Bonjour à toutes et à tous,
"Jeter sa gourme" est réservé aux garçons. J'en suis un. Par contre, l'utiliser, d'après un ami qui a corrigé un de mes textes, est familier et donc à éviter. Est-ce vrai?
Merci d'avance pour vos réponses.
Bonjour.
Le vieux Littré ne fait aucun commentaire particulier quant au registre de cette expression.
Le dictionnaire de l'Académie, le Trésor de la langue française et le Larousse qualifient l'expression de "familière", le Larousse notant qu'elle est "vieillie".
Dans le Robert, pas d'autre commentaire que "vieillie".
Un terme dit familier n'est pas forcément à éviter.
Tout dépend du contexte.
L'expression a été utilisée par les écrivains, comme en témoignent les citations des dictionnaires.
Tlfi :
GOURME, subst. fém.
A. ,,Maladie contagieuse, parfois enzootique chez les jeunes équidés, caractérisée par un catarrhe nasal avec hypertrophie des ganglions correspondants, due à un streptocoque particulier dit streptocoque de la gourme`` (VILLEMIN 1975). Gourme catarrhale, purulente. Maladie virulente extrêmement contagieuse pour le cheval, l'âne et le mulet, la gourme frappe surtout les jeunes animaux de 1 à 4 ans (GARCIN, Guide vétér., 1944, p. 222).
Expr. Ce cheval jette sa gourme. Il est affecté de la gourme pour la première fois. C'est un poulain, il n'a pas encore jeté sa gourme (Ac.).
Au fig., fam. Jeter sa gourme. Faire des folies de jeunesse. Jeter sa gourme à tous les vents de l'Europe (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 111). Peut-être suis-je seulement en train de jeter ma gourme, de me faire les griffes (VIALAR, Tournez, 1956, p. 81) :
De là, on est venu aux petites filles du peuple, qu'il [Sainte-Beuve] a fort étudiées, nous dit-il, et qui ont à la puberté deux ou trois ans de folie, de fureur de danse et de vie de garçon, jetant leur gourme et leurs bonnets par-dessus les moulins, sortant de là rassises, rangées, ouvrières, femmes d'intérieur et de ménage…
GONCOURT, Journal, 1863, p. 1208.
Jeter la gourme de qqc. Sa raison mûrissait, il avait jeté la gourme de ses rancunes (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1590).
B. Synon. pop. de impétigo. Des enfants couverts de gourme. Un petit garçon coiffé d'une gourme épaisse : n'est-ce pas ce que les nourrices appellent le chapeau? (DU CAMP, Hollande, 1859, p. 127).
REM. Gourmeux, -euse, https://www.cnrtl.fr/definition/gourme
Si les jeunes filles de 1863 jetaient déjà leur gourme, à plus forte raison celles de 2017 peuvent-elles le faire !
Ni Valery Larbaud, ni Paul Vialar n'ont reculé devant l'emploi de l'expression, pas plus que Zola. Ce qui relativise l'avis de votre ami.
Mais que veut dire "gourme" ?
Le plus grand danger qu'il y a à employer cette expression aujourd'hui n'est pas d'être familier mais… incompris.
,Maladie contagieuse, parfois enzootique chez les jeunes équidés
C'est en toutes lettres dans l'article du Tlfi copié dans le message 3.
Il est probable que dans "jeter sa gourme", le sens soit un peu différent, car on ne comprend pas très bien ce que voudrait dire "jeter sa maladie contagieuse, parfois enzootique chez les jeunes équidés". 😉
B. Synon. pop. de impétigo. Des enfants couverts de gourme. Un petit garçon coiffé d'une gourme épaisse : n'est-ce pas ce que les nourrices appellent le chapeau? (DU CAMP, Hollande, 1859, p. 127).
REM. Gourmeux, -euse,
Sorte de croûte, donc. Aux yeux de nos ancêtres,
jeter sa gourme passait pour une étape normale de la croissance.
lamaneur a écrit :Le plus grand danger qu'il y a à employer cette expression aujourd'hui n'est pas d'être familier mais… incompris.
Bien d'accord. D'ailleurs, comme je n'y comprends rien, je ne l'ai jamais utilisée.
Dans ma thèse, j'explique que j'ai été intéressé par le sujet après avoir jeté ma gourme en faisant mon service militaire dans tel endroit et en y faisant telle activité (sous-entendu, si je n'avais pas fait mon service militaire à tel endroit, jamais je ne serais devenu ce que je suis devenu et jamais je n'aurais fait mon travail doctoral). De mémoire, ma professeur de français au collège m'avait expliqué que lorsque les garçons grandissaient et devenaient des hommes ils jetaient leur gourme avant de devenir des adultes responsables. Mon bon copain, balèze en français, m'a conseillé de ne pas utiliser cette expression qu'il jugeait familière. C'est pour ça que j'hésite.
Matthieu, je te donne le même conseil que ton copain, car
jeter sa gourme signifie :
1 Dermatose (eczéma, impétigo) qui affecte le visage et le cuir chevelu des enfants mal soignés. → Croûtes de lait. — Vx. Jeter sa gourme (en parlant des enfants): être atteint de gourme.
