Apprendre le grec ancien comme une langue vivante

Langues anciennes

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A ce que je constate, ce qui nous oppose (bien amicalement), ce ne sont pas les méthodes d'apprentissage des langues anciennes, mais les finalités de cet apprentissage. Au risque de vous surprendre ou de vous décevoir, je ne vois pas l'intérêt de parler latin si ce n'est chez ceux que la langue attire pour elle-même. Vous dites que le but est de parler littérature : non, pas pour moi, c'est de lire les textes et de parler littérature en français, en anglais ou en tout autre langue vivante parce que celles-ci sont les seules à offrir des moyens immédiatement disponibles, et que l'expression même des concepts s'y trouve affectée d'une valeur que des siècles d'évolution culturelle, scientifique et technique ont déposée dans cette langue. En latin, il faudrait faire des transpositions laborieuses, des adaptations illusoires… Ainsi, si je veux dire que la description de l'atrium de Byrrhène, dans les Métamorphoses d'Apulée (II,4) est "baroque avant la lettre", comment je fais ?
Certes, s'il y avait de plus en plus de locuteurs, le latin pourrait renaître, mais alors, en vertu du principe saussurien qui veut qu'une langue, comme tout système, évolue sans contrôle conscient de ses locuteurs, il y a de fortes chances que naisse une langue qui marque des écarts par rapport au latin "courant" antique qu'il est d'ailleurs impossible de restituer (Quel lieu ? Quelle époque ? Le latin de Cicéron, (qui n'est nullement mon livre de chevet) est une langue littéraire qui équivaut à peu près à la langue de Bossuet ou à celle de… Rousseau. Est-il envisageable de parler comme eux ?).
En France (et ailleurs), tel a étudié le latin cinq ou six ans qui se montre incapable de déchiffrer la moindre épitaphe dans une église ou sur un monument civil. C'est cela qui "m'interpelle", et je ne vois pas ce que des compétences en latin "vivant" pourraient y faire…
Pour le reste, s'il y a quelque chose à pratiquer résolument, ce sont les langues vivantes.
Dices igitur atrium byrrhenicum ab apuleio in libro quarto descriptum quasi ad aetatem barocam in antecessum pertinere uideri 😉

Mais nos conceptions sont extrêmement proches, plus je pense que vous ne l affirmez

Entièrement d'accord avec la conception (aujourd'hui communément admise) de la langue come sédiment perpétuellement enrichi au cours des siècles, et porteuse de sens qui n'staient ni au xvi eme siècle, ni a fortiori au premier siècle. Le latin a à ce titre un statut bien particulier de langue artificiellement figée, et pour cela il y a un intérêt immense a le parler, Et bien sûr tout ne peut pas être exprimé. Mais là dessus la questionest vaste et pleine d'intérêt, je ne m'y attarde pas.

La question récurrente de "quel latin, de quelle époque?" a été tranchée par Erasme dans "Ciceronianus", un autre humaniste dont le nom m'échappe dans "Ciceromastix", et surtout Ange Politien dans sa conférence sur tace et Quintilien et sa correspondance, où il définit un style hybride, sive "mosaicum", sive "tesselatum" sive"apuleianum" : lorsuq'un mot n est pas chez cicéron, on peut le chercher chez sénèque, puis chez boèce.. puis chez abélard. Après tout, cela ne fait qu'augmenter notre capacité de lecture

À quoi celansert il de parler latin en dehors des cours? Eh bien par exemple, si cette conversation se tenait en latin, comme vous étes plus expérimenté que mois vous écririez sans doute des messages plus éloquents, avec une charge lexicale plus importante : et ainsi à force de voir ces mots ou ces emplois nouveaux, je les rentiendrais passivement, ou les noterais dans un carnet pour les employer moi même dès l'occasion suivante ; et ainsi toute conversation au sein de la république des lettres aurait une fonction pédagogique d'entretien ou même d apprentissage de nouveaux termes. Je parle au conditionnel mais c est ce que je pratique déjà de fait. De même la lecture devient active : quand je trouve un terme pouvant exprimer une idée qui m'échappait dans mes conversations précédentes, je le retiens d autant plus facilement qu'il m a manqué à plusieurs reprises. Or tout cela sert directement la capacité de lecture. Si pendant 6 ans l élève en question avait entendu deux fois par semaine un cours commencer par saluete, vos quam optime ualere iubeo, il ne regarderait jamais dans une grammaire le tableau des emploisnde quam, ni dans un dictionnaire la construction de iubeo. En somme c'est simplement une question d exposition à la langue, qui serait accrue si elle ne se circonscrivait pas à la demie heure quotidienne de "petit latin" (appellation imbécile) de l'hypokhagbeux consciencieux

On peut aller encore plus loin : la pratique du latin qu'avaient les humanistes change du tout au tout les modalités de la lecture : le fait de s exprimer pour lire et de lire pour s exprimer nous met dans une certaine immanence au texte ( c'est ce qui fait aussi les limites épistémiquesnde cette pratique j en conviens) Mais elle nous ouvre à un rapport à la littérature différent de notre manière moderne de lire, puisque le texte est à la fois oeuvrelittéraire et modèle linguistique (ce qui est bcp moins lencas dans une langue vivante, puisque heureusement, Rilke n est pas ma seule source pour apprendre l'allemand)

Bien sûr je ne force personne (jj'aurqis bien du mal), mais je pense que cette pratique pourrait considérablement rafraîchir l'enseignement actuel, sur lequel j'aurais beaucoup de venin à répandre. Je crois qu il n y a pas beaucoup de professeurs qui comme vous, lisent couramment le latin sans traduire et pour leur propre plaisir, c est ce que j ai voulu dire par ma phrase sur cicéron. Or je voudrais y remédier. Pourquoi est-ce qu'un L3 d'allemand peut avoir sur son chevet Thomas Mann, alors que le latin est plus proche de notre langue maternelle etvdevrait demander moins d effort?

Du reste je concède qu'il vaut mkeux apprendre d abord unenlangue vivante, carbcela est plus commode.
Je crois en outre que l'exercice de version et de thème grammatical mortifient la langue (je pourrais gloser longtemps à ce sujet) et devraient ètre strictement réservées aux dernières années d'études.
Peux-tu développer ?
On peut s' interroger sur la finalité d'un exercice qui consiste en restituer une quinzaine de lignes en quatre heures : ce n'est pas l'exercice lui même qui est en question, mais le fait qu'il soit notre seul rapport à la langue. Il exige une minutie, une technicité et une lenteur extrêmes qui relèvent du perfectionnement de fin de cursus, mais en aucun cas il ne peut former des lecteurs autonomes. Or c'est ce que nous voulons, n'est-ce pas? On peut toujours avancer que tout le corpus romain est traduit et qu'une lecture bilingue est une performance satisfaisante ; mais des tas de textes passionnants de la renaissance ne sont pas traduits, pas édités : on ne va pas pour autant se contenter de n'en lire que le premier paragraphe!

Je connais bcp de personnes dégoûtés des langues anciennes à force de longues années de version ; au point qu'ils assimilent l'un à l'autre, c'est dommage tout de même!
Là, je suis parfaitement d'accord.
Haha de toute façon l'ampleur notre "querelle" est à peu près comparable… je ne sais pas, moi, à celle de deux violonistes baroques dont l'un défendrait l'archet lombard et l'autre non ; je crois qu'on peut concéder mutuellemnt un certain nombre de chose sans faire trop violence à nos ego respectifs 😀