Grec : Cyropédie
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Ὦ πάππε, τί σε δεῖ θηρία ζητοῦντα πράγματ' ἔχει ;
ζητοῦντα ne qualifie sans doute pas θηρία, du fait que ce participe est actif.
Il doit qualifier πράγματα. Mais la traduction est bizarre : … avoir des difficultés cherchant des bêtes sauvages. Il faut sans doute comprendre … avoir des difficultés à chercher... Mais le chercheur est bien le grand-père, ce n'est pas la difficulté. J'aurais mieux vu θηρία ζητῶν.
Pouvez-vous m'expliquer cette construction ?
Je vous remercie.
ζητοῦντα se rapporte à σε…
L'ensemble est sujet de la proposition infinitive dépendant de δεῖ (vous avez oublié le -v de ἔχειv)
"Pourquoi faut-il que tu aies des embarras en cherchant des bêtes ?"
—>"Pourquoi te donner de la peine à chercher des bêtes ?"
Je n'ai pas du tout pensé à rapprocher cet accusatif ζητοῦντα de σε. Je pensais que ce pronom était complément de δεῖ plutôt que sujet de l'infinitif. Votre explication est limpide. Je vous en remercie.
Dans cette phrase :
Ἀλλ' ἐὰν ἐμὲ ἐκπέμπῃς ἐπὶ θήραν σὺν τῷ θείῳ, νομιῶ ὅσα ἂν ἴδω θηρία, ἐμοὶ ταῦτα τρέφεσθαι.
Je me mélange les pinceaux avec les numéros de la grammaire Ragon, concernant les mots ἐὰν et ἂν.
S'agit-il pour le premier mot ἐὰν du numéro 326 de Ragon, et pour le second mot ἂν du numéro 298 (Remarque) ?
Je ne peux pas vous dire, je n'ai pas l'ouvrage, mais je peux vous donner des explications, si vous le voulez (je viens d'exprimer un fait éventuel, justement !)
Je vous relève le contenu des paragraphes :
ἐὰν :
326. S'il s'agit d'un fait général dans le présent, on emploie ἐὰν, s'il arrive que, chaque fois que, et le subjonctif (éventuel).
ἂν :
298. Dans une proposition temporelle, conditionnelle ou relative, l'éventuel se marque par le subjonctif avec ἂν, s'il s'agit d'un fait futur ou d'un fait général ou répété dans le présent.
Remarque : La particule ἂν se joint immédiatement à la conjonction : ὅταν, ἐπειδάν, ἕως ἄν, μέχρι ἄν, ἐάν (ἤν ου ἄν) ou au pronom relatif : ὃς ἄν, ὅστις ἄν.
Oui, cela correspond tout à fait, mais le 326 n'est pas formulé très clairement. Le ἂν se justifie par l'idée d'éventualité contenue dans la relative introduite par l'adjectif relatif ὅσα.
"tous les animaux que je pourrai voir"
Je vous remercie.
Ces conditionnelles grecques sont d'une subtilité ! …
Vous ne semblez pas vous référer à la grammaire Ragon. Lui reprochez-vous quelque chose ? Sa confusion peut-être… Quelle autre grammaire conseilleriez-vous ?
Les correspondances temporelles sont pourtant très classiques dans la phrase que vous nous avez soumise : subjonctif (présent ou aoriste) dans les propositions dépendantes, futur dans la principale. Vous n'aurez pas toujours cette belle régularité, y compris chez Isocrate ou Démosthène ! 😀
Les grammaires proprement dites, je ne les pratique plus trop…
Je possède la très classique grammaire Allard et Feuillâtre (Hachette) et la nouvelle grammaire grecque de Joëlle Bertrand, parue en 2010 chez Ellipses, et que vous devriez acquérir : elle est claire et très complète.
Pour la syntaxe, la syntaxe grecque de Bizos, chez Vuibert, est incontournable ; c'est un peu l'équivalent du Bon usage, en plus modeste, mais avec de nombreuses citations d'auteurs, ce qui est fondamental dans toute langue. Il existe une syntaxe pour le thème, du même Bizos, où ne sont pris en compte que les faits de langues de l'époque classique (orateurs surtout).
Puis-je vous demander quelle est votre méthode pour lire et traduire la Cyropédie, par exemple ?
Merci pour toutes ces précisions et ces conseils.
