Je travaille au centre hospitalier de Toulouse. Lors d'une formation au sein de l'hôpital , j'ai appris qu'il fallait à présent dire à un patient :"vous êtes confortable?" à la place de "avez-vous mal?". Je comprends très bien que le mot confortable soit positif mais est-ce correct de demander à quelqu'un s'il est confortable?
Être confortable, en parlant d’une personne.
27 réponses · Page 1 / 2
Bonsoir.
La question ne veut pas dire "Avez-vous mal ?" mais plutôt "Vous sentez-vous bien ?"
Selon le Trésor de la langue française, l'adjectif peut très bien qualifier quelqu'un :
La question ne veut pas dire "Avez-vous mal ?" mais plutôt "Vous sentez-vous bien ?"
Selon le Trésor de la langue française, l'adjectif peut très bien qualifier quelqu'un :
B.− [En parlant d'une pers.] Qui se sent bien là où elle est, et dans l'état dans lequel elle se trouve. Il n'y a que là que je me sente réellement confortable (Claudel):Le Larousse mentionne aussi cet emploi, mais le qualifie de "familier" :
Familier. Qui est bien installé, à l'aise : Vous êtes confortable dans ce fauteuil ?
est-ce correct de demander à quelqu'un s'il est confortable?C'est surtout indéchiffrable ! Le patient vous répondra : « oui, je suis bien installé merci », ou « non, puis-je avoir une couverture supplémentaire ? » ou plus facétieusement : « vous voulez donc vous asseoir sur mes genoux ? » AMHA, aucun ne saisira qu'on lui demande comment il se sent.
aster31 a écrit :mais est-ce correct de demander à quelqu'un s'il est confortable?C'est une extension de sens qui est souvent critiquée :
C'est sous l'influence de l'anglais comfortable que l'adjectif confortable en est venu à se dire de personnes. Cet usage est toutefois à éviter.https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca//bdl/gabarit_bdl.asp?T1=confortable&T3.x=0&T3.y=0&id=1018
Exemples fautifs :
- Il faut être confortable dans ses vêtements.
- Êtes-vous confortable comme cela?
- Je suis très confortable dans ce fauteuil.
On dira plutôt :
- Il faut porter des vêtements confortables.
- Êtes-vous à l'aise comme cela?
- Je suis très bien dans ce fauteuil.
https://forum.wordreference.com/threads/confortable.370024/?hl=fr
Bon, vous me direz, puisque que "confortable", dans son sens admis, était déjà un anglicisme, cela ne fait qu'aller dans le même sens !
Correct, pas correct…
La vraie question est : le patient comprend-il ce qu'on lui demande ?
La vraie question est : le patient comprend-il ce qu'on lui demande ?
Peut-être davantage que ce que certains puristes pensent… Qui sait ?
Aucun ne saisira qu'on lui demande comment il se sent.Un peu, pourtant, puisque vous faites répondre à un patient :
Oui, je suis bien installé, merci.Il comprend donc bien qu'on lui demande s'il se sent à l'aise.
J'ignorais que l'expression "Je suis confortable" pouvait être utilisée en français. J'ai toujours été persuadée qu'elle n'était correcte qu'en anglais.
Disons qu'en français, c'est un anglicisme critiqué… catalogué "familier" par le Larousse, comme dit plus haut.
Delia a écrit :Tout à fait Delia ! Si l'on m'avait posé cette question, je n'aurais pas su y répondre.est-ce correct de demander à quelqu'un s'il est confortable?C'est surtout indéchiffrable ! Le patient vous répondra : « oui, je suis bien installé merci », ou « non, puis-je avoir une couverture supplémentaire ? » ou plus facétieusement : « vous voulez donc vous asseoir sur mes genoux ? » AMHA, aucun ne saisira qu'on lui demande comment il se sent.
Il s'agit d'un anglicisme (le mot anglais a été emprunté à un mot français, il est vrai) critiqué (par ex., par jean Girodet).
