Le jeu théâtral et le sérieux

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Je suis actuellement en classe d'hypokhâgne filière A/L et pour les vacances notre professeur de lettres nous a donné un sujet de dissertation assez… original. C'est en effet un sujet dit "inerte" :
"Le jeu théâtral et le sérieux"
J'ai quelques difficultés dans cette matière, ayant du mal à cerner, le plus souvent, le sujet.
Notre professeur nous a indiqué qu'il fallait confronter les termes.
J'ai un peu du mal à voir le rapport entre les deux termes et en quoi ils influent l'un sur l'autre, en effet, j'ai déjà fait des recherches sur les sens des termes et j'ai trouvé que le sérieux était l'importance que l'on conférait aux choses et que le jeu théâtral est l'activité de la représentation théâtrale avec tout ce qu'elle implique, c'est-à-dire l'obéissance aux codes de la représentation mimétique.
Mais j'ai du mal à étoffer la définition de "sérieux" et à en saisir tous les sens.
Je pense que les deux termes semblent au premier abord opposé, en effet, lorsque l'on pense au jeu théâtral, on pense au mouvement, à l'imitation de la vie, quelque chose qui n'est pas inerte, alors que le sérieux semble un terme qui s'oppose à ces caractéristiques, voire qui est presque négatif, ainsi le sérieux tend à exclure le jeu
Néanmoins, il me semble également que le jeu peut englober le sérieux, et que le sérieux peut amener du jeu théâtral, en effet le sérieux en exagération amène du comique.
On me reproche souvent de ne pas approfondir assez ma réflexion et ici encore une fois, j'ai l'impression de n'effleurer que la surface du sujet.
De plus, notre professeur à précisé qu'il était nécessaire que les exemples pris dans le devoir viennent pour 50% des œuvres étudiées ou que l'on doit lire dans cette séquence sur le théâtre, œuvres qui sont :
Le Misanthrope de Molière
Huis-Clos de Jean-Paul Sartre
Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos
L'île des esclaves de Marivaux
Rhinocéros de Ionesco

J'ai lu chacune de ces œuvres, et, ici encore, j'ai du mal à voir ce que l'on pourrait trouver dans les textes qui se rapporte au sérieux

Votre aide serait la bienvenue, en vous remerciant par avance de cette aide

PS : Si une âme charitable de professeur ou d'élève de khâgne ou d'hypokhâgne passerait par là, aurait-elle la gentillesse d'essayer de m'expliquer comment réussir une dissertation ? Comment analyser un sujet correctement ? Ou de m'indiquer des livres qui portent sur la culture littéraire qu'un hypokhâgneux devrait avoir ?

Encore une fois, merci d'avance !
Les thèmes sont sérieux mais l'auteur joue avec les caractères, les dialogues, les situations. Le metteur en scène joue avec les décors, les costumes, les éclairages, les déplacements, les surprises … Les comédiens jouent avec le corps, la voix. Le public vient au spectacle. Il se divertit, réfléchit, s'interroge …
Bonsoir,
Merci de m'avoir répondu !
J'ai du mal à cerner vos propos, voulez-vous dire que le jeu théâtral est sans cesse au service du sérieux ? Pour le représenter ?
Aussi, peut-on parler du sérieux comme la conscience de la fragilité, ou de l'absurdité de la vie humaine ?
Merci pour vos réponses et pour m'avoir consacré du temps !
Il y a, en effet, de prime abord, une contradiction entre "jeu" et "sérieux". Ainsi
"chaque fois que l’homme moderne veut insister sur le sérieux de son activité, il a le mot “travail” à la bouche"(Kurz-Lohoff-Trenkle, Manifeste contre le Travail, xiv)
En ce sens, tout jeu serait, par définition, une activité futile, donc non-sérieuse, réservée à des enfants. Sauf que, en français notamment, le terme "jeu" est redoutablement polysémique : ce terme peut désigner une activité non-sérieuse, certes, mais aussi un certain manque de rigueur dans un assemblage mécanique ("il y a du jeu entre ces deux écrous"), ou encore une certaine complexité dans les relations humaines ("Untel ne participera plus au jeu politique), enfin, une classe d'activités humaines hétéroclites qui va du jeu d'échecs au football en passant par … le jeu des acteurs (théâtre, cinéma, etc.). Par ailleurs, jouant sur l'étymologie latine, Bourdieu forge le concept d'illusio en rappelant qu'il est la contraction de l'ablatif in ludo ("dans le jeu"). Du coup,
"l’illusio, c’est le fait d’être pris au jeu"(Bourdieu, Raisons Pratiques, v)
D'où il suit que
"la croyance collective dans le jeu (illusio) et dans la valeur sacrée de ses enjeux est à la fois la condition et le produit du fonctionnement même du jeu"(Bourdieu, les Règles de l’Art, ii, 2)
On se trouve confronté à la même polysémie avec "sérieux". En dehors de l'acception "sérieux = non ludique", cet adjectif est synonyme de "grave" ("Untel a un sérieux problème de santé"), ou d'"austère" ("je suis sérieux, je n'ai pas envie de rigoler"). Sans parler des acceptions plus philosophiques. Par exemple chez Musil :
"naturellement, Walter était tout le contraire d'[Ulrich]. Il pensait beaucoup et passionnément à lui-même. Tout ce qui lui arrivait, il le prenait au sérieux. Parce que ça lui arrivait : comme si c'était une élection capable de métamorphoser une chose. À tout moment, il était une personne, un être complet, et parce qu'il était, il ne devenait rien. Tous l'avaient trouvé fascinant, lui avaient porté bonheur et l'avaient invité à rester avec eux, et le résultat final était que Walter était devenu archiviste ou conservateur, s'était embourbé, n'avait plus la force de changer, vitupérait tout le monde, était malheureux avec satisfaction et se rendait ponctuellement à son bureau"(Musil, l'Homme sans Qualités, II, §101)
Ou chez Sartre :
"je saisis cette âcreté du raisin trop vert à travers une conduite de dégoût. Je confère magiquement au raisin la qualité que je désire. Ici cette comédie n’est qu’à demi sincère. Mais que la situation soit plus urgente, que la conduite incantatoire soit accomplie avec sérieux : voilà l’émotion"(Sartre, Esquisse d'une Théorie des Émotions)
Chez Sartre, encore :
"ainsi, au nom de cette volonté de liberté, impliquée par la liberté elle-même, je puis former des jugements sur ceux qui visent à se cacher la totale gratuité de leur existence, et sa totale liberté. Les uns qui se cacheront, par l’esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches ; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu’elle est la contingence même de l’apparition de l’homme sur la terre, je les appellerai des salauds"(Sartre, l’Existentialisme est un Humanisme)
Bon. Déjà, avec ça, vous avez de quoi faire, non ?
LAL21, j'ajouterais à ma réponse que le théâtre est aussi jeu de miroirs.
Bonjour,
Merci ! Je vais essayer de me débrouiller avec tout ce que vous m'avez donné !

