Rousseau - La force de l’homme est tellement proportionnée à ses besoins naturels…

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonsoir à tous.
Je suis en train d'étudier le texte suivant du Philosophique Rousseau.
La force de l’homme est tellement proportionnée à ses besoins naturels et à son état primitif que, pour peu que cet état change et que ces besoins augmentent, l’assistance de ses semblables lui devient nécessaire ; et quand enfin ses désirs embrassent toute la nature, le concours de tout le genre humain suffit à peine pour les assouvir. C’est ainsi que les mêmes causes qui nous rendent méchants nous rendent encore esclaves, et nous asservissent en nous dépravant. Le sentiment de notre faiblesse vient moins de notre nature que de notre cupidité : nos besoins nous rapprochent à mesure que nos passions nous divisent ; et plus nous devenons ennemis de nos semblables, moins nous pouvons nous passer d’eux. Tels sont les premiers liens de la société générale ; tels sont les fondements de cette bienveillance universelle dont la nécessité reconnue semble étouffer le sentiment, et dont chacun voudrait recueillir le fruit sans être obligé de la cultiver. Car, quant à l’identité de nature, son effet est nul en cela ; parce qu’elle est autant pour les hommes un sujet de querelle que d’union, et met aussi souvent entre eux la concurrence et la jalousie que la bonne intelligence et l’accord.
Hélas, je ne parviens pas à comprendre l'entièreté de sa pensée.

Voici ce que j'ai pu comprendre de moi-même: Les facultés des Hommes sont limitées à leurs besoins naturels, dans un état de primitivité. (c'est-à-dire, satisfaire les besoins primaires de survie: manger,boire ect…). Dés lors que cet état primitif disparaît, l'Homme est contraint de recevoir de l'aide d'autres Hommes pour satisfaire les autres "besoins" générés par cette évolution. Une fois que ses autres "besoins" (devenus désirs) font partie intégrante de l'individu, l'ensemble des Hommes suffit à peine pour tous les satisfaire (Je crois qu'il fait référence aux multiples profession que peut exercer l'Homme,). Voilà.. ensuite c'est du brouillard.

Par la suite, je crois comprendre que "nos besoins nous rapprochent, a mesure que nos passions nous divisent" signifie que nous sommes dépendants des autres pour satisfaire nos besoins, mais que cela nous agace finalement de l'être…


Bref, je ne suis pas convaincu de bien tout saisir. Pourriez vous d'une part, m'éclairer sur la cohérence de ma première analyse, et par la suite tenter de m'expliquer plus subtilement le reste de la pensée ?

Merci d'avance !
Voici ce que j'ai pu comprendre de moi-même: Les facultés des Hommes sont limitées à leurs besoins naturels, dans un état de primitivité. (c'est-à-dire, satisfaire les besoins primaires de survie: manger,boire ect…). Dés lors que cet état primitif disparaît, l'Homme est contraint de recevoir de l'aide d'autres Hommes pour satisfaire les autres "besoins" générés par cette évolution. Une fois que ses autres "besoins" (devenus désirs) font partie intégrante de l'individu, l'ensemble des Hommes suffit à peine pour tous les satisfaire (Je crois qu'il fait référence aux multiples profession que peut exercer l'Homme,).
Jusque là, c'est correct.
Par la suite, je crois comprendre que "nos besoins nous rapprochent, a mesure que nos passions nous divisent" signifie que nous sommes dépendants des autres pour satisfaire nos besoins, mais que cela nous agace finalement de l'être…
Pourquoi cela nous "agace"-t-il ? A vous de réfléchir (en cohérence avec le début de votre analyse qui, encore une fois, est satisfaisante).
Bonjour,

Tout d'abord je tiens à m'excuser de répondre aussi tardivement par rapport au dernier message, j'étais très occupé pour un contrôle d'Histoire-Géo.

Maintenant, j'ai réfléchi un peu sur le texte et je propose une autre interprétation:
"C’est ainsi que les mêmes causes qui nous rendent méchants nous rendent encore esclaves, et nous asservissent en nous dépravant."
Je pense que Rousseau parle ici du désir aliénant. Les passions provoquent souvent un état de méchanceté ? Et l'aliénation du désir corrompt notre esprit.
" Le sentiment de notre faiblesse vient moins de notre nature que de notre cupidité "
si je considère l'état d'aliénation du désir comme ce sentiment de faiblesse, celui-ci provient davantage de notre envie de posséder que de notre propre. Càd l'individu en question, avant l'aliénation.
" nos besoins nous rapprochent à mesure que nos passions nous divisent ; et plus nous devenons ennemis de nos semblables, moins nous pouvons nous passer d’eux. "
Donc, de par les multiples métiers qu'exercent les Hommes, la coopération devient indispensable pour tout satisfaire. Donc nos besoins, nous font rapprocher des autres. Mais, ce sont uniquement les passions qui nous poussent à coopérer. De ce fait, il est difficile de parler d'une véritable complicité entre les hommes.
" tels sont les fondements de cette bienveillance universelle dont la nécessité reconnue semble étouffer le sentiment "
Ici, je pense que Rousseau joue avec l'ironie. En effet, il n'est nul question d'une bienveillance. Car les Hommes ne "s'aident" que par contrepartie (du moins, dans le fonctionnement d'une société). Et le fait de réaliser l'importance de la chose vis-à-vis de l'autre individu, aide à atténuer ce sentiment abject d'être utilisé que pour seul profit.
"et dont chacun voudrait recueillir le fruit sans être obligé de la cultiver"
Chacun voudrait voir son prochain être bienveillant envers lui, mais sans réciprocité.
"Car, quant à l’identité de nature, son effet est nul en cela ; parce qu’elle est autant pour les hommes un sujet de querelle que d’union, et met aussi souvent entre eux la concurrence et la jalousie que la bonne intelligence et l’accord"
Bon… Pour cette dernière phrase je sèche complètement…

ça me semble à peu près cohérent… Même si j'ai quelques doutes. Suis-je dans le droit chemin ?
Et que signifie cette dernière phrase dont je ne saisis rien ?

