Mais quand on parle d'ascenseur social - je vais dire quelque chose qui pourra paraître choquant - je crois que le principal obstacle à cet ascenseur, vient des classes défavorisées elles-mêmes qui en général s'autocensurent ou n'ont pas du tout l'esprit de s'élever dans la société
Cela ne me paraît pas seulement choquant. Cela me fait hurler de colère !
Les classes défavorisées n'ont pas du tout le goût de s'élever dans la société ?
Ton père est mineur, tu seras mineur, mon fils !
Mais cela, c'est Zola, cela date légèrement.
Je ne dis pas que cela n'existe pas.
Mais une telle généralisation est vraiment simpliste et intolérable.
Des parents aimants sont normalement portés à souhaiter la réussite de leur enfants. Et ils n'ont pas tous le QI d'un bigorneau.
Encore faut-il que l'école leur en donne la possibilité, et je crois bien que c'est de moins en moins le cas.
Les ZEP, parlons-en justement. Le problème des ZEP, c'est justement qu'il existe des ZEP.
Je l'ai déjà dit plus haut, lorsqu'on enferme une partie de la population dans des cités-ghettos, que l'on plante au milieu d'immeubles de quinze étages un malheureux collège dont les fenêtres des classes servent de cibles aux voyous qui habitent dans les tours voisines pour s'entraîner à tirer (j'ai expérimenté un tel collège, je ne raconte pas de choses en l'air), qui est responsable ?
Les parents qui n'ont pas le souci de l'avenir de leur enfants, ou la politique qui a conduit à la constitution de tels ghettos ?
Dans ce genre d'établissement, il n'y a quasiment pas de mixité sociale, et on est entre soi. L'école n'est pas un ailleurs, n'est pas le sanctuaire de la connaissance, hors du monde qu'elle devrait être, et où l'on découvre autre chose que le monde environnant.
Fatalement, à de rares exceptions près, l'ascenseur social va avoir du mal à fonctionner, tout comme celui des immeubles voisins.
bien souvent, le professeur doit s'adapter à son public, perdre son temps et son énergie à faire de la discipline.
J'ai connu, moi, une école, puis un lycée où le fils de l'ouvrier côtoyait le fils de l'employé, celui du professeur, du médecin ou du commandant de bord.
Le cours était identique pour tous. Le professeur ne s'adaptait pas aux élèves. C'était aux élèves de s'adapter à l'enseignement.
Je ne dis pas que c'était toujours facile.
L'école était censé ouvrir sur autre chose que le quotidien. L'école ouverte sur la vie ? La bonne blague !
Pour certains au contraire, cela pouvait paraître un moyen de s'évader d'un quotidien médiocre, et de parvenir à réussir mieux que leurs parents n'avaient eu la possibilité de le faire.
L'ambition n'est pas réservée aux bourgeois, et on n'est pas forcément simple d'esprit, parce qu'on est issu d'un milieu modeste.
On doit davantage se battre, cela est sûr. Et les élites aiment bien se reproduire…