, Dauphin, Girodet,
etc. et que qui relève de l'expression relâchée.
Et ce, en dépit de ces (mauvais) exemples d'écrivains :
Le caractère adjectival du syntagme espèce de est tel qu’espèce lui-même prend fréquemment le genre du nom complément : °Un espèce de prophète. Ce tour, courant dans la langue parlée, pénètre dans l’écrit, et depuis longtemps.
Un écrivain montévidéen […] l’honorait d’un espèce de culte romantique (Larbaud, dans la Nouv. revue fr., 1er janv. 1926, p. 116). — Crois-tu qu’elle s’est amourachée du fils Azévédo ? Oui, parfaitement : cet espèce de phtisique ( Mauriac, Th. Desqueyroux, p. 65). [Œuvres compl. , p. 198 : cette. ] — Un espèce de murmure (Bernanos, M. Ouine, p. 89). [Pl., p. 1424 : une. ] — Dans cet espèce de fourreau de soie (ib. , p. 11). [Pl., p. 1357 : cette. ] — Et quant aux Arabes, à tous ces espèces de prophètes à la manque (Claudel, dans le Figaro litt., 5 févr. 1949). — Tous ces espèces d’Arabes (J.-J. Gautier, Hist. d’un fait divers, p. 60). — Cet espèce de navet (G. Marcel, dans les Nouv. litt., 10 nov. 1955). — Un espèce de sorcier (M. de Saint Pierre , ib. , 18 déc. 1958). — Un espèce de vallon (Pagnol, Temps des secrets, p. 121). — J’ai vu où serraient les mains de cet espèce d’oiseau [= un homme] (Cl. Simon, Vent, p. 38).
Le Bon usage électronique, §341.
Et même s'il s'agissait de Victor Hugo, je condamnerais 'espèce' au masculin, na !
Roméo31 a écrit : Et ce, en dépit de ces (mauvais) exemples d'écrivains :
Un écrivain montévidéen […] l’honorait d’un espèce de culte romantique (Larbaud, dans la Nouv. revue fr., 1er janv. 1926, p. 116). — Crois-tu qu’elle s’est amourachée du fils Azévédo ? Oui, parfaitement : cet espèce de phtisique ( Mauriac, Th. Desqueyroux, p. 65). [Œuvres compl. , p. 198 : cette. ] — Un espèce de murmure (Bernanos, M. Ouine, p. 89). [Pl., p. 1424 : une. ] — Dans cet espèce de fourreau de soie (ib. , p. 11). [Pl., p. 1357 : cette. ] — Et quant aux Arabes, à tous ces espèces de prophètes à la manque (Claudel, dans le Figaro litt., 5 févr. 1949). […]
Ça alors ! Pour Larbaud, passe encore, mais Mauriac, Bernanos et Claudel, tout de même. Du coup,faut-il
absolument condamner cette forme ?
Condamnation à mort avec jus de citron dan les yeux comme dit plaisamment Mathilde Levesque dans Lol est un palindrome à propos d'un autre pont litigieux.
A noter que dans cette salve d'exemples beaucoup ne sont sensibles qu'à l'écrit :
Un écrivain montévidéen […] l’honorait d’un espèce de culte romantique (Larbaud, dans la Nouv. revue fr., 1er janv. 1926, p. 116). Oral/écrit
— Crois-tu qu’elle s’est amourachée du fils Azévédo ? Oui, parfaitement : cet espèce de phtisique ( Mauriac, Th. Desqueyroux, p. 65). [ Œuvres compl. , p. 198 : cette. ] Ecrit, corrigé dans la dernière édition.
— Un espèce de murmure (Bernanos, M. Ouine, p. 89). [Pl., p. 1424 : une. ] Oral/écrit, corrigé par l'éditeur
— Dans cet espèce de fourreau de soie (ib. , p. 11). [Pl., p. 1357 : cette. ] Ecrit, corrigé par l'éditeur.
— Et quant aux Arabes, à tous ces espèces de prophètes à la manque (Claudel, dans le Figaro litt., 5 févr. 1949). Oral/écrit.
Au lieu de ressortir la guillotine, nous devrions nous réjouir de ce que la langue orale influence la langue parlée, signe de bonne santé linguistique. Voulons-nous faire du français ce que les humanistes ont fait du latin : une momie ?
Je ne comprends pas (ou plutôt j'espère avoir mal compris) : les éditeurs auraient corrigé les textes de Bernanos, Claudel et Mauriac dans de récentes rééditions ?
