Baudelaire : la poésie est essentiellement philosophique […] mais elle doit être involontairement

Entraide scolaire

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je fais une fois de plus appel à vous afin d'obtenir de l'aide sur ce sujet de dissertation duquel je n'arrive pas à me dépêtrer. La dissertation littéraire est une véritable épreuve pour moi étant donné mon manque réel d'organisation (organiser des idées est pour moi un véritable supplice).

Après avoir fait une analyse des termes je tente par la suite quelques plans (j'en ai au moins 5 sans qu'aucun d'eux ne me plaisent 😞 )

Baudelaire, "La poésie est essentiellement philosophique […] mais elle doit être involontaire philosophique."
→ définition de la poésie
essentiellement :
1. par définition, par nature, par essence
2. par-dessus tout, principalement, absolument
philosophique : relatif à la philosophie, qui dénote une sagesse résignée, un certain détachement des réalités
philosophie :
1. ensemble des conceptions portant sur les principes des êtres et des choses, sur le rôle de l'homme dans l'univers, sur Dieu, sur l'histoire et tous les grands problèmes de la métaphysiques.
2. grec ancien : philein : « aimer » ; sophia : « sagesse » = amour de la sagesse – discipline qui se présente comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l'existence humaine.
Buts : recherche de la vérité ; méditation manichéenne, sur le beau, sur le juste ; la quête du sens de la vie et du bonheur.
3. démarche de réflexion sur les savoirs disponibles
involontairement : de façon involontaire
involontaire : sans le vouloir, pas soumis à la volonté, irréfléchi, inconscient, instinctif, machinal, mécanique, qui échappe au contrôle
volontaire : décision librement choisie et non imposée
= on serait tenté de dire que la poésie se construit sur des sujets philosophique mais la citation de Baudelaire est construite de manière à introduire, grâce à « mais », une opposition.
Baudelaire en disant que la poésie est philosophique pense qu'elle a une fonction spirituelle (elle élève l'homme en l'orientant, par la perception du beau, vers une transcendance, une perfection que sa nature imparfaite humaine ne lui permet pas d'atteindre). Mais la philosophie n'est pas seulement la réflexion sur le Beau mais elle a aussi une finalité didactique voire morale (poésie didactique, engagée, morale …)
→ relation entre poésie et philosophie : deux modes du discours !

Mon plan :

I. Certes la poésie est essentiellement philosophique puisque depuis ses origines, on y trouve une profonde réflexion sur le monde et sur l'existence humaine
1. L'imitation comme représentation du monde
2.
3.

II. Cependant, elle « doit être involontairement philosophique » en se libérant de toute thèse philosophique, la poésie est indépendante et se suffit à elle-même.
1.
2.
3.

III. Mais n'est-ce pas restrictif d'avancer que la poésie n'est que philosophique ? La poésie est avant tout un art, l'art de dire
1. La poésie satirique
2.
3.

Pouvez-vous une fois de plus m'offrir votre aide ?
https://books.google.fr/
Merci 🙂 Je l'avais trouvé aussi mais ça m'a plus embrouillé qu'aidé :/

Après réflexion, je propose ce nouveau plan mais il manque le III.

I. Certes la poésie est essentiellement philosophique puisque depuis ses origines, on y trouve une profonde réflexion sur le monde et sur l'existence humaine

II. Mais la poésie doit être involontairement philosophique dans le sens où c'est le lecteur qui en tire sa philosophie. L'auteur ne doit pas créer sa philosophie mais c'est au lecteur de la dégager. - pluralité de sens (herméneutique).

III.

Qu'en dites-vous ?
Bonjour;

Baudelaire définit la poésie en deux temps et rend compte de sa tentative personnelle.
Le poème "Correspondances" en est la traduction, l'art poétique.

Regarde sur le site les pages consacrées à l'analyse de ce sonnet.

Poésie philosophique : voie de connaissance, désir de percer les mystères du monde, quête d'un paradis perdu… La poésie est une expérience essentielle pour assumer une condition humaine blessée. La poésie baudelairienne baigne dans le mal, le péché, elle désire l'absolu…

Cependant Baudelaire refuse en même temps une poésie volontairement philosophique. Dans l’Art romantique, il écrivait : « Il est une autre hérésie… Je veux parler de l'hérésie de l'enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, les hérésies de la passion, de la vérité et de la morale. Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les mœurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d’utile… La poésie (…) n'a pas d'autre but qu'elle-même ».

Enfin il serait indispensable de fournir la consigne qui suit l'énoncé :
S'agit-il de commenter ou de discuter l'affirmation ?
Il s'agit de "discuter" en nous appuyant sur les oeuvres au programme (sujet ENS 2012) mais notre professeur nous l'a donné comme sujet de dissertation sur la poésie en générale.

