Grec : Cyropédie
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Dans le livre I, chapitre 4, paragraphe 7, entre autres, on parle de αἱ ἔλαφοι
L'article féminin me conduit à traduire le mot ἔλαφος par biche plutôt que par cerf.
Or les traductions courantes choisissent la traduction "cerf".
Pourquoi le masculin ? Est-ce parce qu'une chasse au cerf est plus noble pour un futur roi, et tant pis pour le texte de Xénophon ?
Je n'ai pas d'explication, si ce n'est que le genre du nom peut être indifférent pour désigner l'espèce. Il est dit au chapitre 8 que Cyrus a couru un grand danger en chassant cette bête, c'est sans doute ce qui a fait opter pour la traduction de "cerf".
Dans le Liddell-Scott, je lis : "Fem. as a generic term, in Trag(ics) an X(enophon)."
J'ai du mal avec cette phrase (Cyropédie 1,4,13) :
Τί δέ, ἔφη, εἰ μὴ μαστιγώσας γε, ἵνα μὴ αὖθις τοῦτο ποιῇ, ἐξ ἀρχῆς χρήσομαι;
Quoi, dit-il, si, certes, ne l'ayant pas fouetté, afin qu'il ne fasse cela à nouveau, je m'en servirai à nouveau ?
Ma traduction n'est pas folichonne !
Commencez donc par : "Quoi donc, dit-il, si ce n'est, après l'avoir fouetté…
La négation μὴ se rapporte à χρήσομαι plutôt qu'à μαστιγώσας ?
Oui, et vous auriez dû éviter l'erreur pour deux raisons :
- une, vénielle pour le moment, d'ordre grammatical : ce n'est pas μή, mais οὐ qui exprime la négation du participe (sauf s'il est le substitut d'une proposition hypothétique, ce qui n'est pas le cas ici).
- l'autre, plus grave parce que vous n'avez pas tenu compte de la réplique suivante pour "traduire" : si Astyage déclare ne pas fouetter l'esclave fugitif revenu à la maison, pourquoi Cyrus répondrait-il ensuite qu'il doit s'attendre au fouet, vu qu'il a commis la même faute (le passage est plein d'humour !) ? Ne traduisez pas "en aveugle".
Pour le reste, vous avez traduit de la même façon deux mots différents, il faut toujours éviter cela.
Nous reviendrons sur le γε une autre fois.
Je reconnais que je faute plus que de raison… 😞
Si seulement Bailly m'avait suggéré la taduction "si ce n'est" pour le groupe de mots εἰ μὴ ! Avec ses "si ne pas, sinon", il ne m'a guère aidée ! C'est tout de la faute à Bailly, et c'est moi qui me fais gronder ! 😞
J'avais bien vu que ma traduction ne collait pas avec la suite du texte… c'est pourquoi j'ai appelé au secours !
Vous verrez, un jour, toute nuit se dissipera et une aurore nouvelle naîtra, pure et lumineuse.
Le dictionnaire ne peut pas tout (comédie en deux tableaux).
Le fait que vous n’ayez pas trouvé la traduction de « si ce n’est (que) » pour εἰ μή n’est pas imputable au dictionnaire ; pour ce genre de mots, celui-ci vous fournira quelques équivalences, mais rarement la traduction qui conviendra exactement à votre texte ; c’est à vous de la chercher, une fois compris le sens général du passage. La caractéristique des langues anciennes, c'est que la plupart des mots n'acquièrent de sens que dans un contexte précis. D'où l'intérêt de pratiquer les auteurs et de regarder le moins possible les dictionnaires, et encore moins les lexiques. Cela vaut d'ailleurs aussi pour l'ancien français. Méfiez-vous aussi des citations traduites, mais c'est une autre question.
De même pour γε ; Combien de fois n’est-on pas amené à constater que les sens proposés pour cette particule (« du moins » et « certes », pour faire bref), conviennent mal au passage que l’on est en train de traduire ? Et c’est normal, vu qu’une particule importe plus par sa valeur que par sa signification. Cette particule enclitique, qui porte donc sur le mot qui la précède, a pour effet d’attirer l’attention du lecteur sur ce mot, et peut donc être traduite d'une foule de manières, qui ne seront jamais toutes enregistrées par un dictionnaire, même important.
Dans le dialogue qui nous occupe, Cyrus, utilisant un moyen détourné pour connaître ce qu’il risque pour être allé à la chasse sans autorisation, demande d’abord à Astyage ce que celui-ci ferait si l'un de ses esclaves s’était enfui et qu’il avait été repris. Astyage répond qu’il le mettrait aux fers. Nouvelle question : que ferait-il si le fugitif avait spontanément regagné la maison ? On peut supposer qu’Astyage réfléchisse un moment avant de dire quelque chose comme : « Que ferais-je ? Je le fouetterais, oui, puis je lui ferais reprendre son service ». Eh bien c’est ce "oui" qui me semble le mieux correspondre à la valeur de la particule dans le cadre de ce dialogue, et qui en tout cas plus indiqué que le trop neutre « certes » pour faire ressortir l’humour du passage : on imagine la tête de Cyrus quand il entend le mot μαστιγώσας ainsi mis en valeur…
Bonne continuation à vous : ce n'est pas si souvent qu'on étudie ainsi le grec de manière désintéressée.