C'est écrit en toutes lettres, ou plutôt en abrégé :
Œuvres compl. , p. 198 : cette.
Pl., p. 1424 : une.
Pl., p. 1424 : une.
Deux de ces corrections sont dues à votre chère Pléiade…
L'une des tâches des éditeurs est de procurer la
meilleure leçon... serait-elle étrangère à l'auteur !
Si je comprends bien, ce sont les éditeurs qui font la langue, et non les auteurs.
Si c'est le cas, à l'avenir, je regarderai à deux fois avant de tenir compte des exemples présentés.
@ Delia : Argh
@ Ricardo : c'était déjà le cas du temps de Balzac ; les moines copistes, déjà, commettaient des erreurs - volontaires ou non.
ricardo a écrit :Si je comprends bien, ce sont les éditeurs qui font la langue, et non les auteurs.
Si c'est le cas, à l'avenir, je regarderai à deux fois avant de tenir compte des exemples présentés.
[lien invalide]161562noscritsvains.jpg/161562noscritsvains.jpg[/img][/url]
https://books.google.fr/books?id=EqRbCgAAQBAJ&pg=PT80&lpg=PT80&dq=s%27appuyer+sur+des+exemples+d%27auteurs+pour+affirmer+qu%27on+peut&source=bl&ots=FzrfF4XbMJ&sig=wNiK4lYZ4i-sqvV40fItmo2accs&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjRg7Sv9J7TAhXIuBoKHRODAMMQ6AEIKzAA#v=onepage&q=brison%20l%C3%A0%20!&f=false
Je cite, mais ne souscris pas forcément.
Je cite, mais ne souscris pas forcément.
Katioucha, est-ce à dire que tu prends pour pain béni toute orthographe d'un mot, pourvu que ledit mot ait été écrit par une "pointure" ?
Si oui, es-tu déjà tombée sur ce genre de phrase dans un livre de difficultés :
"On ne dira pas, comme Machin dans Truc, page X, blabla, mais Bla-bla" ?
Machin étant une sommité, bien entendu.
Non point 🙂, ce que je veux dire c’est que si les écrivains ne sont pas par essence des as de l’orthographe (et à ce titre ils n’ont en effet pas spécialement à être érigés en modèles), on peut en revanche supposer/accepter/imaginer (et tout autre verbe dans le même esprit) qu’ils sont peut-être (éventuellement/pourquoi pas, et autres dans le même esprit) un bon reflet d’un usage en expansion ; et l’usage, ma foi, c’est lui qui fait (évoluer) la langue.
Je pense que c’est notamment dans cet esprit que Grevisse cite les auteurs qui contreviennent à la bonne norme grammaticale en cours, moins pour dire qu’on peut faire n’importe quoi que pour faire part d’un usage bien ancré, d'un usage en cours de normalisation, bref d'un usage qui peut avoir cours même chez ceux d’entre nous censés maitriser au mieux cette coquine d’orthographe.
Tu me rassures !
Je ne suis pas, absolument, pour une langue figée, mais je suis pour le combat contre les non-sens.
Quand on arrive à trouver une raison recevable, à ce qui semble être une erreur d'accord, c'était le cas ici je crois, j'accepte. Mais, quand on lit ou plus souvent, quand on entend des erreurs de langage sans fondement, même au prétexte du vivante que doit être la langue française, je me rebelle.
J'en reviens toujours à mes bêtes noires du euro, accompagné des Z'handicapés.
Ou alors, que les garants de notre langue se réveillent et acceptent que les liaisons ne soient plus que facultatives et ce, dans tous les cas.
Entendu tout dernièrement, de la part d'une candidate à l'élection présidentielle, au demeurant enseignante :
"Des classes de vingt / élèves".
Là, ce ne sont plus les seuls / euros qui sont en cause, mais tous mots que commencent par une voyelle.
Il y a des fautes d'orthographe qui sont plus graves à mon sens qu'une liaison omise au fil de la conversation…
freddy.lombard a écrit :Roméo31 a écrit : Et ce, en dépit de ces (mauvais) exemples d'écrivains :
Un écrivain montévidéen […] l’honorait d’un espèce de culte romantique (Larbaud, dans la Nouv. revue fr., 1er janv. 1926, p. 116). — Crois-tu qu’elle s’est amourachée du fils Azévédo ? Oui, parfaitement : cet espèce de phtisique ( Mauriac, Th. Desqueyroux, p. 65). [Œuvres compl. , p. 198 : cette. ] — Un espèce de murmure (Bernanos, M. Ouine, p. 89). [Pl., p. 1424 : une. ] — Dans cet espèce de fourreau de soie (ib. , p. 11). [Pl., p. 1357 : cette. ] — Et quant aux Arabes, à tous ces espèces de prophètes à la manque (Claudel, dans le Figaro litt., 5 févr. 1949). […]
Ça alors ! Pour Larbaud, passe encore, mais Mauriac, Bernanos et Claudel, tout de même. Du coup,faut-il absolument condamner cette forme ?
