Celui sera véritablement le poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser…

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous. Je suis actuellement étudiant en deuxième année de Lettres Modernes, et j'ai un sujet de dissertation à rendre sur la poésie du XIXe siècle. Je viens de découvrir ce site alors je tente ma chance, peut-être cela m'apportera-t-il une ouverture littéraire et réflexive importante.

Voici le sujet :
"Celui sera véritablement le poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser, éjouir, douloir, aimer, haïr, admirer, étonner, bref, qui tiendra la bride de mes affections, me tournant ça et là à son plaisir." Dans quelle mesure Baudelaire et Verlaine vous semblent-ils mettre en oeuvre ce programme formulé par Du Bellay ?
J'ai déjà quelques pistes de réflexion qui me conduisent à une ébauche de problématique et à un plan qui, malheureusement, ne me convainc pas, d'où cette discussion.

Ici apparaît une conception moderne de la poésie (contrairement à la conception antique), plus sentimentale qu'active et plus incantatoire que sentimentale. Celle-ci rend assez étranger le problème des puissances de la poésie sur le lecteur ou l'auditeur. Aussi, ce sujet pose-t-il un problème d'esthétique.
Or, dans la lyrique ancienne (qui a été reprise au XVIe siècle), le poète était avant tout l'être privilégié qui tient des dieux le mystérieux pouvoir d'agir sur les autres hommes et de modifier leurs sentiments (que Du Bellay appelle "affections") à son gré ("à son plaisir" pour Du Bellay). On peut ici faire référence aux figures d'Orphée ou de Tyrtée, et même à Platon qui considérait ce pouvoir de la poésie comme dangereux et qui voulait ainsi mettre les poètes en marge de la Cité.
Alors ici Du Bellay veut dire que le poète tient "véritable[ment]" à sa disposition les mouvements profonds de notre âme comme l'amour, la haine, l'admiration, l'effroi, l'exaltation, la souffrance ou la colère.
Quant à Baudelaire et Verlaine, ce sont deux poètes qui peuvent être rattachés aux mouvements du second Romantisme, du Parnasse et plus souvent du Symbolisme (je n'arrive pas à classer ces deux poètes dans une catégorie spécifique, mais je ne pense pas que ce soit une nécessité).

En centrant le sujet autour de leurs œuvres, il s'agit alors d'interroger les pouvoirs de leur(s) poésie(s) - qu'elle aille du second romantisme au symbolisme en passant par une empreinte parnassienne - sur le lecteur, et donc de dégager les caractéristiques principales de leur(s) esthétique(s). Telle est mon ébauche de projet d'étude/problématique (appelez cela comme bon vous semble 🙂 ).

Aussi, mon plan consisterait-il d'abord à voir quelles sont les différentes conceptions de la poésie des deux poètes (afin de voir si elles se rapprochent de celle formulée ici par Du Bellay), puis de dégager les caractéristiques principales de leurs différentes esthétiques (du second romantisme au symbolisme), avant de me demander par quels moyens Baudelaire et Verlaine allient poésie efficace (touche le lecteur) et poésie artistique (conception plus parnassienne, qui dépasse le programme de Du Bellay).

Au plaisir de vous lire, je vous remercie d'avance !
Baudelaire remplit le contrat proposé par Du Bellay par sa conception de la modernité poétique.
Verlaine, d'une autre manière, en jouant sur les suggestions et la musicalité.

Ces deux poètes établissent des correspondances avec la musique et la peinture et emmènent le lecteur en dehors du romantisme des émotions premières. Ils élargissent la palette et la gamme.
Bonsoir floreale,

Merci pour ta réponse, cela me permet de me rendre compte que ma première partie tient la route. En revanche, que penses-tu des deux autres ?

Cordialement,

Rafalman Mitchell
Il me semble qu'il faudrait formuler une vraie problématique. Alors le plan y répondra.

Un art poétique selon Du Bellay

Baudelaire et Verlaine y répondent … dans une certaine mesure et proposent des univers singuliers en "tenant la bride" en guidant regard et émotions.

Au-delà, le poète ne doit-il pas aussi interroger le lecteur, déclencher en lui d'autres images, d'autres mondes, d'autres ailleurs en transformant son regard et sa sensibilité ? Le lecteur alors n'est plus seulement conduit mais "libéré, lâché, affranchi" …
"Comment les plumes de Baudelaire et Verlaine conduisent-elles le lecteur vers une libération de son esprit ?"

I. Les conceptions de la poésie de Baudelaire et Verlaine répondent au programme formulé par Du Bellay (cf. Art poétique de Verlaine et Correspondances de Baudelaire)
II. Les différentes esthétiques des poèmes baudelairiens et verlainiens correspondent à leurs projets, ainsi qu'à celui formulé par Du Bellay
III. Le tout n'est pas de guider le lecteur et de mener ses "affections" à la baguette, mais de le faire voyager afin de le faire accéder à un autre ordre (plus spirituel, métaphysique)

Cela est-il convenable ?
Ta "problématique" pose mal les enjeux du sujet.

La structure reste scolaire et le I et le II se recoupent.
(Tu as des formules malheureuses : "à la baguette")
Je pense que je n'arrive pas à cerner ces enjeux. Pour moi, le sujet pose un problème profond d'esthétique poétique, et fait s'interroger sur les effets que doit avoir la poésie sur le lecteur. Mais je n'arrive pas à aller plus loin, c'est pourquoi ma problématique bat de l'aile, il manque une étape à ma problématisation… Auriez-vous, floreale, ou n'importe qui d'autre, une idée, une piste ?

Je vous implore, aidez-moi …


Je relève finalement deux paradoxes dans ce sujet.
- "Notre langue" : laquelle ? Puisque le poète, par des néologismes ou des termes empruntés à d'autres langues, ne cesse de la faire évoluer, l'hybrider…
- Les pouvoirs de la poésie qui émaneraient plus du poète que de la poésie en elle-même.

Problématique : Comment Baudelaire et Verlaine se réapproprient-ils "notre langue", si chère à Du Bellay, et la manient-ils en fonction des effets qu'elle procure ?

I. Articulation langue/langage/poésie : les arts poétiques de Baudelaire et Verlaine
II. Les pouvoirs du poète/de la poésie : esthétiques, effets produits
III. Dépassement du programme de Du Bellay : le but n'est pas tant de "tenir la bride [des] affections" du lecteur, mais de le faire accéder à un autre ordre, le libérer.

Qu'en pensez-vous ?