Quand je vois ce nombre important de γε de δέ de μέν, de καί, …., débutant les phrases et les propositions, je me demande si ces mots n'étaient pas, finalement, qu'une ponctuation à l'ancienne : virgules et points. Je pense à cela parce que je vois que dans des textes français manuscrits des 15° et 16° siècles, il n'y avait pas de ponctuation. Si les Grecs et les Latins avaient une ponctuation, les Français auraient suivi. Ces mots sont si nombreux, que les traduire alourdit terriblement les traductions.
Oui, sauf dans une traduction littérale. Mais toutes les particules ne sont pas à réduire à une simple ponctuation ; celles qui servent de liaison nous donnent des indications constantes et précises sur la suite des idées. Elles éclairent les périodes oratoires, les longues descriptions narratives ou historiques, la progression des dialogues… Bien sûr, on ne peut pas les traduire toutes, mais il faut s'efforcer de trouver des équivalences chaque fois que cela est nécessaire, et la ponctuation est en effet un des moyens de les transposer : je pense à gar qui peut être rendu par les deux points, par exemple.
ce n'est pas μή, mais οὐ qui exprime la négation du participe (sauf s'il est le substitut d'une proposition hypothétique, ce qui n'est pas le cas ici).
Cette phrase trouvée dans Cyropédie, 1.4.26, illustre-t-elle votre propos ?
« Εἰ βούλει, ὦ πάππε, ἐμὲ καὶ πάλιν ἰέναι ὡς σὲ
μὴ αἰσχυνόμενον, ἔα ἔχειν εἴ τῴ τι ἐγὼ δέδωκα· »
D'autre part, je ne saisis pas pourquoi la conjonction
ὥσπερ introduit la proposition principale dans la phrase suivante. Du coup je ne parviens pas à terminer la proposition infinitive. :
᾿Αστυάγην δὲ ταῦτα ἀκούσαντα ποιῆσαι
ὥσπερ Κῦρος ἐπέστειλεν.
Comme Cyrus demanda qu'Astyage, entendant ces choses, fît.1° Εἰ βούλει, ὦ πάππε, ἐμὲ καὶ πάλιν ἰέναι ὡς σὲ μὴ αἰσχυνόμενον
La négation est μὴ parce qu'on est dans une proposition infinitive dépendant d'un verbe de volonté. C'est une négation employée "par attraction", parce que le participe n'exprime pas une vérité générale.
2° ᾿Αστυάγην δὲ ταῦτα ἀκούσαντα ποιῆσαι ὥσπερ Κῦρος ἐπέστειλεν
Cette proposition infinitive dépend du λέγεται du début du paragraphe, et ὥσπερ introduit tout naturellement une comparative :
"(On dit) alors qu'Astyage, entendant cela, fit comme Cyrus l'avait commandé"
1° Tout ça est bien subtil…
2° λέγεται agissant au-delà des points, des guillemets,… Voilà des constructions osées !
Je me remets à la tâche…
Je vous remercie.
Ah non, dans cette œuvre, vous allez avoir des pages et des pages de propositions infinitives dépendant d'un verbe souvent sous-entendu (discours indirect ou indirect libre). Si vous avez commencé à étudier l'œuvre en son début, vous en avez déjà rencontré.
Permettez-moi de vous demander comment vous analysez le ὡς dans ἰέναι ὡς σὲ ?
vous en avez déjà rencontré.
Un tel éloignement, avec séparations points/guillemets, je ne crois pas… Mais j'ai peut-être oublié !
comment vous analysez le ὡς dans ἰέναι ὡς σὲ ?
Préposition + accusatif : vers toi, chez toi, près de toi, auprès de toi
1° Eh bien de quoi dépend cette infinitive ?
Σάκᾳ δέ, φάναι τὸν ᾿Αστυάγην, τῷ οἰνοχόῳ, ὃν ἐγὼ μάλιστα τιμῶ, οὐδὲν δίδως ; (III,8)
2° Bravo ! Et mes excuses si ce doute vous a paru humiliant. Contrairement à ce que laisse entendre le Bailly, cette préposition est rare, mais classique (on la trouve chez Isocrate).
Oui, effectivement : ἐπιλέγοντα est bien éloigné aussi, et séparé de l'infinitive par une enclave de paroles rapportées.
Je pense que j'ai moins été déboussolée, du fait que l'infinitive apparaît dans une incise bien délimitée par des virgules.
Vous avez là un bel exemple de l'incroyable plasticité de la syntaxe grecque…
Pour ce qui est de ὡς, je voulais avant tout vous épargner peut-être de longues et vaines recherches sur l'adverbe-conjonction qui peut prendre quasiment toutes les valeurs circonstancielles.
Et aucun rapport entre les deux homonymes : la préposition ὡς est d'origine incertaine.
Bon courage pour la suite. Xénophon est très agréable à lire.