Sur Baudelaire : "Son satanisme correspond à une victoire remportée sur le mal…"

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, bonsoir,
J'ai trouvé une formule assez étrange sur Charles Beaudelaire, que voici : "Son satanisme correspond à une victoire remportée sur le mal dans son aspect bestial grâce à une idéalisation du mal, calculée par l'intelligence."
(in Précis de Littérature française, direction de Daniel Bergez, A.C)

Le terme" satanisme" et l'élément évoquant "l'idéalisation du mal" m'échappent, je ne parviens pas malgré une bonne période de réflexion à les cerner.
Sens loin de celui traditionnel et culturel, diffusé par l'Eglise ?
Bien que j'aie tenté de m'en détacher, serais-je borné par des préjugés ?

Toujours est-il que je ne parviens pas à accéder au sens de cela.
Merci d'avance, donc, de daigner éclairer ma lanterne (:

Au plaisir de vous lire,
Bonjour,
Baudelaire marque une rupture avec la pensée classique qui associe le Beau au Bien. Lui, il trouve de la beauté dans le Mal, d'où le titre "Les fleurs (élément du Beau) du Mal (opposé au Bon et à la Vertu)". La Beauté est douloureuse, triste, et immorale. Il puise son inspirations dans des thèmes hérétiques (Femmes damnées, notamment, et ses poèmes sur les créatures sataniques), morbides (Une charogne), la mort (Un voyage à Cythère), la mélancolie (les fameux Spleen). Il idéalise donc tout ce qui touche à une beauté qui naît de l'affliction et du Mal. Remarque à part, beaucoup de critiques ont décelé chez lui des penchants sadiques et masochistes, qu'on remarque dans ses nombreux poèmes où il évoque la femme. Tantôt, la femme le blesse, tantôt il blesse la femme. Là aussi, ça relève du satanisme baudelairien.
Il parvient cependant à le dépasser, le Mal, en l'exorcisant grâce à l'écriture, d'où la victoire sur lui.
J'espère que c'est à présent plus clair (:
Le satanisme de Baudelaire est un avatar de la révolte romantique.
Ce satanisme est aussi à la mode en cette deuxième moitié du XIXe siècle surtout chez les dandys qui y voient un moyen de choquer les bourgeois bien-pensants : voir Hugo, Barbey d'Aurevilly, Stanislas de Guaïta, Huysmans…
A la différence du roman gothique anglais qui cultive les horreurs et la cruauté, ce romantisme tardif intellectualise le recours à Satan. Il voit dans l'ange déchu ce qui reste de sa lumière originelle (Lucifer en latin est le porteur de lumière).
Satan est chez Baudelaire une image possible du poète, à la fois celui qui s'oppose à Dieu, qui brave les interdits incompréhensibles.
Surtout il est celui qui souffre d'avoir été chassé du paradis, celui qui reproche à Dieu les imperfections de sa création. Comme l'orgueilleux Satan, Baudelaire le poète défie le créateur et n'hésite pas à se montrer plus esthète que lui : "Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or".
Satan est donc une image mythique du poète qui essaie de sauver sa misérable vie (le spleen) par la tentative de franchir les interdits (délai imposé pour accéder aux "splendeurs situées derrière le tombeau") au moyen d'une "sorcellerie évocatoire".