Bonjour,
Pour la semaine prochaine je dois rendre une écriture d'invention.
Le sujet consiste en l'explication de l'œuvre (Drame Romantique) à un oncle qui est attaché au classicisme et qui déteste donc l'œuvre de Victor Hugo.
Ainsi il faut le convaincre en argumentant.
Je n'ai aucune idée du "comment aborder ce sujet"…
Merci !
Pour alimenter ta réflexion, pour trouver des arguments …
Essaie de chercher ce que Hugo dit de sa pièce, la définition qu'il donne du drame romantique.
Retrouve les critiques de l'époque concernant cette pièce.
(Qui est "cet oncle" attaché au classicisme ? )
https://www.ac-versailles.fr//motamot/index.php/post/13/12/2016/RUY-Blas-et-Hugo-face-%C3%A0-la-critique-:-imagine-que-le-dramaturge-se-d%C3%A9fende-…
Il va être difficile de le convaincre des mérites d'un drame sans queue ni tête invraisemblable de bout en bout. Sauf à lui faire remarquer qu'il s'agit d'un pastiche du don Sanche d'Aragon de Corneille.
Dans sa
lettre à la Jeunesse de 1879 Zola ne ménage pas la pièce !
Extrait :
J'arrive à un second point. Ruy Blas, dit-on est un envolement dans l'idéal ; de là, toute sorte de précieux effets : il agrandit les âmes, il pousse aux belles actions, il rafraîchit et réconforte. Qu'importe si ce n'est qu'un mensonge ! il nous enlève à notre vie vulgaire et nous mène sur les sommets. On respire, loin des œuvres immondes du naturalisme. Nous touchons ici le plus délicat de la querelle. Sans le traiter encore à fond, voyons donc ce que Ruy Blas contient de vertu et d'honneur. Il faut d'abord écarter don Salluste et don César. Le premier est Satan, comme dit Victor Hugo ; quant au second, malgré son respect chevaleresque de la femme, il montre une moralité douteuse. Passons à la reine. Cette reine se conduit fort mal en prenant un amant ; je sais bien qu'elle s'ennuie et que son mari a le tort de beaucoup chasser ; mais, en vérité, si toutes les femmes qui s'ennuient prenaient des amants, cela ferait pousser des adultères dans chaque familles. Enfin, voilà Ruy Blas, et celui-là n'est qu'un chevalier d'industrie, qui, dans la vie réelle, passerait en cour d'assises. Eh quoi ! ce laquais a accepté la reine des mains de don Salluste ; il consent à entrer dans cette tromperie, qui devrait paraître au spectateur d'autant plus lâche que don César, le gueux, l'ami des voleurs, vient de la flétrir dans deux superbes tirades ; il fait plus, il vole un nom qui n'est pas le sien. Puis, il porte ce nom pendant un an, il trompe une reine, une cour entière, tout un peuple; et, ces vilenies, il s'en rend coupable pour consommer un adultère; et il comprend si bien la traîtrise, l'ordure de sa conduite, qu'il finit par s'empoisonner ! Mais cet homme n'est qu'un débauché et qu'un filou ! Mon âme ne s'agrandit pas du tout en sa compagnie. Je dirai même que mon âme s'emplit de dégoût, car je vais malgré moi au-delà des vers du poète, dès que je veux rétablir les faits et me rendre compte de ce qu'il ne montre pas ; je vois alors ce laquais dans les bras de cette reine, et cela n'est pas propre. Au fond, Ruy Blas n'est qu'une monstrueuse aventure, qui sent le boudoir et la cuisine. Victor Hugo a beau emporter son drame dans le bleu du lyrisme, la réalité qui se trouve par-dessous est infâme. Malgré le coup d'aile des vers, les faits s'imposent, cette histoire n'est pas seulement folle, elle est ordurière ; elle ne pousse pas aux belles actions, puisque les personnages ne commettent que des saletés ou des gredineries ; elle ne rafraîchit pas, ne réconforte pas, puisqu'elle commence dans la boue et finit dans le sang.
Merci pour tous vos éléments de réponse.
Voici ce qu'écrira Théophile Gautier le 28 février 1872 dans
la Gazette de Paris :
Tous les personnages sont dessinés et peints comme des portraits de Velasquez avec une maestria souveraine, une force de couleur, une liberté de touche, une grandesse d'attitude et un sentiment de l'époque qui font illusion.
Mais à quoi bon insister plus longtemps sur des choses si connues. Faisons plutôt remarquer que jamais le vers dramatique ne fut manié avec une puissance si absolue, avec une aisance si souveraine.
Le poète lui fait tout pour exprimer, depuis les effusions les plus lyriques de l'amour jusqu'aux plus minutieux détails d'étiquette, de blason et de généalogie ; depuis la plus haute éloquence jusqu'à la plaisanterie la plus hasardeuse, passant du sublime au grotesque sans le moindre effort, mêlant tous les tons dans le plus magnifique langage que la théâtre ait jamais parlé ; la franchise de Molière, la grandesse de Corneille, l'imagination de Shakespeare, fondues au creuset d'Hugo, forment ici un airain de Corinthe supérieur à tous les métaux.
Imaginons que Gautier ait eu connaissance de ton devoir … 🙂 🙂