Sade, Les Infortunes de la vertu

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour à tous,
Je dois faire l'analyse linéaire d'un extrait des Infortunes de la vertu de Sade. J'ai déjà découppé le texte en mouvements et developpé plusieurs points, mais mon analyse me semble courte et je n'arrive pas à trouver d'autres aspects à travailler..
Pouvez vous me dire quels sont les points que je n'ai pas remarqué?
Merci 🙂

Le texte à analyser.

Célèbre pour avoir mis en scène « le vice triomphant et la vertu victime de ses sacrifices », Sade est un aristocrate dont le libertinage et le caractère subversif valurent de nombreuses années d’emprisonnement pendant lesquelles il rédigea une œuvre philosophique et romanesque. Les Infortunes de la vertu (1787) met en scène deux jeunes sœurs jetées dans la misère à la suite d’un revers de fortune. L’une, Juliette, décide de suivre ses penchants naturels et de céder à toutes les passions en menant une vie de débauche, l’autre, Sophie, décide au contraire de suivre le chemin de la vertu. Tandis que la première est devenue une riche veuve, depuis peu repentie, elle croise le chemin de sa sœur sans qu’elles se reconnaissent alors même que celle-ci est sur le point d’être condamnée à l’échafaud. Mme de Lorsange (l’ancienne Juliette), compagne de M. de Corville, encouragent la pauvre créature à leur faire le récit de ses malheurs au début du roman. Le passage ci-dessous se situe dans la dernière partie du récit de Sophie.


— Qu’avez-vous, Sophie, me dit-il en nous acheminant à pied vers son habitation, vous n’êtes point hors de France, ce château est sur les frontières du Dauphiné, mais il en dépend toujours.
— Soit, monsieur, répondis-je, mais comment peut-il vous être venu dans l’esprit de vous fixer dans un tel coupe-gorge ?
— Oh coupe-gorge, non, me dit Dalville en me regardant sournoisement à mesure que nous avancions, ce n’est pas tout à fait un coupe-gorge, mon enfant, mais ce n’est pas non plus l’habitation de bien honnêtes gens.
— Ah monsieur, répondis-je, vous me faites frémir, où me menez-vous donc ?
— Je te mène servir des faux-monnayeurs, catin, me dit Dalville, en me saisissant par le bras, et me faisant traverser de force un pont-levis qui s’abaissa à notre arrivée et se releva tout aussitôt. T’y voilà, ajouta-t-il dès que nous fûmes dans la cour ; vois-tu ce puits ? continua-t-il en me montrant une grande et profonde citerne avoisinant la porte, dont deux femmes nues et enchaînées faisaient mouvoir la roue qui versait de l’eau dans un réservoir. Voilà tes compagnes, et voilà ta besogne ; moyen en que tu travailleras douze heures par jour à tourner cette roue, que tu seras comme tes compagnes bien et dûment battue chaque fois que tu te relâcheras, il te sera accordé six onces de pain noir et un plat de fèves par jour. Pour ta liberté, renonces-y, tu ne reverras jamais le ciel ; quand tu seras morte à la peine, on te jettera dans ce trou que tu vois à côté du puits, par-
dessus trente ou quarante qui y sont déjà et on te remplacera par une autre.
— Juste ciel, monsieur, m’écriai-je en me jetant aux pieds de Dalville, daignez vous rappeler que je vous ai sauvé la vie, qu’un instant ému par la reconnaissance vous semblâtes m’offrir le bonheur, et que ce n’était pas à cela que je devais m’attendre.

— Qu’entends-tu, je te prie, par ce sentiment de reconnaissance dont tu t’imagines m’avoir captivé, dit Dalville, raisonne donc mieux, chétive créature, que faisais-tu quand tu m’as secouru ? Entre la possibilité de suivre ton chemin et celle de venir à moi, tu choisis la dernière comme un mouvement que ton cœur t’inspirait… Tu te livrais donc à une jouissance ? Par où diable prétends- tu que je sois obligé de te récompenser des plaisirs que tu t’es donnés et comment te vint-il jamais dans l’esprit qu’un homme comme moi qui nage dans l’or et dans l’opulence, qu’un homme qui, riche de plus d’un million de revenu, est prêt à passer à Venise pour en jouir à l’aise, daigne s’abaisser à devoir quelque chose à une misérable de ton espèce ? M’eusses-tu rendu la vie, je ne te devrais rien dès que tu n’as travaillé que pour toi. Au travail, esclave, au travail ! apprends que la civilisation, en bouleversant les institutions de la nature, ne lui enleva pourtant point ses droits ; elle créa dans l’origine des êtres forts et des êtres faibles, son intention fut que ceux-ci fussent toujours subordonnés aux autres comme l’agneau l’est toujours au lion, comme l’insecte l’est à l’éléphant ; l’adresse et l’intelligence de l’homme varièrent la position des individus ; ce ne fut plus la force physique qui détermina le rang, ce fut celle qu’il acquit par ses richesses. L’homme le plus riche devint l’homme le plus fort, le plus pauvre devint le plus faible, mais à cela près des motifs qui fondaient la puissance, la priorité du fort sur le faible fut toujours dans les lois de la nature à qui il devenait égal que la chaîne qui captivait le faible fût tenue par le plus riche ou par le plus fort, et qu’elle écrasât le plus faible ou bien le plus pauvre. SADE, Les Infortunes de la vertu, 1787
Mon analyse.


Premier Mouvement: Ligne 1 à 8.