Faudrait-il alors faire comme plan :

I. Le jeu théâtral et le sérieux : deux termes qui semblent opposés
II. Le jeu théâtral au service du sérieux (où sérieux = grave, qui ne prête pas à rire, ou l'importance, subjectivement, que l'on accorde à quelque chose ou à quelqu'un)
III. Le jeu théâtral pour rendre compte du sérieux en tant que conscience de la fragilité et de la futilité de la vie humaine

Je sais que vous m'avez déjà beaucoup aidé et qu'il faudrait que j'ajoute des sous-parties pour que cela soit plus précis, mais vais-je dans la bonne direction ou ce plan est redondant ?
Deux remarques :
- d'abord on a du mal à voir ce que votre III apporte à votre II (en tout cas, dit comme vous le dites, cela semble redondant : la futilité et la fragilité de l'existence, c'est déjà quelque chose de "grave" qui "ne prête pas à rire", non ?)
- ensuite, lorsque vous parlez du "jeu théâtral", de quoi est-il exactement question : du jeu physique des acteurs, du jeu d'écriture de l'auteur, du jeu des facultés mentales du spectateur, … ?
Bonjour,
En effet, c'est ce que je redoutais, que le II ne soit que trop peu lié au III ainsi, faudrait-il rassembler les deux parties ? Et faire de mon III une sous-partie du II ?
Et pour le "jeu théâtral" justement je pensais étoffer mes parties comme ça, en jouant sur la signification du terme, en divisant en sous-parties le jeu de l'auteur, le jeu du metteur en scène et le jeu de l'acteur
De plus, en y repensant, ma première partie ne devrait pas être explicitée dans l'introduction, en expliquant ce postulat, que effectivement de prime abord le jeu théâtral et le sérieux sont opposés mais que finalement il ne le sont pas du tout, voire ils se complètent ?

J'ai vraiment du mal à organiser ma pensée et je bloque sur ce sujet… Je ne comprends pas comment faire un plan thèse-antithèse-synthèse à partir de ces deux seuls termes…

Merci de votre aide et de me consacrer du temps !
Je ne comprends pas comment faire un plan thèse-antithèse-synthèse à partir de ces deux seuls termes…
Vous pourriez peut-être faire :
- I) apparemment, il y a contradiction entre les termes "jeu" et "sérieux" (ne pas donner d'exemples trop abstraits mais montrer à quel point le "jeu théâtral" à été longtemps condamné à cause, précisément, de son manque de sérieux, par exemple par Pascal lorsqu'il dit, dans Pensées, B11 : "Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie")
- II) or, manifestement, à travers le "jeu théâtral", s'expriment les préoccupations humaines les plus sérieuses (là, vous avez l'embarras du choix de exemples ; songez juste à varier les genres et les époques)
- III) donc le " jeu théâtral" est à la fois ludique (cf. la citation de Bourdieu) et sérieux (cf. les citations de Sartre et de Musil).

Mais cela reste une possibilité parmi bien d'autres.
Bonjour,
Je vous remercie de votre aide précieuse et je vais essayer de travailler ce que vous m'avez proposé
Encore une fois merci !
Mais quid de la problématique ? Le problème PhiloPhilo, est que vous avez certes un plan mais pas de problématique pour fil conducteur de la réflexion. Sur un sujet inerte tel celui-ci, il s'agit de questionner la cohabitation de ces deux termes, leur ambiguïté relative…
De plus, je crains que votre première partie ne soit tout juste un postulat intéressant en introduction, mais bâtir toute une partie sur ce seul paradoxe…
Merci.