Un plan plus dans l'optique "thèse, antithèse, dépassement"

I. La poésie est philosophique
1) questionnement autour de Dieu (Rimbaud)
2) La sagesse (poésie didactique - La Fontaine)
3) le traitement de la nature

II. La poésie qui existe par elle même (forme et esthétisme) - poésie formelle
1) l'art pour l'art (Théophile Gautier)
2)
3)

III. La poésie est toujours philosophique, même involontairement puisqu'elle est toujours en quête de vérité
1) Baudelaire (Beau -> transcendance)
2)
3) Pluralité de sens de la poésie
J'essaierai d'abord d'identifier les notions en jeu :
Poésie intellectuelle / sentiments
Didactisme / gratuité, jeu
Sujet esthétique / autotélisme
Domaines conventionnels / regard nouveau
Art maîtrisé / inspiration libre
Austérité / plaisir
Votre III est intéressant, mais doit évidemment être approfondi. La démarche poétique, et c'est particulièrement visible au XXème siècle, ressemble beaucoup à la quête de l'absolu ou du Vrai et du Beau en soi, comme dans la philosophie platonicienne. Elle ressemble ainsi à la quête des mystiques qui entendant s'élever à une supra-réalité, seule digne d'être recherchée et existant par elle-même. Mais la grosse différence est que cet absolu, pour beaucoup de poètes, est ce vers quoi on tend (d'où l'infini du désir, capital chez les Surréalistes) sans jamais l'atteindre parce qu'il n'existe en fait aucune transcendance (et là, adieu Platon et la religion) ; cette quête prend la forme d'un au-delà du langage qui fait exister une réalité qui se cache non dans le monde des Idées, mais dans celui de notre monde quotidien dans toute sa banalité.
"Derrière les pavés, la plage".
Jean-Luc a écrit :J'essaierai d'abord d'identifier les notions en jeu :
Poésie intellectuelle / sentiments
Didactisme / gratuité, jeu
Sujet esthétique / autotélisme
Domaines conventionnels / regard nouveau
Art maîtrisé / inspiration libre
Austérité / plaisir
d'accord mais comment mettre en lien avec la philosophie ?
Votre III est intéressant, mais doit évidemment être approfondi. La démarche poétique, et c'est particulièrement visible au XXème siècle, ressemble beaucoup à la quête de l'absolu ou du Vrai et du Beau en soi, comme dans la philosophie platonicienne. Elle ressemble ainsi à la quête des mystiques qui entendant s'élever à une supra-réalité, seule digne d'être recherchée et existant par elle-même. Mais la grosse différence est que cet absolu, pour beaucoup de poètes, est ce vers quoi on tend (d'où l'infini du désir, capital chez les Surréalistes) sans jamais l'atteindre parce qu'il n'existe en fait aucune transcendance (et là, adieu Platon et la religion) ; cette quête prend la forme d'un au-delà du langage qui fait exister une réalité qui se cache non dans le monde des Idées, mais dans celui de notre monde quotidien dans toute sa banalité.
"Sous les pavés, la plage".
C'est une de mes parties en III. Je n'ai pas manqué de parler de cette "réalité cachée". J'ai beaucoup de mal à définir le terme "absolu" pouvez-vous m'éclairer ?
Jean-Luc a écrit :
J'essaierai d'abord d'identifier les notions en jeu :
Poésie intellectuelle / sentiments
Didactisme / gratuité, jeu
Sujet esthétique / autotélisme
Domaines conventionnels / regard nouveau
Art maîtrisé / inspiration libre
Austérité / plaisir

d'accord mais comment mettre en lien avec la philosophie ?
La philosophie est une activité intellectuelle, alors que la poésie se rattache plutôt au lyrisme.
La philosophie cherche à enseigner une certaine sagesse…
La philosophie s'intéresse au Beau absolu…
La philosophie s'appuie sur la raison, elle argumente avec logique, elle explore le réel…
La philosophie est conceptuelle, austère…
Alors oui ! J'ai redéfini les termes ce matin et j'en suis arrivé à faire l'opposition entre raison et sentiment. et j'ai retravaillé mon plan de sorte qu'il réponde à la problématique: La poésie est-elle une science ?