Cet extrait commence avec une réplique de Dalville qui vouvoie Sophie, montrant que l’homme a du respect envers elle. Cette phrase, qui a pour but de rassurer Sophie, révèle déjà que le personnage masculin est en supériorité dans ce texte, puisque c’est lui qui dirige la marche (“me dit-il en nous acheminant”) et l’adjectif possessif “son” révèle que l’homme possède quelque chose, un château, en l’occurence, contrairement à Sophie qui est misérable. L’adjectif possessif montre également une sorte d’admiration qu’éprouve Sophie envers Dalville, admiration qui est décuplée grâce au “monsieur” de la troisième ligne. Le titre de civilité que donne la jeune femme à l’homme est en contraste avec l’action qu’entreprend Dalville, qui est de nommer directement Sophie par son prénom. Si Dalville apparait comme un protecteur éprouvant de l’affection envers sa protégée, peut être même comme un père, effet accentué par le “mon enfant” à la sixième ligne, il n’apparait jamais au même niveau que Sophie: les répliques de cette dernière sont constamment interrogatives, impliquant le fait qu’elle est perdue et est donc dépendante de l’homme.

Le lieu énigmatique, sujet unique de ce premier mouvement, et les réponses vagues de l’homme créent une ambiance mystérieuse, qui ne semble pas néfaste cependant, malgré l’apparition de l’adverbe “sournoisement” et la triple apparition de “coupe-gorge”, qui représentent une menace à l’esprit chaleureux dominant dans ce debut de texte. Au contraire, il provoque l’excitation chez Sophie qui [frémit]. Sophie se présente comme un personnage passif qui subit les actions de Dalville (“vous me faites frémir”), incapable d’agir avec autonomie (où me menez vous donc).


Deuxième Mouvement: Ligne 9 à 21.

La subite transformation du “vous” de la première ligne en “te” (ligne 9) marque le point de non-retour où est arrivée Sophie (“un pont-levis qui s’abaissent à notre arrivée et se releva tout aussi tôt”). Les deux virgules entourant l’injure “catin” la mettent en valeur, notant la metamorphose de “l’enfant” en femme de mauvaises mœurs. Le statut dominé de la femme reste toutefois intact (“me saisissant par le bras”; “me faisant traverser de force”), mais qui cette fois laisse constater une violence physique. La touche d’ésotérisme que pouvait apporter l’imprécis “non […] honnêtes gens” laisse place au net “faux-monnayeurs”. On remarque aussi la différence de taille entre les répliques de Dalville et les ripostes de Sophie, bien plus discrètes, qui témoigne, grâce à la forme du récit, de la relation dominant-dominé.

Toute la tirade qui suit ne provoque chez le lecteur, nonobstant la condition cruelle à laquelle est condamnée la narratrice, un sentiment de pitié ou de compassion envers la narratrice. La description réalisée par Sophie est très impersonnelle par son absence de modalité exclamative ou de commentaires métadiscursif et produit un effet de détachement que peut ressentir le lecteur. L’acte d’asservissement que commet Sophie en

se “jetant aux pieds de Dalville” n’y change pas grand chose, comme cela ne changera rien à son sort: même si le texte est relaté par Sophie, Sade arrive à nous faire ressentir les mêmes émotions que Dalville.


Troisième Mouvement: Ligne 22 à 39.

Dans ce troisième mouvement, l’homme dominant expose sa théorie et on assiste à la victoire de la raison sur les émotions; un récit argumentatif prend alors place.. Cette argumentation se présente en deux temps: premièrement il répond à Sophie qui essaie de l’apitoyer en rabaissant ses capacités intellectuelles “chétive” jusqu’au point où elle cesse d’être humaine “créature”. Il emploie également de l’ironie pour dénigrer les dires de Sophie lorsqu’il utilise la fausse politesse avec “je te prie”. L’accumulation dont il se sert pour décrire son statut d’homme riche (l.27-29) crée un effet de protase qui renforce la chute montrant que la femme ne “raisonne” pas.

Dalville s’appuie ensuite sur des exemples de relations dominants-dominés présents dans la nature comme l’agneau et le lion ou l’éléphant et l’insecte, pour prouver que les droits de la nature restent les mêmes et qu’il y aura toujours un puissant et un faible, malgré les bouleversements apporté par la civilisation. Ces phrases affirmatives sonnent comme des vérités générales, procédé typique de l’argumentation. Les dernières phrases (à partir de la l.31) ne s’adressent plus directement à Sophie, comme pour la mépriser, mais aussi parce que Dalville, ou Sade, s’adresse au lecteur.
Ce n'est pas mon topic mais cela a éveillé ma curiosité .

Qu'est-ce qu'une analyse linéaire (ligne après ligne) ? Une sorte de commentaire composé ?
https://bergerault-univ-tours.fr/infos/02generalites1.htm
Merci pour le lien! Donc on peut dire que l'explication linéaire est une sorte de première lecture dite linéaire dans un commentaire , en tout cas , çà y ressemble étrangement .
Je me permets de relancer la discussion car les réponses que j'ai eues ne m'aident pas spécialement :/
Je connais l'importance que tiennent les connecteurs logiques au sein d'un texte argumentatif; mais qu'en est-il de leur place lorsque ces derniers sont absents (dans le même type de texte)?
Est-ce que cela peut montrer, par exemple, que les idées du locuteurs sont déjà structuré et qu'il n'a pas besoin de rajouter de mots inutiles pour que sa pensée soit comprise?

Je travail sur la dernière réplique du texte.

Comment analyseriez-vous ce phénomène?