Le grand Robert de la langue française en dit ceci (c'est moi qui graisse) :
(En parlant des personnes). Vx ou par anglic. Qui est confortablement installé, à l'aise. « Bourgeois confortables » (Gautier). « Je me sentais confortable près de lui » (Beauvoir).J'ai envie de citer également ce message de Jacques, écrit sur le forum Français, notre belle langue :
Posté le : lun. 21 déc. 2009, 7:53 Sujet du message : Re: être confortable Répondre en citant
Ce solécisme, comme bon nombre de barbarismes, est un sous-produit de l'anglomanie ambiante. Plusieurs fois, dans des films anglophones doublés, j'ai entendu cette formule : « J'espère que vous serez confortable dans cette chambre » ou « Faites-vous confortable ». Une transcription aussi pitoyable que littérale de l'anglais make yourself comfortable, soit « faites comme chez vous » ou « mettez-vous à l'aise » comme nous le dit notre marquise. C'est ce même genre de traduction mot pour mot, provenant de ceux que Jacques Capelovici appelle des traducteurs incompétents, qui nous vaut des opportunités, des disques digitaux (digital records = disques numériques) des ministres en charge de (in charge of = chargés de). C'est elle encore qui nous vaut la propagation du mot site (paysage naturel) qui le fait employer en remplacement de lieu, emplacement, succursale, magasin, usine, endroit, rue, etc. Et c'est encore elle qui nous a dotés depuis longtemps d'un ministère de l'Éducation, alors qu'il s'agit d'enseignement.
Ce sont ces mauvais traducteurs qui méritent d'être fessés. https://www.achyra.org/francais/viewtopic.php?p=36397
Certes… Mais de là à dire : "Si l'on m'avait posé cette question, je n'aurais pas su y répondre"…
Tu aurais été en situation, je suis sûr que tu aurais su.
Tu aurais été en situation, je suis sûr que tu aurais su.
Ah non, pas du tout !
Très étonnant, quand même…
Moi, en bonne polyglotte, j'aurais pensé qu'une personne anglophone faisait un bon effort pour me parler français, mais tout en lui en sachant gré, je lui aurais répondu : so much better at home!
A trois contre un, personne ne saisirait la question.
Mais il est un autre aspect du sujet que je trouve assez inquiétant.
J'espère ne jamais être hospitalisée à Toulouse ! Ailleurs, on demande : « Sur une échelle de un à dix, comment noteriez-vous votre douleur ? »
Mais il est un autre aspect du sujet que je trouve assez inquiétant.
Lors d'une formation au sein de l'hôpital , j'ai appris qu'il fallait à présent dire à un patient :"vous êtes confortable?" à la place de "avez-vous mal?".Ce sont deux questions fermées, première remarque, mais, seconde remarque, la formulation vous êtes confortable ? est verrouillée. La tournure est affirmative (vous êtes et non êtes-vous ?) et la phrase en prend une allure injonctive. Qui osera répondre non ? C'est ainsi que l'on retire la parole aux patients dans le mouvement même où l'on semble la leur donner.
J'espère ne jamais être hospitalisée à Toulouse ! Ailleurs, on demande : « Sur une échelle de un à dix, comment noteriez-vous votre douleur ? »
Sur une échelle de un à dix, comment noteriez-vous votre douleur ?Et pour une même douleur, Le douillet répondra 10 et celui qui ignore la douleur, 1.
Cela revient à s'informer, qu'on le veuille ou pas, du confort du patient.
Cela revient à poser une question claire et compréhensible avec une réponse précise. La réponse permet de doser les analgésiques de façon adaptée ressenti du patient.
Quant au
Cependant, la question n'est pas là et elle n'est pas linguistique mais éthique : d'un côté une question claire posée dan un vocabulaire simple et compréhensible et qui donne la parole au patient ; de l'autre, une question qui n'en est pas une posée par un mot incompréhensible et n'appelant de réponse que par oui ou par non. La première donne la parole au patient, la seconde la lui retire.
Quant au
confort du patientil dépend de la qualité du matelas, de l'absence de plis dans les draps, de l'inclinaison du sommier… La présence ou l'absence douleur ne sont pas une question de confort mais de bien-être.
Cependant, la question n'est pas là et elle n'est pas linguistique mais éthique : d'un côté une question claire posée dan un vocabulaire simple et compréhensible et qui donne la parole au patient ; de l'autre, une question qui n'en est pas une posée par un mot incompréhensible et n'appelant de réponse que par oui ou par non. La première donne la parole au patient, la seconde la lui retire.