Ma méthode ? J'ai commencé il y a un an environ (je ne me souviens plus de la date de départ de mon étude) avec la méthode de Georgin (Hellas I) et sa grammaire. J'ai entièrement traduit ce manuel.
Forte de ces rudiments, lasse de ces exercices artificiels, je me suis lancée dans la traduction de textes trouvés ici ou là. Je tâche maintenant de traduire la Cyropédie.
Oui, mais pour traduire, comment procédez-vous ?
Une méthode toute personnelle :
Je relève sur papier la phrase à traduire.
Je repère les mots de liaison (conjonctions et pronoms relatifs) pour la scinder en propositions.
Je repère les verbes et analyse leurs voix, modes, temps et personnes, je recherche les nominatifs sujets, les accusatifs et datifs, dans chaque proposition.
Je me perds dans le dictionnaire.
Je tente de mettre en français mon premier charabia.
Ayant mémorisé trop peu de vocabulaire, lorsque je découvre la phrase grecque, je ne sais pas trop où je vais !
Toutefois, avec un texte suivi, comme la Cyropédie, à chaque phrase je sais d'où je viens. Je ne suis pas totalement dans l'inconnu. Je parviens à traduire une dizaine de lignes par jour. Je m'y tiens depuis plusieurs mois.
Si je puis me permettre encore une question qui n'est pas insidieuse : quel objectif exact poursuivez-vous ?
Je possède la très classique grammaire Allard et Feuillâtre (Hachette) et la nouvelle grammaire grecque de Joëlle Bertrand, parue en 2010 chez Ellipses,
J'ai été biberonne à Allard et Feuillâtre, mais quand j'ai découvert Ragon en fac je m'y suis ralliée d'enthousiasme, la trouvant bien moins fouillis qu'Allard et bien plus complète.
Mais je me suis fait aussi mes propres tablettes…
Si je puis me permettre encore une question qui n'est pas insidieuse : quel objectif exact poursuivez-vous ?
Aucun objectif intéressé. Simplement le plaisir de lire et de comprendre un texte grec.
Voilà, tout est dit : lire et comprendre. Eh bien je pense qu'il faudra essayer une autre méthode quand vous connaîtrez assez bien votre morphologie et suffisamment de vocabulaire. Si vous pratiquez une langue vivante étrangère, êtes-vous obligée de faire tout ce que vous dites pour comprendre le texte d'un roman, d'un article de journal ? Pourquoi en irait-il différemment avec le grec et le latin ?
… quand vous connaîtrez assez bien votre morphologie et suffisamment de vocabulaire.
Concernant la morphologie, ça ne va pas trop mal, mais mon vocabulaire est encore bien pauvre. Je ne vois pas assez souvent les mêmes mots pour les retenir.
Si vous pratiquez une langue vivante étrangère, êtes-vous obligée de faire tout ce que vous dites pour comprendre le texte d'un roman, d'un article de journal ? Pourquoi en irait-il différemment avec le grec et le latin ?
Oui, il en va autrement pour le grec et le latin, car personne autour de moi ne parle ces langues. L'apprentissage ne passe que par les yeux, et ce, que pendant une heure par jour !
D'autre part l'ordre des mots est bien éloigné du nôtre. Je viens de rencontrer récemment un antécédent du pronom relatif à l'intérieur de la relative, l'accusatif sujet de l'infinitive positionné avant le verbe de la principale. Et ces curiosités ne se retrouveront pas sous mes yeux suffisamment souvent pour que je les reconnaisse immédiatement, sans analyse.
Je ne désespère pas : ce que j'ai fait aujourd'hui est mieux que ce que j'ai fait hier, et je suis sûre que c'est moins bien que ce que je ferai demain. On se remonte le moral comme on peut ! 😀
Certes, les langues anciennes nous sont parvenues sous des formes très littéraires ; dans l'Antiquité, on n'écrit pas comme on parle et la littérature (même historique) est un art, mais on y arrive ! Efforcez-vous de revenir sur ce que vous avez déjà traduit en essayant de le comprendre à la lecture, sans passer par le français.
Efforcez-vous de revenir sur ce que vous avez déjà traduit en essayant de le comprendre à la lecture, sans passer par le français.
Oui, je le fais régulièrement. J'achoppe de moins en moins avec le temps.
Je profite de ce message pour vous remercier de votre patience et du temps que vous m'accordez bien souvent.
Nous ne le faisons pas par obligation, mais par plaisir. N'hésitez pas à nous solliciter.