Huysmans, À rebours - Par sa fenêtre, une nuit, il avait contemplé…

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour bonjour,

Je suis en prépa et j'ai un commentaire composé à presenter à l'oral sur ce extrait de Huysmans
Par sa fenêtre, une nuit, il avait contemplé le silencieux paysage qui se développe, en descendant, jusqu’au pied d’un coteau, sur le sommet duquel se dressent les batteries du bois de Verrières.
Dans l’obscurité, à gauche, à droite, des masses confuses s’étageaient, dominées, au loin, par d’autres batteries et d’autres forts dont les hauts talus semblaient, au clair de la lune, gouachés avec de l’argent, sur un ciel sombre.
Rétrécie par l’ombre tombée des collines, la plaine paraissait, à son milieu, poudrée de farine d’amidon et enduite de blanc cold-cream; dans l’air tiède, éventant les herbes décolorées et distillant de bas parfums d’épices, les arbres frottés de craie par la lune, ébouriffaient de pâles feuillages et dédoublaient leurs troncs dont les ombres barraient de raies noires le sol en plâtre sur lequel des caillasses scintillaient ainsi que des éclats d’assiettes.
En raison de son maquillage et de son air factice, ce paysage ne déplaisait pas à des Esseintes ; mais, depuis cette après-midi occupée dans le hameau de Fontenay à la recherche d’une maison, jamais il ne s’était, pendant le jour, promené sur les routes ; la verdure de ce pays ne lui inspirait, du reste, aucun intérêt, car elle n’offrait même pas ce charme délicat et dolent que dégagent les attendrissantes et maladives végétations poussées, à grand-peine, dans les gravats des banlieues, près des remparts. Puis, il avait aperçu, dans le village, ce jour-là, des bourgeois ventrus, à favoris, et des gens costumés, à moustaches, portant, ainsi que des saints-sacrements, des têtes de magistrats et de militaires ; et, depuis cette rencontre, son horreur s’était encore accrue, de la face humaine.
Pendant les derniers mois de son séjour à Paris, alors que, revenu de tout, abattu par l’hypocondrie, écrasé par le spleen, il était arrivé à une telle sensibilité de nerfs que la vue d’un objet ou d’un être déplaisant se gravait profondément dans sa cervelle, et qu’il fallait plusieurs jours pour en effacer même légèrement l’empreinte, la figure humaine frôlée, dans la rue, avait été l’un de ses plus lancinants supplices.
Positivement, il souffrait de la vue de certaines physionomies, considérait presque comme des insultes les mines paternes ou rêches de quelques visages, se sentait des envies de souffleter ce monsieur qui flânait, en fermant les paupières d’un air docte, cet autre qui se balançait, en se souriant devant les glaces ; cet autre enfin qui paraissait agiter un monde de pensées, tout en dévorant, les sourcils contractés, les tartines et les faits divers d’un journal.
Il flairait une sottise si invétérée, une telle exécration pour ses idées à lui, un tel mépris pour la littérature, pour l’art, pour tout ce qu’il adorait, implantés, ancrés dans ces étroits cerveaux de négociants, exclusivement préoccupés de filouteries et d’argent et seulement accessibles à cette basse distraction des esprits médiocres, la politique, qu’il rentrait en rage chez lui et se verrouillait avec ses livres.
J'ai fait une analyse linéaire mais je n'arrive pas à formuler une problématique et un plan. Pour l'instant, je pense que les points les plus importants sont:
- le dégoût de l'autre et le mépris que Des Esseintes éprouve pour les bourgeois matérialistes
- l'amour de l'art, supérieur à tout autre préoccupation
- le goût pour le morbide
-l'amour de l'artifice, de l'ornement
- (j'ai aussi noté l'influence baudelairienne, le fit que le paysage devienne peinture, le rythme lent crée par les juxtapositions)

J'ai cependant un problème: Les paragraphes me semblent n'avoir que peu de liens entre eux, notamment le deuxième et le troisième, ce qui me perturbe grandement.

Mais je n'arrive pas à trouver ce qui fait véritablement la spécificité de ce passage…au secours …

Toute aide sera la bienvenue, surtout que je dois avoir terminé ce soir ^^' …

Merci d'avance!
Bonsoir,

L'évocation d'un baudelairisme maladif, maniéré, artificiel qui se nomme décadentisme.
Ici se manifestent les premiers symptômes.
Des Esseintes, richement nanti, veut substituer l'art ou plutôt l'artifice à la vraie vie dans ce roman.
C'est une fièvre sensorielle et intellectuelle qui anémie la joie de vivre. L' être atteint ne peut plus supporter la réalité brute.
Ce raffinement esthétique outrancier débouche sur des conduites dépressives. Cette évolution du mal de vivre romantique est une réaction à l'encontre de la grossièreté réaliste et naturaliste. Des Esseintes est un Flaubert qui ne se considèrerait plus avec une autodérision ironique.
Merci pour ces précisions !

En reprenant vos idées, j'ai tenté d'ébaucher une problématique:

Idée directrice : Huysmans nous livre le point de vue d'un être en quête d'un raffinement esthétique sur le monde. Cette recherche sensorielle et intellectuelle, son intérêt pour l'art le conduit à un dégoût du vulgaire et des préoccupations matérialistes de ses contemporains le conduisent à un repli sur soi et sur l'art.

Qu'en pensez-vous?
Bonsoir,

Je trouve la formulation bien compliquée.
Pourquoi pas les premiers symptômes d'une nouvelle maladie ?
Il conviendrait également de préciser que la focalisation interne fait de ce passage l'expression circonstanciée et clinique des maux dont souffre l'intéressé, l'auteur jouant implicitement le rôle d'un analyste.
C'est le résumé du passage, cela n'a rien d'une problématique :
La problématique n’est pas une question appelant une réponse purement descriptive ou un simple constat

Exemples : Qu’est-ce- qu’un trou noir en astronomie ?
La délinquance en France augmente-t-elle ?