Ou
Loc. fig. (1559). Cour. JETER SA GOURME: faire ses premières folies, ses premières frasques (→ 1. Farce, cit. 11).
© 2016 Dictionnaires Le Robert - L
e Grand Robert de la langue françaiseOui, vu sous cet angle, cela n'a que peu de rapport avec la localisation du service militaire de Matthieu…
Sauf s'il a joué dans "Bidasses en folie" ! 😜
Un horrible soupçon se fait jour dans mon esprit : le professeur n'a-t-il pas confondu jeter sa gourme avec avoir son premier rapport sexuel ?
Bonsoir, la consultation d'ouvrages dictionnairiques autres que le GRLF (cf. mon précédent message) me conduit à confirmer le conseil que j'ai donné à Matthieu après la lecture de ce dernier ouvrage (ne pas utiliser l'expression
jeter sa gourme dans le contexte que Matthieu indique).
Dictionnaire de l'Académie française, 9e éd. :
3. Expr. Jeter sa gourme, en parlant d'un poulain ou d'un enfant, être affecté de la maladie de la gourme et, fig. et fam., en parlant de jeunes gens, se livrer aux plaisirs et à certains excès propres à la jeunesse.
TLFi :
Expr. Ce cheval jette sa gourme. Il est affecté de la gourme pour la première fois. C'est un poulain, il n'a pas encore jeté sa gourme (Ac.).
Au fig., fam. Jeter sa gourme. Faire des folies de jeunesse. Jeter sa gourme à tous les vents de l'Europe (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 111). Peut-être suis-je seulement en train de jeter ma gourme, de me faire les griffes (VIALAR, Tournez, 1956, p. 81) :
De là, on est venu aux petites filles du peuple, qu'il [Sainte-Beuve] a fort étudiées, nous dit-il, et qui ont à la puberté deux ou trois ans de folie, de fureur de danse et de vie de garçon, jetant leur gourme et leurs bonnets par-dessus les moulins, sortant de là rassises, rangées, ouvrières, femmes d'intérieur et de ménage…
Grand Larousse illustré 2015 :Jeter sa gourme(vieilli) en parlant d'un jeune homme, se livrer à ses premières fredaines.
Selon ce dict.
, fredaine = "frasque".
Le Littré :
gourme nf (gour-m')
1 Terme de vétérinaire. Maladie particulière au cheval, et surtout aux jeunes chevaux, qui consiste dans l'inflammation de la muqueuse des premières voies respiratoires, avec engorgement des ganglions sous-maxillaires et tuméfaction phlegmoneuse du tissu cellulaire environnant. C'est un jeune poulain ; il n'a pas encore jeté sa gourme.
2 Nom donné vulgairement aux croûtes de lait chez les enfants.
Jeter sa gourme, se dit des petits enfants qui ont quelque maladie de peau.
J'ai Marie qui jette sa gourme comme vous savez. [Sévigné, 6 sept. 1675]
Fig. Jeter sa gourme, se dit des jeunes gens qui font des folies en entrant dans le monde. https://www.littre.org/definition/gourme
Bonne soirée ! 🙂
Mince alors, je suis bien surpris. En tout cas, je me félicite d'avoir posé la question. Je vais donc tenter de trouver une autre expression pour signifier que je suis devenu un "homme" après mon expérience lors de mon service militaire 🙂
Encore que je vois: Fig. Jeter sa gourme, se dit des jeunes gens qui font des folies en entrant dans le monde.
N'ai-je pas de façon figurative fait des "folies" en entrant dans le monde des "adultes"? Je reconnais, c'est tiré par les cheveux 🙂
Tu as fait ton service ? Tu es donc comme moi, un dinosaure en voie de disparition.
Petite remarque : à en croire ce blog :
https://mamiehiou.over-blog.com/article-encore-que-indicatif-subjonctif-ou-conditionnel-quel-mode-choisir-79678756.html
"encore que" s'emploie avec le subjonctif, donc :
encore que je voi
e
et non
encore que je vois.
Bonjour à tous,
Je ne connaissais que le sens moral de "jeter sa gourme" et j'ignorais tout de son sens médical.
Dans mon souvenir, le mot "gourme" désigne ce que nous appelons aujourd'hui une gourmette. C'est un mot technique qui, dans le domaine de l'équitation, sert à nommer la petite chaîne qui passe sous la bouche du cheval et vient renforcer l'action du mors. J'ai d'ailleurs tendance à penser que c'est avec ce sens technique que le mot apparaît au tout début de Jacques le Fataliste, et non avec le sens moderne de bijou que l'on porte autour du poignet. "Jeter sa gourme" équivaut donc globalement à "lâcher la bride" ; d'où son sens moral.
Le TLF émet une hypothèse pour faire le lien entre les deux sens du mot "gourme" en disant que la gêne provoquée au cheval par la chaînette a pu faire penser à celle provoquée par la maladie de la gourme. C'est une hypothèse intéressante. En tout cas, elle a le mérite de faire le lien entre deux sens plutôt éloignés.
Personnellement, j'aime bien cette expression et je trouve que la métaphore sur laquelle elle repose est assez pittoresque.
Au plaisir,
FC.