Gracq, Le Rivage des Syrtes - J’attendais venir avec impatience ces jours de congé…

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Holà!

J'ai un commentaire composé à faire sur cet extrait:
J'attendais venir avec impatience ces jours de congé où la voiture, roulant vers Maremma, vidait l'Amirauté pour quelques heures, me laissant unique maitre d'une terre secrète qui semblait pour moi seul laisser transparaitre le reflet faible d'un trésor enseveli. Dans le silence de ses casemates vides, de ses couloirs ensevelis comme des galeries de mine dans l'épaisseur formidable de la pierre, la forteresse lavée des regards indifférents reprenait les dimensions du songe. Mes pieds légers et assourdis erraient dans les couloirs à la manière des fantômes dont le pas, à la fois hésitant et guide, réapprend un chemin; je bougeais en elle comme une faible vie, et pourtant rayonnante soudain comme ces lumières prises dans un jeu de glaces dont le pouvoir coïncide tout ä coup avec un mystérieux foyer.
Mes pas me portaient vers l'embrasure où je m'étais attardé avec Marino lors de ma première visite. Les brumes mornes qui la fermaient alors faisaient souvent place ä une grande tombée de soleil qui découpait au ras du sol, comme la bouche d'un four, un carré flamboyant de lumière dure.
Du fond de la pénombre de ce réduit suspendu en plein ciel, dans cet encadrement nu de pierres cyclopéennes, je voyais osciller jusqu'ä écœurement une seule nappe sombre et éblouissante d'un bleu diamante, qui nouait et dénouait comme dans une grotte marine des maillons de soleil au long des pierres grises.
Je m'asseyais sur la culasse du canon.
Mon regard, glissant au long de énorme fût de bronze, épousait son jaillissement et sa nudité, prolongeait l’élan figé du métal, se braquait avec lui dans une fixité dure sur horizon de mer.
Je rivais mes yeux ä cette mer vide, où chaque vague, en glissant sans bruit comme une langue, semblait s'obstiner ä creuser encore absence de toute trace, dans le geste toujours inachevé de l’effacement pur.
J'attendais, sans me le dire, un signal qui puiserait dans cette attente démesurée la confirmation d'un prodige. Je rêvais d'une voile naissant du vide de la mer. Je cherchais un nom ä cette voile désirée. Peut-être l’avais-je déjà trouvé.
J'ai quelques pistes:
-la dimension onirique
-l'importance de la solitude
-le mystère du lieu

Mais je bloque sur ce passage car il ne me stimule pas si je puis dire…
Si jamais vous avez des pistes supplémentaires, je suis plus que preneuse!

Bon dimanche!
Il faut préciser cette solitude : l'être réduit à sa seule conscience ne pèse quasiment plus rien : sa pensée s'oriente alors d'elle-même vers des nœuds mystérieux (au sens physique des cordes vibrantes) sur lesquels se focalise son attente, et dont le carré de brume lumineuse qu'il voit de la casemate forme comme l'image. Son être se tend vers cet ailleurs comme la canon sur le fût duquel il est assis.
Une description pour donner à voir ou à espérer ?

Un décor de l'absence
Un décor de trêve
Un décor de l'attente
J'ai l'impression que le paysage, l'environnement du narrateur est la projection de son intériorité. Notamment lorsqu'il évoque les "brumes mornes", les brumes évoqueraient cet état confus de sa pensée, tandis que morne renverrait à une tristesse. Aussi, cette grande tombée de soleil serait-elle le souvenir qui vient à lui au contact de l'embrasure.

Je bloque par ailleurs sur "ces lumières prises dans un jeu de glaces dont le pouvoir coïncide tout à coup avec un mystérieux foyer. ", j'ai du mal à faire le lien avec cette faible vie devenue rayonnante. Si ce mystérieux foyer est le narrateur, quelles seraient ces lumières?

Je vous remercie pour vos lumières, elles me sont d'une grande aide.
La projection de son intériorité, tout à fait, vous le dites mieux que je ne l'ai fait.

C'est sa vie qu'il compare aux lumières d'un jeu de glace qui forment comme un réseau orienté vers un foyer : le foyer n'est pas le moi, mais ce vers quoi il tend. C'est ce que j'ai appelé le nœud de la corde vibrante, le point nodal des vibrations harmoniques. C'est bien sûr une comparaison qui m'est propre : je suis un "auditif" et Gracq un visuel (il était géographe, ne jamais l'oublier).

Vous pourriez faire une très courte première partie sur le genre littéraire choisi par Gracq : le roman. Dans ce texte, vous avez quelques éléments qui mettent en place une cohérence "romanesque" minimaliste, si je puis dire. Ainsi, au début, la solitude du narrateur est justifiée par le fait que les gens de l'Amirauté sont partis à Maremma. L'Amirauté se trouve au bord de la mer, et c'est un bâtiment fortifié (cf les casemates, le canon). Gracq établit donc de façon toute naturelle un cadre où va se dérouler la scène, même celle-ci, comme tout le livre, baigne dans une atmosphère onirique (bien commenter l'apesanteur du personnage).
Un roman donne toujours plus ou moins l'illusion du réel : c'est pourquoi les Surréalistes (dont Gracq s'est trouvé assez proche), jugeaient ce genre suspect, "impur".
Balkhagal, en quelle classe est soumis ce texte de Gracq ?