La problématique est une question qui fait émerger un ensemble de problèmes : elle prête à discussion, elle amène d’autres questions.
Elle suscite un raisonnement qui permettra d’apporter des éléments de réponse argumentés et vérifiés.
Elle met en évidence un problème qui ne se voit pas ; cela suppose : observation, découverte, confrontation, croisement de points de vue.
Elle implique de se mettre en position de chercheur (réflexion, enquête, expérimentation…)

Exemples :
L’existence des trous noirs peut-elle être remise en cause aujourd’hui ?
Le sentiment d’insécurité est-il lié aux chiffres de la délinquance en France ?
Site des professeurs-documentalistes de l'Académie de Nice

J'ai cependant un problème: Les paragraphes me semblent n'avoir que peu de liens entre eux, notamment le deuxième et le troisième, ce qui me perturbe grandement
Vous mettez là le doigt sur l'anomalie significative : ce décousu du texte reflète le trouble du personnage.
Bonsoir, merci encore pour vos réponses!

Il est vrai que j'ai parlé de problématique, et que ma proposition n'en est définitivement pas une ^^. En réalité, notre prof de littérature ne nous demande pas de problématique à proprement parler, mais plutôt une idée directrice, qui précise en quoi ce passage est unique, spécifique, en somme, ce qui en fait son intérêt.
Ceci dit, je reconnais que ma proposition ressemble davantage à un résumé du passage…Et qu'elle est plutôt alambiquée !

Le personnage est troublé…Mais par quoi? Par l'indifférence et le mépris de ces bourgeois pour l'art?
Le personnage n'est pas troublé. Il souffre d'allergie.
Un adverbe placé en tête de phrase et employé ironiquement nous en révèle la cause : "positivement" renvoie au positivisme exécré.
Par sa fenêtre, une nuit, il avait contemplé le silencieux paysage qui se développe, en descendant, jusqu’au pied d’un coteau, sur le sommet duquel se dressent les batteries du bois de Verrières.
Dans l’obscurité, à gauche, à droite, des masses confuses s’étageaient, dominées, au loin, par d’autres batteries et d’autres forts dont les hauts talus semblaient, au clair de la lune, gouachés avec de l’argent, sur un ciel sombre.
Rétrécie par l’ombre tombée des collines, la plaine paraissait, à son milieu, poudrée de farine d’amidon et enduite de blanc cold-cream; dans l’air tiède, éventant les herbes décolorées et distillant de bas parfums d’épices, les arbres frottés de craie par la lune, ébouriffaient de pâles feuillages et dédoublaient leurs troncs dont les ombres barraient de raies noires le sol en plâtre sur lequel des caillasses scintillaient ainsi que des éclats d’assiettes.
En raison de son maquillage et de son air factice, ce paysage ne déplaisait pas à des Esseintes ; mais, depuis cette après-midi occupée dans le hameau de Fontenay à la recherche d’une maison, jamais il ne s’était, pendant le jour, promené sur les routes ; la verdure de ce pays ne lui inspirait, du reste, aucun intérêt, car elle n’offrait même pas ce charme délicat et dolent que dégagent les attendrissantes et maladives végétations poussées, à grand-peine, dans les gravats des banlieues, près des remparts. Puis, il avait aperçu, dans le village, ce jour-là, des bourgeois ventrus, à favoris, et des gens costumés, à moustaches, portant, ainsi que des saints-sacrements, des têtes de magistrats et de militaires ; et, depuis cette rencontre, son horreur s’était encore accrue, de la face humaine.
Pendant les derniers mois de son séjour à Paris, alors que, revenu de tout, abattu par l’hypocondrie, écrasé par le spleen, il était arrivé à une telle sensibilité de nerfs que la vue d’un objet ou d’un être déplaisant se gravait profondément dans sa cervelle, et qu’il fallait plusieurs jours pour en effacer même légèrement l’empreinte, la figure humaine frôlée, dans la rue, avait été l’un de ses plus lancinants supplices.
Positivement, il souffrait de la vue de certaines physionomies, considérait presque comme des insultes les mines paternes ou rêches de quelques visages, se sentait des envies de souffleter ce monsieur qui flânait, en fermant les paupières d’un air docte, cet autre qui se balançait, en se souriant devant les glaces ; cet autre enfin qui paraissait agiter un monde de pensées, tout en dévorant, les sourcils contractés, les tartines et les faits divers d’un journal.
Il flairait une sottise si invétérée, une telle exécration pour ses idées à lui, un tel mépris pour la littérature, pour l’art, pour tout ce qu’il adorait, implantés, ancrés dans ces étroits cerveaux de négociants, exclusivement préoccupés de filouteries et d’argent et seulement accessibles à cette basse distraction des esprits médiocres, la politique, qu’il rentrait en rage chez lui et se verrouillait avec ses livres.
L'expérience visuelle de Des Esseintes : regard exacerbé sur le paysage et les êtres.
Bonjour!
Je souhaitais vous remercier de votre aide, qui m'a été très précieuse afin d'organiser mon analyse linéaire! Ma professeure a critiqué mon commentaire en précisant que tout ce que j'avais dit était juste, mais qu'il fallait que je développe davantage (je nai fait que deux parties, mais en faire trois me forçait à développer davantage. Ma crainte était justement de faire que trois parties peu consistantes.)

Merci encore une fois 🙂