Effectivement, pour la question aux patients, je trouverais plus naturel de demander comment ils se sentent.
En ce qui concerne l'emploi du mot, je perçois comme le Larousse plus de familiarité dans l'emploi de confortable pour une personne que pour une chose, mais notons tout de même l'incohérence de ce ressenti qui ne s'applique pas à une personne confortablement installée…
En ce qui concerne l'emploi du mot, je perçois comme le Larousse plus de familiarité dans l'emploi de confortable pour une personne que pour une chose, mais notons tout de même l'incohérence de ce ressenti qui ne s'applique pas à une personne confortablement installée…
Comment le mot est entré dans la langue…
Eugène Sue, les Mystères de Paris, troisième partie, chapitre 10 (1842-1843) :
Eugène Sue, les Mystères de Paris, troisième partie, chapitre 10 (1842-1843) :
Hier soir donc, je reçois par un exprès cette lettre de madame la duchesse :
« Il faut absolument, ma chère madame Dubreuil, que le petit pavillon du verger soit en état d’être occupé après-demain soir : faites-y transporter tous les meubles nécessaires, tapis, rideaux, etc. Enfin, que rien n’y manque, et qu’il soit surtout aussi confortable que possible… »
– Confortable ! vous entendez, madame Georges ; et c’est souligné encore ! — dit madame Dubreuil, en regardant son amie d’un air à la fois méditatif et embarrassé ; puis elle continua :
« Faites faire du feu jour et nuit dans le pavillon pour en chasser l’humidité, car il y a long-temps qu’on ne l’a habité. Vous traiterez la personne qui viendra s’y établir comme vous me traiteriez moi-même ; une lettre que cette personne vous remettra vous instruira de ce que j’attends de votre zèle toujours si obligeant. J’y compte cette fois encore, sans crainte d’en abuser ; je sais combien vous êtes bonne et dévouée. Adieu, ma chère madame Dubreuil. Embrassez ma jolie filleule, et croyez à mes sentiments bien affectionnés.
Noirmont de Lucenay. »
« P. S. La personne dont il s’agit arrivera après-demain dans la soirée. Surtout n’oubliez pas, je vous prie, de rendre le pavillon aussi confortable que possible. »
– Vous voyez ; encore ce diable de mot souligné ! dit madame Dubreuil en remettant dans sa poche la lettre de la duchesse de Lucenay.
– Eh bien ! rien de plus simple — reprit madame Georges.
– Comment, rien de plus simple !… Vous n’avez donc pas entendu ? Madame la duchesse veut surtout que le pavillon soit aussi confortable que possible ; c’est pour ça que je vous ai priée de venir. Nous deux Clara, nous nous sommes tuées à chercher ce que voulait dire confortable, et nous n’avons pu y parvenir… Clara a pourtant été en pension à Villiers-le-Bel, et a remporté je ne sais combien de prix d’histoire et de géographie… eh bien ! c’est égal, elle n’est pas plus avancée que moi au sujet de ce mot baroque ; il faut que ce soit un mot de la cour ou du grand monde… Mais c’est égal, vous concevez combien c’est embarrassant : madame la duchesse veut surtout que le pavillon soit confortable, elle souligne le mot, elle le répète deux fois, et nous ne savons pas ce que cela veut dire !
– Dieu merci ! je puis expliquer ce grand mystère — dit madame Georges en souriant : — confortable, dans cette occasion, veut dire un appartement commode, bien arrangé, bien clos, bien chaud ; une habitation, enfin, où rien ne manque de ce qui est nécessaire et même superflu…
On dérive un peu-beaucoup de la question initiale, mais bon je trouve que le sujet est intéressant, alors ! 🙂
Je ne pense pas que les échelles de douleurs soient abandonnées – mais je ne travaille pas dans les hôpitaux, seul aster31 pourra nous le dire -, je ne crois pas non plus que l’objectif soit d’empêcher les patients de verbaliser leur douleur, je suppose qu’il s’agit plutôt de ne pas induire chez eux des réactions négatives par des suggestions négatives.
