Quasimodo brûlait de lui demander ce qu'il avait fait de l'Égyptienne ; mais l'archidiacre semblait en ce moment être hors du monde. Il était visiblement dans une de ces minutes violentes de la vie où l'on ne sentirait pas la terre crouler. Les yeux invariablement fixés sur un certain lieu, il demeurait immobile et silencieux ; et ce silence et cette immobilité avaient quelque chose de si redoutable que le sauvage sonneur frémissait devant et n'osait s'y heurter. Seulement, et c'était encore une manière d'interroger l'archidiacre, il suivit la direction de son rayon visuel, et de cette façon le regard du malheureux sourd tomba sur la place de Grève.Bonsoir, et bonne année (en avance).
Il vit ainsi ce que le prêtre regardait. L'échelle était dressée près du gibet permanent. Il y avait quelque peuple dans la place et beaucoup de soldats. Un homme traînait sur le pavé une chose blanche à laquelle une chose noire était accrochée. Cet homme s'arrêta au pied du gibet. Ici il se passa quelque chose que Quasimodo ne vit pas bien. Ce n'est pas que son œil unique n'eût conservé sa longue portée, mais il y avait un gros de soldats qui empêchait de distinguer tout. D'ailleurs, en cet instant le soleil parut, et un tel flot de lumière déborda par-dessus l'horizon qu'on eût dit que toutes les pointes de Paris, flèches, cheminées, pignons, prenaient feu à la fois.
Cependant l'homme se mit à monter l'échelle. Alors Quasimodo le revit distinctement : Il portait une femme sur son épaule, une jeune fille vêtue de blanc ; cette jeune fille avait un nœud au cou. Quasimodo la reconnut. C'était elle.
L'homme parvint ainsi au haut de l'échelle. Là il arrangea le nœud. Ici le prêtre, pour mieux voir, se mit à genoux sur la balustrade.
Tout à coup l'homme repoussa brusquement l'échelle du talon, et Quasimodo, qui ne respirait plus depuis quelques instants, vit se balancer au bout de la corde, à deux toises au-dessus du pavé, la malheureuse enfant avec l'homme accroupi les pieds sur ses épaules. La corde fit plusieurs tours sur elle-même, et Quasimodo vit courir d'horribles convulsions le long du corps de l'Égyptienne. Le prêtre de son côté, le cou tendu, l'œil hors de la tête, contemplait ce groupe épouvantable de l'homme et de la jeune fille, de l'araignée et de la mouche.
Au moment où c'était le plus effroyable, un rire de démon, un rire qu'on ne peut avoir que lorsqu'on n'est plus homme, éclata sur le visage livide du prêtre. Quasimodo n'entendit pas ce rire, mais il le vit. Le sonneur recula de quelques pas derrière l'archidiacre, et tout à coup se ruant sur lui avec fureur, de ses deux grosses mains il le poussa par le dos dans l'abîme sur lequel dom Claude était penché.
Le prêtre cria : – Damnation ! et tomba.
J'ai réalisé une introduction ; un plan de commentaire et une conclusion sur ce texte.
Pourriez-vous m'indiquer si il y figurent des erreurs ou si j'ai omis certains éléments?
(J'avais fait un sujet similaire sur un extrait de La Princesse de Clèves dans lequel vous m'aviez bien aidé, seulement lorsque j’eus publié le commentaire corrigé pour vous demander un ultime avis personne ne m'a répondu… Donc si une âme charitable aurait le temps de répondre également à mon précédent sujet ce serait plus que sympathique)
Victor Hugo est un auteur du XIXe siècle emblématique du romantisme, mouvement littéraire dont les sentiments occupent une place primordiale. Son roman Notre-Dame de Paris, publié en 1831, retrace l’exécution tragique d’Esméralda dont l’archidiacre dom Claude Frollo, amoureux de la gitane mais éconduit, est à l’origine. Quasimodo, sonneur de cloches bossu également amoureux d’Esméralda, assiste à sa mort depuis une tour de la cathédrale Notre-Dame aux côtés du prêtre. Nous nous demanderons en quoi ce texte constitue une dénonciation de la peine de mort. Pour cela, nous verrons d’abord que l’exécution est théâtralisée, puis nous étudierons le monde antithétique typiquement hugolien dans lequel elle se déroule.
I/ Une exécution théâtralisée
1) Une exécution sous tous les regards
-Champ lexical de la vue
-La scène comporte un public, véritable spectacle
-D’abord Quasimodo suit le regard de Frollo, ne comprenant pas ce qu’il regarde. Puis, tous deux fixent la place de Grève jusqu’à la mort d’Esméralda. Alors, Quasimodo, à qui il ne reste rien mis à part sa haine, porte son regard sur l’archidiacre et le tue car il le « vit » rire (Quasimodo étant sourd) > Un seul sens est utilisé, celui de la vision, ce qui souligne la distance entre les protagonistes et la scène et le caractère inévitable de cette dernière
-Focalisation/vision interne, le lecteur assiste à la scène à travers le regard de Quasimodo à partir de « Il vit ainsi » le lecteur compatit à la souffrance de Quasimodo
2) Une vision de la scène parfois imparfaite renforçant la tonalité tragique de l’évènement
- « une chose blanche » > fait durer l’attente pour savoir qu’il s’agit d’Esméralda (« C’était elle. »
- « ne vit pas bien » car « un gros de soldats […] empêchait de distinguer »
- « un tel flot de lumière » > ébloui
- « le prêtre, pour mieux voir, se mit à genoux »
II/ Un monde antithétique typiquement hugolien
1) Innocence d’Esméralda fait antithèse avec son exécution
- « Une jeune fille vêtue de blanc ». Blanc = innocence, pureté > Hugo souligne son innocence
- « malheureuse enfant » > Vocabulaire subjectif ; enfance = innocence
- « araignée et de la mouche » > Animalisation qui vise à renforcer la cruauté de la situation
2) Un prêtre démoniaque
- « contemplait » > il se délecte dans l’horrible
- « rire de démon » contraste avec son statut de prêtre
- « abîme » > renvoie à l’enfer
- « Damnation » > Hugo qualifie les religieux acceptant la peine de mort comme étant démoniaque, il blâme une catégorie de religieux qui n’utilisent la religion seulement pour servir leurs intérêts personnels.
Pour conclure, Victor Hugo condamne violemment la peine de mort en mettant en scène, dans un monde antithétique, une exécution tragique d’une innocente injustement accusée puis condamnée à mort. Fervent détracteur de la peine de mort, le romantique avait déjà écrit auparavant un autre roman, Le Dernier Jour d’un Condamné, réquisitoire politique contre la peine de mort publié en 1829 auquel notre extrait de Notre-Dame de Paris fait écho.