Merci d'avance
Vous êtes sur la bonne voie.
Donc, de par les multiples métiers qu'exercent les Hommes, la coopération devient indispensable pour tout satisfaire.
C'est plutôt le contraire : c'est parce que la coopération devient indispensable pour satisfaire des désirs qui dépassent les besoins naturels qu'il s'établit une division sociale des tâches et, par conséquent, que les hommes exercent divers métiers. L'individu à l'état de nature n'a pas besoin de travailler puisqu'il est, par définition, auto-suffisant.
Ici, je pense que Rousseau joue avec l'ironie. En effet, il n'est nul question d'une bienveillance.
Non. Il n'y a pas d'ironie. Rousseau montre qu'il naît réellement de cette distorsion des besoins un besoin moral de "bienveillance" qui n'est rien d'autre qu'un désir de plus. D'autant qu'il est extrêmement paradoxal de désirer chez autrui une "bienveillance", c'est-à-dire une propension à satisfaire mes désirs, que je ne suis pas du tout prêt à lui accorder en retour (pensez à la fable des porcs-épics de Schopenhauer). Pour Rousseau, il n'existe qu'un seul sentiment moral naturel et, partant, authentique : la pitié. Au-delà, tout sentiment moral est précaire et révocable, à commencer par cette fameuse bienveillance sur laquelle se fonde un lien social qui sera nécessairement, lui aussi, précaire et révocable (d'où la nécessité, pour Rousseau, de confier au droit, à travers le contrat social, la tâche de corriger les incohérences de la morale).
Et que signifie cette dernière phrase dont je ne saisis rien ?
C'est, à mon avis, la phrase la plus intéressante du texte. L'"identité de nature" dont parle Rousseau est la conscience que tout le monde est logé à la même enseigne, que tout le monde est dans le même bateau, comme on dit. Or, cette prise de conscience est un ferment de passion, de méchanceté, bref, de discorde. En disant que l'identité de condition n'est pas, par soi-même, créatrice de lien social, Rousseau s'inscrit dans la lignée de Hobbes (l'homme est un loup pour l'homme), de Spinoza (l'homme devrait être un Dieu pour l'homme mais ne l'est pas) et, surtout de Girard (l'identique = le double monstrueux). Tous ces philosophes répondent par avance aux démagogues actuels qui promeuvent le mythe de l'identité sociale comme facteur de paix.
D'accord, je viens de lire l'entièreté de votre message… on peut dire qu'il y a matière. Il va falloir que je me concentre un bon coup pour piger tout cela.
Donc, les passages n'ayant subi aucune modification de votre part sont-ils corrects ?

Sinon, notre professeur nous a dit qu'il y avait un passage de ce texte ou Rousseau se moquait en utilisant l'ironie… c'est pour cela que je pensais à un double sens pour la phrase:
tels sont les fondements de cette bienveillance universelle dont la nécessité reconnue semble étouffer le sentiment
Je dois aussi déterminer le problème de ce texte. Je propose: comment fonctionne la société des échanges ?

Merci de votre aide !
Sinon, notre professeur nous a dit qu'il y avait un passage de ce texte ou Rousseau se moquait en utilisant l'ironie…
Je ne sais pas quelle définition votre professeur donne de l'ironie. Si l'on s'en tient à l'acception la plus courante, qui est celle d'une raillerie par laquelle on feint d'adhérer à une idée tout en la réfutant, je ne vois, pour ma part, nulle ironie dans ce passage. Encore une fois, il y a bien, chez l'homme sorti de l'état de nature, un désir de bienveillance. Seulement, c'est un désir passionnel, démesuré, contradictoire, dont la satisfaction est, par conséquent, presque impossible. En ce sens, on peut souligner, en revanche, que Rousseau s'appesantit longuement sur un paradoxe : c'est au moment où l'homme dénaturé est le plus enclin à tyranniser autrui qu'il exige en même temps sa bienveillance. Personnellement, je parlerais donc de satire contre l'hypocrisie morale plutôt que d'ironie.
Donc, les passages n'ayant subi aucune modification de votre part sont-ils corrects
Tout à fait. maintenant, il n'y a plus qu'à développer, argumenter, exemplifier, … rédiger, quoi.
Je dois aussi déterminer le problème de ce texte. Je propose: comment fonctionne la société des échanges ?
C'est même par cela qu'il fallait commencer, mais bon … Votre question n'est pas mauvaise mais je vous donne un conseil : trouvez plutôt une question "fermée" (c'est-à-dire à laquelle on est tenté de répondre par oui ou par non).
Superbe, c'est beaucoup plus clair ! Plus qu'à rédiger maintenant 🙂
Un grand merci pour votre aide, et à bientôt !