Il vaudrait ainsi par exemple mieux dire Nous allons tout faire pour que vous soyez confortable (image positive > détente), plutôt que Nous allons tout faire pour que vous n’ayez pas mal (induction de la douleur > stress).
https://www.researchgate.net/publication/50286336_The_effects_of_positive_or_negative_words_when_assessing_postoperative_pain Une étude australienne
(où on trouve le fameux « are you comfortable ? ») a ainsi montré que la douleur était davantage exprimée dans le groupe « Do you have any pain ? » que dans celui « Are you comfortable ? ». En revanche, il n’y a pas de différence dans l’intensité ressentie selon les groupes.
Comme le souligne l’étude, une douleur moins exprimée ne signifie pas forcément une douleur moins ressentie. Cette moindre expression de la douleur dans le groupe « are you comfortable ? » peut donc tout aussi bien s’expliquer par un réel effet positif d’une question formulée positivement que par la formulation même de la question qui biaise l’expression du ressenti. Les auteurs soulignent également que Are you comfortable n'est pas antonyme de Do you have any pain, ce qui là encore peut influencer les réponses et biaiser la comparaison.
Les chercheurs concluent Word choice in the assessment of pain requires further research. Si j’en crois vos réactions, en effet ! 🙂
Je ne pense pas que les échelles de douleurs soient abandonnées – mais je ne travaille pas dans les hôpitaux, seul aster31 pourra nous le dire -, je ne crois pas non plus que l’objectif soit d’empêcher les patients de verbaliser leur douleur, je suppose qu’il s’agit plutôt de ne pas induire chez eux des réactions négatives par des suggestions négatives.
Il vaudrait ainsi par exemple mieux dire Nous allons tout faire pour que vous soyez confortable (image positive > détente), plutôt que Nous allons tout faire pour que vous n’ayez pas mal (induction de la douleur > stress).
https://www.researchgate.net/publication/50286336_The_effects_of_positive_or_negative_words_when_assessing_postoperative_pain Une étude australienne
(où on trouve le fameux « are you comfortable ? ») a ainsi montré que la douleur était davantage exprimée dans le groupe « Do you have any pain ? » que dans celui « Are you comfortable ? ». En revanche, il n’y a pas de différence dans l’intensité ressentie selon les groupes.
Comme le souligne l’étude, une douleur moins exprimée ne signifie pas forcément une douleur moins ressentie. Cette moindre expression de la douleur dans le groupe « are you comfortable ? » peut donc tout aussi bien s’expliquer par un réel effet positif d’une question formulée positivement que par la formulation même de la question qui biaise l’expression du ressenti. Les auteurs soulignent également que Are you comfortable n'est pas antonyme de Do you have any pain, ce qui là encore peut influencer les réponses et biaiser la comparaison.
Les chercheurs concluent Word choice in the assessment of pain requires further research. Si j’en crois vos réactions, en effet ! 🙂
C'est surtout Balzac, le grand familiarisateur du mot :
https://books.google.fr/books?id=W1I37Shd3a4C&pg=PA142#v=onepage&q&f=false
Étrangement, d'après le TLF, le français a emprunté "confortable" (ou comfortable) à l'anglais à la fin du XVIIIe siècle, avant de lui emprunter "confort" au début du XIXe siècle.
Là-encore, Balzac introduit "comfort" :
Le vicomte complimenta mademoiselle Cormon sur le service, sur la tenue de la maison, en avouant qu'il croyait la province arriérée, et qu'il la trouvait très-comfortable. — Qu'est-ce que c'est que ce mot-là , bon Dieu ! pensa-t-elle. Où est le chevalier de Valois pour y répondre. Comfortable ? Y a t-il plusieurs mots là-dedans? allons, du courage, se dit-elle, c'est peut-être un mot russe, je ne suis pas obligée d'y répondre.La Vieille Fille, 1836
https://books.google.fr/books?id=W1I37Shd3a4C&pg=PA142#v=onepage&q&f=false
Étrangement, d'après le TLF, le français a emprunté "confortable" (ou comfortable) à l'anglais à la fin du XVIIIe siècle, avant de lui emprunter "confort" au début du XIXe siècle.
Là-encore, Balzac introduit "comfort" :
L'arrangement de son hôtel et la restauration du château de Lanstrac, où il introduisit le luxe et le comfort anglais, absorbèrent les capitaux que depuis six ans lui plaçait son notaire.Le contrat de mariage, 1835