Pouvez-vous m'aider à nuancer mon propos et à être plus en phase avec la citation de Baudelaire ? J'ai peur de faire un hors sujet :/
Oui, j'ai évidemment oublié de préciser la différence entre le philosophe et le poète : l'un explique, démontre, critique, l'autre manifeste seulement, car il n'a pas à rendre compte de ce qu'il exprime : il le ressent, le médiatise par le langage, s'enferme parfois dans un discours hermétique et solitaire ; bref, il vaticine. Il y a aussi le délicat problème de la beauté, de l'émotion, du lyrisme… Toutefois, Certains philosophes peuvent aussi avoir recours au lyrisme, je pense à Nietzsche.
Vous me demandiez ce qu'est l'absolu : c'est, étymologiquement, ce qui n'est lié à rien, ce qui se suffit à lui-même, ce sur quoi ni l'espace ni le temps n'ont de prise, ce qui est incréé et éternel.
- Dieu dans le grandes religions monothéistes,
- L'Être chez Platon,
- Un concept purement intellectuel chez beaucoup de philosophes, mais je ne suis pas spécialiste.

La poésie est-elle une science ?
- Oui, si l'on considère qu'elle permet une certaine connaissance (de soi, du monde),
- Non si l'on considère que la science doit porter un regard lucide sur son objet d'étude, expérimenter et démontrer…

Pour le reste, je cède la place à Jean-Luc qui vous dira bien mieux que moi comment faire votre dissertation ! 😉
Certains philosophes peuvent aussi avoir recours au lyrisme, je pense à Nietzsche.
Pas à Lucrèce ?
La poésie est-elle une science ?
Je ne poserais pas la question en ces termes
Quand Baudelaire utilise le terme de philosophie, il vise une activité intellectuelle, rationnelle, utile, construite, permettant un accès à un savoir presque ésotérique. Il ne veut pas d'une poésie ornementale, frivole, de circonstance, conventionnelle…
L'activité poétique est pour Baudelaire un sacerdoce. Il hait le positivisme bourgeois et donc d'une certaine manière science et applications techniques. Le monde moderne enferme la condition humaine dans une vision tronquée, celle d'une "nature" où l'homme désespère d'atteindre l'absolu.
Baudelaire revendique la spiritualité, le mysticisme (le contraire d'une religion profanée par le positivisme) pour la poésie.

Que peut-on discuter dans ce sujet ?
d'abord la fonction affectée à la poésie,
mais aussi le terme d'involontairement.
En effet s'agirait-il d'un artifice rendant involontaire une volonté clairement affirmée ou d'une ascèse stylistique cherchant dans la fonction poétique du langage des ressources suggestives étrangères à la clarté rationnelle "philosophique" ?

Un auteur est incontournable dans ce sujet : Mallarmé que la volonté d'être "philosophe" a conduit à l'hermétisme, par le jeu d'un intellectualisme étranger à tout sentimentalisme.
Certes, la démarche de Mallarmé peut faire penser à la démarche d'un philosophe de l'Être, ne serait-ce parce que chacun de ses poèmes - parfaitement achevés - peut passer pour une tranche d'absolu (il est issu du Parnasse) ; mais cet absolu n'est pas celui du philosophe parce que c'est un absolu du langage : le poème est fait de mots dont les sonorités et l'arrangement sont "comme une chair". Sa démarche, solitaire et obscure pour nous, est celle du mage antique qui, par ses incantations ne cherche pas à connaître les mystères, mais à agir sur le sensible pour le transformer ou lui restituer toutes ses facettes, entreprise de tout poète, conformément à l'étymologie. Le philosophe utilise le langage et l'oublie (cf la métaphore mallarméenne de la pièce de monnaie…)
Pour moi, la poésie de Mallarmé n'est pas un jeu intellectuel, elle participe du sensible, un peu comme la musique. Certes pas du "sentimental" ! 😀
Qu'il ait engagé la poésie dans une certaine impasse, c'est possible, mais la poésie lui a tout de même bien survécu !!!
Et il n'a finalement que peu écrit. 😂

Les Surréalistes reprocheront à tous ces poètes d'avoir érigé la Beauté en absolu et surtout, de lui avoir décerné un culte ; pour eux, la beauté - et même la poésie tout entière - ne sont pas dans l'achèvement, mais dans la recherche perpétuelle, le désir, l'attente jamais satisfaite, le malaise jusqu'au chaos. On connaît la célèbre définition de Breton en la matière…
Mais il faut avouer qu'ils n'ont pas toujours été clairs à ce sujet.
Bien sûr il est difficile d'enfermer tout poète dans une définition stricte, Mallarmé comme les autres. Je pensais notamment à "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" comme exemple d'un poème philosophique où il est question d'absolu.
https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110928.OBS1316/le-coup-de-des-enfin-decode.html

Mais il y a aussi Igitur (alors ou donc en latin, curieux nom pour un personnage), conte-poème en prose, "A la nue accablante tu", "L'Azur"…
"Un coup de dé…" ne se présente-t-il pas comme une mimésis ? Un regard sur le conflit de l'esprit et de la matière ?