1. A mon sens : oui, compte tenu de l'autorité attachée aux spécialistes de la langue française et à l'ouvrage que j'ai cités (de façon non limitative), à savoir :
Hanse, Thomas, Grevisse, Bescherelle des difficultés, Péchoin, Dauphin, Girodet.
Et auxquels on peut ajouter : Goosse, Michèle Lenoble-Pinson,
Dictionnaire de l'Académie française, art.
espèce *; J.-P Collin, René Lagane (agrégé de grammaire),
etc.
*
Le mot Espèce est féminin, quel que soit le genre de son complément. (En gras dans le texte.)
En présence d'une telle unanimité (et de mon
magister dixit, lol), je conseille très vivement, dans la langue soignée, de toujours dire et écrire
une espèce de.
Il peut en être autrement dans certains cas particuliers, par ex., s'il s'agit de faire parler certains personnages.
2. Pour ma part, que certains écrivains, fussent-ils Mauriac, Claudel et Bernanos, aient écrit
°un espèce de ne contrebalance pas du tout l'opinion de tous ces spécialistes ou ouvrages.
3. Il est regrettable bien évidemment qu'
°un espèce de soit presque aussi employé (à l'écrit et, surtout, à l'oral) que fautif.
Dans le même registre, faut-il considérer de la même façon :
"Un sorte de pinceau" ?
"Une genre de casserole" ?
Ce qui est intéressant, et ce que ne fait pas l'auteur du lien que j'ai donné précédemment (qui se contente de faire remarquer que puisque personne (ou presque) ne s'aviserait de dire
un sorte de ou
une genre de, pourquoi devrait-on accepter
un espèce de), c'est d'essayer de voir pourquoi
un espèce est souvent trouvé alors que
un sorte ou
une genre le sont sinon pas du tout, en tout cas nettement moins.
Une bonne piste me semble être celle évoquée par Jehan :
Message 778 de ce fil, Jehan a écrit :Cela dit, l'erreur est symptomatique.
Dans "un(e) espèce d'abruti, le mot est davantage ressenti comme une sorte d'adjectif que comme un nom féminin à part entière
De fait,
espèce de - contrairement à ces autres petits camarades du même ordre - a un emploi / une valeur adjectival(e) :
3. [Avec une valeur de renforcement, le tour espèce de remplit souvent une fonction adj.]
− Fam. ou péj.
a) [Dans des phrases affirmatives ou négatives] C'est une espèce d'andouille à qui j'ai mis un marron (Courteline, Client sér.,1897, 2, p. 30).
b) [Dans des phrases exclamatives, sert à renforcer une injure] Voulez-vous bien lâcher mon cheval, espèce d'enflé! (A. Daudet, Nabab,1877, p. 55):
[…]
Rem. La valeur adj. que peut prendre le tour espèce de se traduit qqf. dans la lang. parlée (plus rarement dans la lang. écrite) par l'accord du mot avec son compl. Un espèce de tuberculeux (Céline, Voyage, 1932, p. 329). Cet espèce de Jean-Foutre (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 164). Cet espèce de beau garçon (Aragon, Rom. inach., 1956, p. 242).
https://www.cnrtl.fr/definition/espèce
(Bibi a graissé.)
Du coup, même quand
espèce de n'est pas utilisé avec cette valeur adjectivale, l'accord du déterminant avec le complément se fait.
Je comprends bien cette transformation en adjectif qui est faite du terme espèce, mais je m'abstiendrai quand même de l'employer comme tel.
D'ailleurs, ce mot est un mal aimé de la part de nombreuses personnes, qui n'arrivent pas à en définir le sens exact quand il s'agit de le comparer à 'race', variété, famille, etc.
Que n'entend-on dire "le Chimpanzé est une race de singe". Ou, a contrario, "le Berger allemand est une espèce de chien". Et je ne parle pas des discussions sur les végétaux… 🙄
Dans les trois exemples cités dans rem du Bdl les deux premiers ne choquent pas, mais le troisième est, me semble-t-il, carrément fautif dès lors que le garçon est déjà qualifié (beau).